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Turquie : Nicolas Sarkozy présente les priorités du G20 en terrain hostile

Actualité 25.02.2011

C'est en tant que président du G20 que Nicolas Sarkozy se rend aujourd'hui à Ankara pour une visite-éclair. L'objectif premier de ce déplacement est de discuter des thèmes phares de la présidence française du G20 : la réforme du système monétaire international, le développement,  l'énergie et les prix des matières premières. Ces derniers sujets intéressent particulièrement la Turquie dont 10% du PIB est issu de l'agriculture et un tiers environ de l'industrie.

 

Un allié stratégique

En tant que président du G20, M. Sarkozy s'est déjà rendu dans plusieurs pays pour exposer ses priorités. Mais la brièveté du séjour – à peine quelques heures – est mal perçue à Ankara alors que lors de son précédent déplacement en Inde, il était resté 4 jours. Le Premier ministre Erdogan ne cache pas son mécontentement jeudi, affirmant que cette visite n'est "pas à la hauteur".Durant une après-midi, le président français rencontrera successivement son homologue Abdullah Gül, puis le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Outre les sujets centraux développés dans le cadre du G20, ils évoqueront ensemble l'actualité et tout particulièrement qui secouent le monde arabe, dont  la Libye, où les positions française et turque divergent.

"La Turquie est un modèle pour le monde arabe ? Tant mieux, sa vocation est donc de faire le pont entre ce monde et l'Europe" a déclaré Laurent Wauquiez lors d'une interview accordée à Toute l'Europe.

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Alors que l'Union européenne s'apprête à mettre en place des mesures restrictives contre le régime de Mouammar Kadhafi, le premier ministre turc a exprimé son opposition aux sanctions qui pénaliseraient selon lui la population civile. Sur ce dossier, la voix de la Turquie sera écoutée avec beaucoup d'attention. C'est en effet la plus grande démocratie de la région, qui est souvent pointée comme un "modèle" possible pour les pays du Maghreb en pleine transition démocratique, la Tunisie et l'Egypte. Avec les événements récents, la Turquie a encore renforcé son poids stratégique dans la région.

Des questions qui fâchent

Mais M. Erdogan a clairement exprimé sa volonté d'aborder d'autres thèmes plus sensibles. Déplorant que le président Sarkozy ne consacre pas une visite dédiée à la Turquie alors que le dernier déplacement officiel d'un président français en Turquie remonte à 1992 avec François Mitterrand, le Premier ministre turc compte évoquer la candidature de la Turquie à entrer dans l'Union. Comme le confirmait un officiel du ministère des Affaires étrangères turc au quotidien Hürriyet, les interlocuteurs de M. Sarkozy ne manqueront pas de lui rappeler que l'accession pleine et entière à l'Union européenne est un droit depuis les accords signés dans les années 1960.

Jeudi, Nicolas Sarkozy a clairement réitéré son opposition à l'adhésion de la Turquie, affirmant que les négociations ouvertes en 2005 sont un moyen d'approfondir les relations avec l'Europe, mais n'impliquent pas nécessairement l'accès au statut de membre. Il va plus loin en déclarant au journal turc Posta que "l'intégration ne profiterait en réalité ni à la Turquie, ni à l'Union européenne". Cette position, si elle n'est pas nouvelle, provoque l'exaspération du chef du gouvernement: "si les choses continuent comme ça, alors prenez une décision et annoncez : 'nous ne voulons pas de la Turquie' dans l'Europe".

Dans une déclaration, le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu rappelle enfin que la question chypriote, l'une des pierres d'achoppement dans les négociations entre la Turquie et l'Union européenne, sera aussi à l'ordre du jour.

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Fort comme un modèle turc? - Toute l'Europe