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Un souffle de protestation sur toute l'Europe

Actualité 30.09.2010

Hier à Bruxelles s'est tenue la première "euromanifestation", sous l'égide de la Confédération européenne des syndicats. Des manifestants venus de toute l'Europe ont défilé dans la capitale européenne contre les mesures d'austérité qui sévissent partout sur le continent. La preuve que l'identité européenne passe aussi par la contestation.

La crise a fait exploser les déficits en Europe, et les Etats se retrouvent aujourd'hui au pied du mur. Pour faire des économies, ce sont souvent les dépenses sociales qui se retrouvent en première ligne : suppression d'allocations chômage, d’allocations familiales d’aides au logement, reports de départs à la retraite… et cela au moment où le chômage touche 23 millions de personnes, c'est-à-dire 7 millions de plus qu'il y a deux ans.

Ainsi en Espagne, les relations entre le Premier ministre Zapatero et les syndicats, particulièrement bonnes en période de conjoncture favorable, se sont significativement dégradées depuis que le pays a fait son virage vers la rigueur. C'est finalement la réforme du marché du travail, visant à le rendre plus "compétitif", qui a fait déborder le vase espagnol dans la rue. Cette loi, une "régression sociale très sérieuse" pour les syndicats, veut un marché plus flexible, et, au grand dam des salariés, facilite les licenciements économiques et en diminue les indemnités. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu contre cette réforme, mais hier, le pays a connu sa première grève générale en huit ans. Un "succès de participation et un succès démocratique", selon les syndicats espagnols, qui, espèrent-ils, devrait entraîner "une rectification en profondeur de la politique du gouvernement".

La grogne ne touche pas seulement l'Espagne. Partout  en Europe, les gouvernements, à bout de souffle, essuient les contestations. Hier, des mouvements sociaux ont eu lieu dans douze autres pays européens, rassemblant un total de 300 000 à 350 000 personnes. Les revendications, nombreuses, s'articulaient toutes autour d'un rejet des mesures d'austérité qui touchent durement les populations les plus faibles.

Protester ensemble, pour faire avancer la construction européenne?

A réformes européennes, grèves européennes. Bruxelles a été le théâtre de la première "euromanif", organisée et conduite par la CES, la première confédération syndicale européenne. Une cinquantaine de délégations, originaires de trente pays, sont venues défiler dans la capitale de l'Europe : un rejet de l'Europe de la finance et un appel à l'Europe sociale scandé dans toutes les langues.

"Depuis l’effondrement de la Grèce, la seule voix qui est entendue est celle du marché des obligations de la dette", s'est indigné le président de la CES. Il dénonce une solidarité entre les Etats qui s'effrite, à l'heure où la Commission européenne propose des moyens de sanctionner les pays trop endettés, encouragée par une Allemagne qui voudrait même aller plus loin.

Au lieu d'une austérité qui, pour eux, ne servirait qu'à enliser les Etats dans la crise, les syndicats plaident pour une politique d'investissement, qui prendrait la forme d'un "New Deal social".

En amont de cette manifestation européenne, la police belge (qui avait appelé ses collègues néerlandais en renfort), par crainte des dérapages, avait procédé a 150 arrestations "préventives". Mais en réalité la manifestation s'est déroulée dans une ambiance plutôt détendue. Les organisateurs ont même fait preuve d'humour avec en début de cortège, la mise en scène d'une contre-manifestation parodique : des hommes d'affaires en vêtements et masques noirs, avec canes, parapluies, mallettes et Financial Times, et brandissant des pancartes 'la spéculation, un stimulant pour l'économie'.