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Une journée à la COP21 : comme un bruit de compte à rebours

Actualité 11.12.2015

Lundi 7 décembre, le thème phare de la journée au Bourget, site de la COP21, était l'énergie. Au programme, un monticule de conférences de haut niveau, une batterie de ministres et le secrétaire général de l'ONU qui défilent sur le podium, une surenchère d'annonces, une bonne pincée de méthode Coué et des Français qui mouillent le maillot pour qu'un accord soit obtenu avant la fin de la semaine. Récit.

Ségolène Royal et Laurent Fabius à la COP21, le 7 décembre 2015

Maintenir les négociateurs sous pression

Pendant toute la durée de la COP21, le 'Lima Paris Action Agenda' (LPAA), soit le groupe de choc monté par les présidences péruvienne et française des COP 20 et 21 en collaboration avec les Nations unies, a balayé, par le biais d'innombrables conférences, la plupart des grands sujets liés au climat. De cette manière, après l'agriculture, les transports ou encore le financement, lundi 7 décembre, il s'agissait de l'énergie – un morceau de choix.

En sa qualité de ministre de l'Environnement et de l'Energie et de représentante du pays hôte, Ségolène Royal fut omniprésente. Entourée d'une nuée de conseillers, l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle a notamment prononcé le discours de lancement de la journée. A quatre jours de la clôture de la COP, "plus de demi-mesures", a donc martelé la ministre. D'autant qu'il existe une "convergence" entre les besoins des pays émergents, les capacités des pays occidentaux et les engagements des financeurs, a expliqué Mme Royal. La COP21 doit générer "une capacité d'entrainement des Etats et des territoires".

Plus tard dans la journée, on retrouvera la ministre de l'Environnement, décidément très sollicitée, au pavillon de la France afin d'officialiser le déblocage d'un milliards d'euros de financements nouveaux, émanant de la Banque européenne d'investissement, en faveur de la transition énergétique en France. Une somme qui sera consacrée "à des projets concrets au cœur des villes et des territoires pour soutenir une croissance verte, génératrice d'emplois", a-t-elle précisé.

Incontestablement, la COP21, dont beaucoup auront critiqué la taille démesurée pour pouvoir espérer un accord ambitieux et universel, aura su tirer profit de son envergure pour générer une multitude d'engagements chiffrés. Parfois d'ailleurs à grand renfort de tambours médiatiques et quitte à surjouer de temps à autre les effets d'annonce. Les animateurs des différentes tables rondes et autres conférences de presse, manifestement bien briefés, n'auront ainsi pas hésité à enchainer les superlatifs et user de la méthode Coué pour haranguer les foules, avec des fortunes diverses.

Ségolène Royal et Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI

Ségolène Royal, ministre de l'Environnement et Ambroise Fayolle, président de la BEI, ratifiant de nouveaux financements en faveur de la transition énergétique en France pour un montant d'un milliard d'euros


Plus convaincant et logiquement vu comme l'un des acteurs les plus importants de la COP, Laurent Fabius n'aura, quant à lui, pas eu besoin de forcer son talent pour marquer les esprits. Les traits tirés par les épuisantes négociations marathon et, avant cela, par des mois d'inlassables tours du monde, le ministre des Affaires étrangères et président de l'événement, a une nouvelle fois donné le change avec brio au cours d'une intervention en forme de piqure de rappel aux négociateurs. "Vendredi, nous devons parvenir à un accord historique", a-t-il encore déclamé, avant de se concentrer sur l'objet premier de son discours : l'Afrique et les pays en développement, "en attente de solutions concrètes".

Ne laisser personne derrière

En l'espèce, il s'est agi de la signature d'accords avec le Bénin, le Cameroun, la commission de l'océan indien, le Kenya, Madagascar, le Nigeria et le Sénégal, portant sur l'investissement de 10 milliards de dollars en matière d'énergies renouvelables par l'Allemagne, l'Espagne, les Etats-Unis, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne. L'Afrique doit être "le vaisseau-amiral du déploiement des énergies renouvelables", a ainsi présenté Laurent Fabius. "Elle a les ressources pour cela".

Et dans la lignée du chef de la diplomatie française, Ban Ki-moon en personne a également fait une pause dans les négociations pour venir enfoncer le clou sur le podium du LPAA. Il ne faudra "laisser personne derrière", a rappelé le secrétaire général des Nations unies, très impliqué sur la question climatique depuis son entrée en fonction en 2007 et auteur du slogan désormais mondialement connu : "il n'y a pas de plan B, car il n'y a pas de planète B".

A l'occasion de son discours très applaudi, Ban Ki-moon a ici rappelé que si l'énergie sera le nerf de la guerre pour le développement du continent africain, les renouvelables et l'efficacité énergétique seront tout autant incontournables pour que ce développement soit durable. D'autant que cela permettra de "faire des économies", de "réduire les émissions de gaz à effet de serre", et "d'avoir plus d'énergie à disposition".

Quant à la clôture de cette journée consacrée aux questions énergétiques, elle ne pouvait évidemment revenir qu'à Ségolène Royal, pour l'occasion appuyée du secrétaire d'Etat américain à l'Energie, Ernest Moniz ou encore d'Adnan Amin, directeur de l'Agence internationale de l'énergie renouvelable. Reprenant à son tour un tic de langage anglo-saxon, la ministre a remercié le secrétaire général de l'ONU "pour son leadership", avant de prononcer un discours remarqué pointant largement du doigt les pierres d'achoppement persistantes et les incertitudes restant à lever.

"Que se passera-t-il entre maintenant et 2020 ?", a ainsi demandé Mme Royal. "Les choses vont-elles changer concrètement ?". De fait, il reste encore un long chemin à parcourir, jusqu'à samedi, pour les 195 Etats parties pour élaborer une réglementation claire et durable, socle indispensable pour le travail des acteurs privés, ou encore pour assurer le financement de la lutte contre le changement climatique dans les pays émergents. Et la ministre de l'Environnement de rappeler que la taxe sur les transactions financières, véritable serpent de mer de la politique européenne, pourrait générer des sommes cruciales pour la protection du climat.

Le lendemain, on apprenait que l'énième rencontre des ministres des Finances européens à Bruxelles sur ce sujet accouchait d'une souris. Espérons dès lors que le positivisme de la conclusion du discours de Ségolène Royal, qui a assuré ne pas douter d'un accord sur cette "grande cause de civilisation", puisse être une bonne intention suivie d'effet. Tic-tac.