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Thijs Berman : "Il est hypocrite d'affirmer que la PAC aide les petits agriculteurs".

Actualité 29.03.2010

Thijs Berman est député européen (Pays-Bas), membre de l'Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates. Alors que la réforme de la Politique agricole commune devrait être au coeur du débat cette année, il revient, en tant qu'ancien membre de la commission Agriculture du Parlement européen, sur le positionnement de son pays par rapport à cette réforme, les enjeux du débat et explique pourquoi il considère que les subventions agricoles doivent être supprimées. 

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"L'agriculture européenne est comme un toxicomane : elle a besoin des subventions pour vivre, mais ces dernières la rendent malade"

A qui profite la PAC ?

Le 7 avril prochain, Thijs Berman participera dans les locaux de Sciences po Paris à un grand débat sur l'avenir de la Politique agricole commune. Un événement organisé par Touteleurope.fr, en partenariat les étudiants de Sciences po Paris.

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Interrogé sur le bilan de santé de la Politique agricole commune (PAC), conclu par les ministres européens de l'agriculture le 20 novembre 2008, le député néerlandais, ancien membre de la commission Agriculture du Parlement européen, porte un regard très critique sur les résultats obtenus.

"Si le bilan de santé de la PAC est ce qui a été réalisé en 2008, alors le médecin doit être licencié !" affirme Thijs Berman. Il considère en effet que l'agriculture européenne est "comme un toxicomane : elle a besoin des subventions pour vivre, mais ces subventions rendent tout le secteur malade".

L'eurodéputé prend en effet l'exemple du pouvoir d'achat des agriculteurs, et considère qu'au regard des investissements que doit faire un agriculteur dans son exploitation, ce dernier, bien que subventionné, détient à peine de quoi vivre.

Thijs Berman considère également que l'argument selon lequel la Politique agricole commune permettrait aux petites exploitations de continuer à exister est "un des arguments les plus hypocrites [avancés] pour sauvegarder la PAC actuelle, qui ne subventionnent pas du tout les petits agriculteurs, et encore moins les agriculteurs bio, politiquement corrects."

En effet, l'eurodéputé rappelle que, du fait même de l'histoire des subventions agricoles européennes, 80% des subventions vont à 20% des agriculteurs, et que ces subventions ne servent pas au développement régional ou à la préservation du paysage.

Thijs Berman propose donc de supprimer les subventions agricoles, mais de ne pas le faire subitement. Il propose que les agriculteurs puissent bénéficier encore des aides européennes pendant cinq ans, avec trois options : soit ils décident de recevoir en un seul versement l'intégralité de ces cinq années de subvention, pour investir dans leur exploitation ou se reconvertir, soit ils peuvent également continuer à étaler l'aide sur cinq ans. Mais pas au-delà.

L'ancien membre de la commission Agriculture considère en effet que les subventions telles qu'elles ont été décidées il y a cinquante ans n'ont plus de raison d'être, puisque la sécurité alimentaire de l'Europe n'est plus le défi majeur de l'agriculture européenne.

Il souhaite donc que la production ne soit plus subventionnée, mais soutient cependant une aide européenne en faveur des agriculteurs qui participent à la préservation de l'environnement et à l'entretien des paysages, comme c'est le cas en Auvergne par exemple.

Pour Thijs Berman "il faut réduire les subventions très conséquemment mais rémunérer les services rendus à la société par les agriculteurs".

La réforme de la PAC : un débat intense entre Européens

L'analyse de Thijs Berman est celle d'un eurodéputé. C'est aussi celle d'un Néerlandais. En effet, comme il l'explique, "au Pays-Bas il y a un grand débat sur la réforme de la PAC".

Or il y a un clivage en Europe principalement entre les pays du Nord et ceux du Sud. En effet, les pays du Nord de l'Europe sont plutôt favorables à une agriculture à grande échelle, avec des exploitations importantes. Pour Thijs Berman "on est plus au 19e siècle, on ne peut plus produire sur des exploitations de sept hectares".

De plus il rappelle qu' "il y a déjà eu une réforme de l'agriculture au Royaume-Uni [et qu'elle] est très avancée aux Pays-Bas", où les petits paysans sont en train de disparaître. "Et en Allemagne c'est à peu près pareil. Donc [ces pays] voient les subventions d'un autre oeil".

A l'inverse, les Etats du Sud, et de l'Est également, ont besoin de plus de subventions pour se développer. Pour Thijs Berman il s'agit donc avant tout d'un débat sur la difficulté d'être agriculteur dans un pays donné.

Le débat sur la PAC devrait également être mené tambour battant au sein du Parlement européen, qui a compétence en la matière depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, comme le rappelle Thijs Berman. Une avancée démocratique pour l'eurodéputé qui rappelle que la PAC représente un tiers du budget de l'Union.

Un débat qui pourrait être enflammé, donc, puisqu'il "y a beaucoup de députés qui viennent de ces régions agricoles, mais il y en a également beaucoup qui représentent d'autres intérêts ou qui voient plus l'intérêt pour l'environnement, ou pour les agriculteurs dans les pays en développement, ou tout simplement l'intérêt budgétaire d'utiliser un euro de manière efficace pour l'emploi et l'avenir de nos jeunes en Europe".

"Un euro investi dans l'agriculture crée moins d'emplois qu'un euro investi dans l'innovation et la recherche", conclut l'eurodéputé.

 

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