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Vaccin européen contre le Covid-19 : où en est-on ?

Actualité 01.09.2020 Barthélémy Gaillard

Face à l'épidémie de Covid-19 qui sévit sur le continent depuis janvier 2020, l'Union européenne soutient la recherche pour un vaccin. Quelle est sa stratégie et de quels moyens dispose-t-elle pour favoriser les avancées scientifiques ?

Crédits : istockphoto / howtogoto

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Les moyens financiers mis à disposition par la Commission européenne pour la recherche d'un vaccin sont passés de 10 millions d'euros en janvier à 2,7 milliards d'euros à la mi-juin.

L'objectif : financer les laboratoires privés les plus avancés et précommander des doses qui seront partagées entre Etats membres.

La Commission européenne a déjà atteint un stade avancé dans ses discussions avec cinq laboratoires pour commander 1,315 milliard de doses.

Sa priorité reste la santé des citoyens européens, mais elle veut aussi garantir un accès mondial au vaccin. Elle a d'ailleurs garanti le dispositif COVAX mis en place par l'OMS, destiné à favoriser la vaccination dans les pays pauvres, à hauteur de 400 millions d'euros.

Avec plus de 200 000 morts du coronavirus depuis le début de l'année 2020, l'Europe a payé un lourd tribut à la pandémie qui touche la planète entière. Face à la crise, l'Union européenne a soutenu les Etats sur le plan sanitaire d'abord (coordination des équipements médicaux…), puis sur le plan économique (assouplissement des règles de déficit…) et social (aide à l'indemnisation du chômage partiel…). Jusqu'au plan de relance inédit adopté par les dirigeants européens en juillet.

Parmi ces mesures, la recherche d'un vaccin mobilise aujourd'hui d'importants financements.

Une stratégie progressive

Cette stratégie s'est dessinée peu à peu. Tout a commencé le 31 janvier, date à laquelle la Commission européenne a annoncé qu'elle mobilisait 10 millions d'euros de son programme dédié à la recherche, Horizon 2020, pour "mieux connaître la maladie", selon les mots de la commissaire à la Recherche et l'Innovation Mariya Gabriel. Un premier engagement déjà destiné à financer la recherche d'un vaccin, mais aussi trouver de nouveaux traitements, tests ou autres innovations médicales qui permettraient d'empêcher la propagation du virus.

A mesure que la pandémie a pris de l'ampleur sur le continent, l'Union européenne a ajusté sa réponse. Le premier pas fait en janvier a été suivi d'autres initiatives : le 6 mars 2020, la Commission européenne a ainsi mobilisé 37,5 millions d'euros supplémentaires pour la recherche d'un vaccin. Une somme toujours puisée dans les fonds alloués au programme de recherche et d'innovation Horizon 2020, qui a permis de financer 17 projets scientifiques impliquant 137 équipes. Si la recherche d'un vaccin n'est pas le seul poste de dépense prévu, la Commission européenne insiste sur son caractère prioritaire. A cela s'ajoute une initiative sur les médicaments innovants, grâce à laquelle Bruxelles affirme pouvoir mobiliser à ce stade jusqu'à 140 millions d'euros dans la recherche contre le coronavirus.

Trois mois plus tard, le 16 juin, le Commission européenne présente une stratégie plus globale de recherche du vaccin. Là encore, un cap est franchi : la Commission affirme engager cette fois 2,7 milliards d'euros dans le projet, via l'instrument d'aide d'urgence européen. Elle affiche des ambitions scientifiques élevées tant en termes de résultat que d'échéance, en projetant de trouver un vaccin d'ici 12 à 18 mois, quand ce type de recherche prend généralement une dizaine d'années.

Un vaccin pour les Européens en priorité, mais aussi pour le reste du monde

La Commission européenne s'investit donc dans la recherche d'un vaccin contre le Covid-19. Sa stratégie pour y parvenir repose sur deux grands principes. Le premier se résume en une phrase, répétée à l'envi par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen : "L’Union européenne ne sera à l’abri que si le reste du monde est à l’abri." En clair, à l'inverse d'autres grandes puissances engagées dans la recherche d'un vaccin (voir encadré), l'ancienne médecin privilégie une approche multilatérale et coopérative. Une approche selon laquelle les pays les plus riches et les plus avancés en termes de recherche et d'innovation ont la responsabilité de trouver très rapidement un vaccin non seulement pour protéger leurs populations, mais aussi pour permettre aux ressortissants de pays moins développés d'en profiter à terme.

C'est pourquoi la Commission européenne a organisé une conférence des donateurs au niveau mondial. L'initiative, parfois surnommée "Covidthon", a permis de réunir plus de 15 milliards d'euros auprès des Etats et des grandes fortunes de la planète. Cet argent sera utilisé pour garantir un accès universel à la vaccination, et notamment au continent africain. Dans ce cadre, la Commission européenne a fait une promesse de dons de 400 millions d'euros à Gavi, un partenariat public-privé mondial qui œuvre à l'égalité d'accès aux vaccins dans le monde sous l'égide de l'OMS. 9 projets de vaccins sont actuellement garantis par ce programme international, qui pourrait permettre de commercialiser des doses d'un potentiel vaccin dans les pays les plus déshérités à seulement trois dollars l'unité.

Une course mondiale contre-la-montre

La pandémie de Covid-19 qui frappe la planète a paralysé l'économie mondiale, mais pas la communauté scientifique, lancée dans une course effrénée au vaccin depuis de longs mois. Fin juillet, l'OMS estimait que 26 vaccins potentiels étaient au stade des essais cliniques et 139 au stade de l'évaluation pré-clinique. Ces recherches aiguisent les appétits des grandes puissances mondiales, qui se livrent sans retenue à une compétition pour réserver un maximum de doses à leur population.

Aux Etats-Unis, Donald Trump, héraut de la doctrine "America First", a tenté de racheter un laboratoire allemand développant un projet de vaccin en mars 2020. Les Etats-Unis s'étaient également retrouvés au cœur d'une polémique lorsque Sanofi, laboratoire français, avait annoncé que son potentiel vaccin leur serait distribué en priorité. Les Etats-Unis ont depuis dépensé 10 milliards de dollars dans six projets de vaccins différents. Ils ont notamment pré-réservé 200 millions de doses des éventuels vaccins sur lequel travaillent les laboratoires Sanofi et GSK d'un côté et l'Allemand BioNtech et l'Américain Pfizer de l'autre. Le Japon s'est également assuré 120 millions de doses auprès des laboratoires BioNtech et Pfizer.

De leur côté, la Chine et la Russie recourent plus volontiers à la recherche publique. La première développe pour sa part son propre programme et a autorisé l'usage d'un vaccin expérimental dans les rangs de son armée. La Russie a quant à elle annoncé début août qu'elle engagerait à l'automne la production à échelle industrielle de deux vaccins élaborés par un laboratoire d'Etat et un autre laboratoire en partenariat avec le ministère de la Défense. Le président russe Vladimir Poutine a même annoncé que l'une de ses deux filles était déjà vaccinée et que le produit inoculé -baptisé Spoutnik V- donnait "une immunité durable". Une annonce largement mise en doute par la communauté scientifique depuis.

Où en est la recherche européenne ?

L'autre trait caractéristique de la stratégie européenne, c'est le financement de la recherche privée. L'Union se place avant tout comme mécène et financeur des projets initiés par des laboratoires privés. Une stratégie qui repose sur un principe simple, celui du pré-achat. De l'argent frais est mis à disposition de laboratoires dont les programmes de recherche sont jugés assez crédibles et avancés pour s'engager financièrement auprès d'eux. En contrepartie de cet investissement, les laboratoires s'engagent de leur côté à fournir en priorité les doses de vaccin produites aux pays européens.

La Commission européenne a donc passé un accord avec les laboratoires Sanofi et GSK le 17 juillet pour précommander 300 millions de doses. Ce vaccin doit encore faire l'objet d'essais cliniques en septembre et pourrait, si validité est vérifiée, être commercialisé au premier semestre 2021. L'achat à ces laboratoires français (Sanofi assure que la production des doses se ferait sur le sol européen) et britannique permettrait aussi à l'UE de recouvrir une certaine autonomie dans la chaîne de production pharmaceutique. La crise du Covid-19 a en effet souligné la grande dépendance de l'UE aux laboratoires implantés en Chine. En 1990, l'Europe produisait 80% des médicaments qu'elle consommait. Aujourd'hui, c'est la Chine qui en produit 80%.

Néanmoins, une question reste en suspens : Sanofi ayant pris des précommandes prioritaires des Etats-Unis comme de l'Union européenne, qui bénéficierait réellement de la primeur ? Interrogée à ce sujet à la mi-mai 2020, Agnès Pannier-Runachier, ministre déléguée française chargée de l'Industrie, s'est voulue rassurante sans totalement répondre à la question : "Le patron de Sanofi France m'a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et qu’évidemment il serait accessible aux Français, ce d'autant qu'il a des capacités de production en France".

La dynamique s'est ensuite accélérée dans les semaines suivantes. Jeudi 13 août, la Commission européenne a passé un deuxième accord avec Janssen Pharmaceutica, la filiale belge du laboratoire américain Johnson & Johnson. Cet accord prévoit que le groupe lui réserve 200 millions de doses de son potentiel vaccin, avec une potentielle deuxième livraison de 200 millions de doses supplémentaires. Le lendemain, elle en a fait de même avec l'anglo-suédois AstraZeneca, pour 300 millions de doses, avec qui elle a signé son premier contrat le 27 août. Elle a également conclu des discussions préliminaires avec les laboratoires allemands CureVac le 20 août, pour 235 millions de doses. Enfin, elle en a fait de même le 24 août avec l'Américain Moderna, pour 80 millions de doses supplémentaires cette fois-ci.

Une initiative intergouvernementale européenne parallèle

Le 3 juin dernier
, l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas ont lancé l'Alliance européenne pour le vaccin contre le Covid-19. Un projet mené "en lien avec la Commission européenne" et "ouverte aux autres Etats membres de l'Union européenne". L'initiative ne se veut donc pas concurrente de celle de la Commission européenne, mais complémentaire.

L'alliance a en effet signé un premier accord pour réserver 400 millions de doses d'un éventuel vaccin auprès du laboratoire AstraZeneca : "un accord [qui] permet de sécuriser un accès à un candidat-vaccin comme première assurance dans un contexte de forte concurrence internationale", s'est félicité le ministre de la Santé français Olivier Véran.