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Thierry Repentin : "Nous bâtissons aujourd'hui l'Europe pour les générations à venir"

Vidéo 10.05.2013

Hier était célébrée un peu partout dans l'Union européenne la Journée de l'Europe à l'occasion du 63e anniversaire de la Déclaration Schuman. Ministre délégué chargé des Affaires européennes, Thierry Repentin a visité le village européen élevé pendant deux jours sur le parvis de l'hôtel de Ville de Paris, avant d'aller à la rencontre de jeunes Français pour échanger sur l'avenir de l'Europe. Touteleurope.eu en a profité pour l'interroger sur l'importance du 9 mai, les futures élections européennes mais aussi sur des sujets d'actualité comme les négociations budgétaires et le couple franco-allemand.

En quoi est-ce important de célébrer ce 9 mai, Journée de l'Europe ?

Thierry Repentin : Pour rappeler que c'est le lendemain du 8 mai, date commémorative d'un grand conflit mondial, et que celles et ceux qui ont connu ce grand conflit ont souhaité qu'il ne se reproduise pas et construire l'Europe. Donc célébrer l'Europe le lendemain du 8 mais c'est un beau témoignage, mais c'est aussi l'occasion de parler de ce que fait l'Europe au quotidien dans la vie de nos concitoyens, on l'oublie trop souvent. Il n'y aurait plus de politique de la ville dans les quartiers sans l'aide du fonds social européen ; il n'y aurait plus de grandes infrastructures et de grands chantiers sans l'Europe à travers le FEDER ; il n'y aurait sans doute plus d'agriculture de proximité dans certains massifs sans l'aide du FEADER etc.

Mais c'est aussi tout ce qu'il reste à faire, en termes de réponses à la crise économique et qui se construira aussi à l'échelle de l'Europe au sein des 27 et, au 1er juillet, au sein des 28.

Vous avez choisi de rencontrer des jeunes à l'occasion de cette Journée de l'Europe. Est-il important de les sensibiliser à l'Europe alors que certains d'entre eux iront peut-être voter pour la première fois à l'occasion des élections européennes de 2014 ?

Thierry Repentin : Oui mais s'exprimer à l'égard de la jeunesse c'est aussi s'exprimer dans une dynamique d'avenir. L'Europe est faite pour les générations à venir. Nous l'avons construite, il y a encore des étapes à bâtir et nous allons les bâtir pour la jeunesse que je rencontre aujourd'hui.

Par ailleurs il est vrai que parmi les jeunes que j'ai rencontrés ce matin et que je rencontrerai cet après-midi ce sera pour certains le premier vote qu'ils pourront faire à destination de leur vie de citoyen. Ce sera sur l'Europe, c'est un beau symbole. Nous avons besoin de leur en parler au quotidien : certains vivent l'Europe sans s'en rendre compte, contrairement à ma génération qui a connu l'avant et l'après marché commun, il faut leur ré-inculquer pourquoi l'Europe a été faite, leur rappeler la chance qu'ils ont de pouvoir aller étudier dans des pays étrangers, accompagnés par des bourses Erasmus, d'avoir des diplômes avec des qualifications reconnues, demain avec un statut européen de l'apprenti, avec un budget 2014-2020 pour l'insertion professionnelle des jeunes, pour leur formation. L'Europe c'est l'avenir et donc l'Europe c'est la jeunesse.

Quelle est votre stratégie, et celle du gouvernement français, en vue de ces élections européennes ?

Thierry Repentin : Il faudra valoriser toutes les étapes potentielles qui apporteront des réponses à des attentes soit de nos concitoyens soit des représentants du monde économique, et il y en aura. Je peux citer le Conseil des ministres du 22 mai prochain où nous parlerons de l'énergie, et l'énergie c'est pour certains de nos concitoyens la précarité, mais c'est aussi la compétitivité d'un certain nombre d'entreprises. Il y aura ce même jour des dispositions de lutte contre la fraude fiscale auxquelles certains de nos concitoyens sont très sensibles puisque c'est aussi de l'argent qui échappe à nos pays et donc à l'économie réelle. Il y aura également le Conseil du mois de juin à l'occasion duquel nous parlerons d'une stratégie européenne de l'industrie et, le 1er juillet l'élargissement à la Croatie. Au moment où l'on s'interroge pour savoir si l'Europe est nécessaire on se rend compte que beaucoup de pays frappent à la porte. Ils voient en l'Europe un espoir que nous ne voyons plus nous-mêmes.

Mon rôle sera également d'aller en régions pour rappeler, sur le terrain, dans la proximité, ce qu'apporte l'Europe dans le quotidien de nos concitoyens. Nous avons besoin de revenir à certains fondamentaux.

Etes-vous satisfait du compromis sur le budget qui semble se dessiner après la réunion de crise du 6 mai ? Pensez-vous qu'un accord du Conseil soit possible le 14 mai prochain ?

Thierry Repentin : La France avait dit son ouverture par rapport aux demandes exprimées par le Parlement européen et par la Commission. J'ai bon espoir effectivement, nous avions simplement demandé que ce budget supplémentaire, ce budget rectificatif, nous soit précisé dans son utilisation et par rapport à un calendrier de paiement. Aujourd'hui ces précisions arrivent. La France ne sera pas la dernière à être présente au rendez-vous, positivement. Par ailleurs je note qu'au Parlement aussi la discussion s'apaise.

Il faut de toute façon que nous envoyions des signes clairs à l'attention de nos concitoyens, des signes positifs. L'adoption du budget en serait un et je n'oublie pas que dans ce budget il y a par exemple le programme d'aide alimentaire aux plus démunis, qui est une question importante, ou encore cette ligne pour aider les jeunes dans leur insertion professionnelle. Ce sont près de 6 milliards dont bénéficieront les régions où il y a plus de 25% de jeunes au chômage. Donc il ne faut pas gâcher cet accompagnement dont la France et d'autres pays européens ont besoin à travers le budget européen.


On entend beaucoup parler en ce moment de tensions au sein du couple franco-allemand. Comment se portent ces relations entre les deux pays ?

Thierry Repentin : Il n'y a pas eu d'altération quelconque des relations entre les membres du gouvernement en France et les membres du gouvernement en Allemagne. Je passe ma matinée demain (vendredi 10 mai, ndlr.) avec mon homologue Michael Link, chaleureusement, dans le travail. On part quelques fois avec des objectifs qui peuvent différer, dont nous devons discuter, mais nous nous disons franchement les choses. Nous savons en conscience qu'un compromis à l'échelle des 27 commence toujours par un compromis entre les deux pays qui sont moteurs historiques de la construction européenne, l'Allemagne et la France. Nous allons dans cet état d'esprit à la fois de franchise mais aussi d'amitié.