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Témoignages sur le Mur de Berlin

Actualité 28.10.2009

Où étiez-vous quand le mur est tombé ? Quels sont vos souvenirs de cet événement historique ? Touteleurope.fr a interrogé des européens de différents pays sur leurs souvenirs de la chute du mur de Berlin. Quelles étaient les perceptions de l'Est et de l'Ouest de cette frontière? Des politiques, des journalistes, des jeunes travailleurs et ceux qui étaient adolescents à l'époque nous livrent leurs souvenirs et leurs impresssions de cette journée du 9 novembre 1989.

 

Gyorgy Schopflin hongrie DRGyörgy Schöpflin, député européen, hongrois : "Je ne sais plus où j’étais le jour où le mur est tombé !"


Lorsqu’on demande à György Schöpflin où il était le 9 novembre 1989 il répond sans hésiter : "Je n'en ai aucune idée! Je pense que j'étais à Londres".

 

Il s’est cependant rendu dans la capitale allemande peu de temps après que le mur soit tombé, et se souvient : "je suis allé à Berlin cinq jours après. Et pas par hasard ! J'ai voulu aller à Berlin pour voir ce qui s'y passait. Et c'était absolument passionnant.

 

Je garde le souvenir du noir, du froid, du vent soufflant de l'Est et du mur qui nous en protégeait. Je me rappelle précisément les allemands de l'Est déambulant dans les rues. On les repérait tout de suite. Ils étaient beaucoup plus pauvres,  on le voyait à travers leurs vêtements, leurs chaussures, leurs dents. Ils avaient l'air choqué et flânaient regardant l'Ouest, la "virtualité", l'irréalité de la chose. Voir l'Ouest pour la première fois fut un important choc culturel pour eux.

 

Le mur lui même était noir à ce moment là, comme si il faisait nuit. Je marchais le long du mur avec un ami et sans crier gare, on n'a plus vu le mur. Il y avait un trou dans le mur et dans notre perception du monde. J'étais allé à Berlin plusieurs fois avant, avant que le mur soit construit, et pendant son existence. Maintenant, je survivais au mur.

 

Personnellement, le moment le plus étrange, a été quand, marchant le long du mur, tout d'un coup deux soldats britanniques plantés là, ont surgi de derrière pour m'offrir une tasse de thé! En terme de politique extérieure, le communisme est définitivement tombé le 26 janvier en Hongrie et le 3 avril en Pologne mais ces événements n'ont pas été visibles. La chute du mur a marqué les imaginations. Cela a été un événement psychologiquement très important. "



Mais l’eurodéputé hongrois se souvient surtout de l’ouverture de la frontière austro-hongroise dès l’été 1989. Il nous explique le lent processus qui a mené à la chute du Mur : "à partir de la seconde moitié des années 80 les Hongrois n'avaient plus besoin d'autorisation pour sortir du territoire. Il y avait un système de sortie du territoire assez libéral, même si pas autant qu'à l'Ouest.

 

La plupart des hongrois qui partaient à l'Ouest, revenaient, seuls quelques uns restaient. Ce n'était pas un problème. Il y a beaucoup de raisons qui expliquent pourquoi la Hongrie a ouvert ses frontières. Les barrières physiques comme les champs de mines et les barbelés devenaient gênantes.

 

Le Premier ministre Miklós Németh avait également bien compris qu'en ouvrant ses frontières, la Hongrie se positionnait favorablement face à l'Allemagne de l'Ouest. Les événements en Hongrie et en Pologne ont joué un grand rôle dans la transformation de la situation Est-allemande".


Maxine Harfield DRMaxine Harfield, anglaise, était en stage à Düsseldorf au moment de la chute du mur. 

 

 

J’avais 19 ans à l’époque de la chute du mur de Berlin et le hasard de la vie a fait que je me trouvais en Allemagne lorsque cet évènement historique a eu lieu. J’effectuais en effet un stage de 6 mois dans une entreprise près de Düsseldorf.



Je regretterais certainement toute ma vie de ne m'être pas alors rendu sur place, à Berlin, pour vivre en direct ce moment unique. Mais j’étais trop jeune et incapable d’apprécier à sa juste valeur l’importance de ce que nous étions en train de vivre.


Je ne suis donc pas allée à Berlin, mais j’ai beaucoup regardé les images diffusées à la télévision, les rues plein de gens où jadis, les soldats bloquaient l’approche du mur. Je me souviens surtout des jeunes, jubilant, grimpant sur le mur. Certains se promenaient en tenant dans leurs mains d’énormes pierres provenant de ce mur.

 

De ce que j’ai pu ressentir à l’époque, c'est qu'il n’y a pas eu de violence - c’était plutôt une ambiance festive. Néanmoins, dans les jours qui ont suivi, au bureau, mes collègues de l’ouest ont exprimé des réactions plus modérées : bien sûr, ils étaient très heureux de voir ce mur s’écrouler, mais tout de même inquiets des conséquences, surtout financières, de la réunification du pays.

 

Depuis cet événement, j’ai visité Berlin plusieurs fois à l’occasion de son festival du film connu, le Berlinale. Il y a des sections du mur avec tous leurs graffitis qui existent toujours – que les Berlinois ont certainement laissées en place pour témoigner de ce qu’ils ont dû (sur)vivre. Eloigné de son ancienne signification politique et militante, aujourd’hui, le mur est presque devenu de l'art, ainsi qu’un symbole émouvant du passé divisé.

 

Berlin est une ville magique – on y sent l’histoire dans l’air !

 


Dominkia Rutkowska DR

Dominika Rutkowska, polonaise, garde quelques souvenirs du communisme

Ayant de la famille en Allemagne de l’Ouest, la jeune Polonaise se souvient de quelques voyages pour passer Noël avec ses cousins allemands.

 

Après avoir parcouru près de 1000 kilomètres, obtenu un joli tampon obtenu à la frontière germano-polonaise et montré son visa à la frontière DDR-RDA… c’est la surprise. Dominika avait constaté que le Noël allemand est bien différent du polonais. A son arrivée à l’Ouest, elle découvre des kilomètres de guirlandes dans les magasins décorés pour l’occasion, bien loin du décor kitsch des magasins polonais de l’époque !

 

Les vitrines présentant des habits dernier cri se multiplient sous ses yeux, des restaurants et des fast-foods l’attirent par leurs odeurs inconnues. C’est le souvenir de l’enfance : la première visite chez McDonald’s avec un but bien précis : ramener aux copains de l’école une boîte de frites, la fameuse boîte rouge... Mission accomplie, le trophée accompagné des gadgets pour enfants est dans la valise.

 

Tous ces objets incarnent à l’époque le "capitalisme", un mot bien compliqué pour des enfants, mais qui éveille tant d’attention. Plus tard, lors d’un voyage au début des années 1990, Dominika constatera que les postes de gendarmes et de douanes installés entre les "deux Allemagnes" ont disparu. Le rideau de fer s’est levé, l’Europe de l’Est est entrée dans la période du changement de système et les boîtes rouges de frites sont arrivées en Pologne…

 


 

Marilou Pierrat DRMarilou Pierrat, française, se souvient du gâteau de chocolat de sa grand-mère volé par son père qui partait à Berlin 

 

Quand le mur de Berlin est tombé, j’étais très jeune. J’avais 8 ans. On habitait à Champigny Sur Marne. C’était le week-end, peut-être, en tout cas mes grands-parents étaient là.

 

Ma grand-mère maternelle nous avait fait son gâteau au chocolat, celui que personne dans la famille ne réussit jamais à faire comme elle, avec une croûte croustillante sur le dessus.  Mon père est rentré juste avant le dîner, et tout excité il nous a dit que le mur de Berlin était tombé, et qu’il partait sur le champ en Allemagne en voiture !

 

Il était journaliste à l’Associated Press, et j’imagine qu’il partait avec des collègues, pour couvrir l’événement. Ou simplement pour être là, parce que c’était un événement historique et qu’il voulait y être. Je ne sais pas si c’est vraiment le jour de la chute du mur qu’ils sont partis, peut-être le lendemain.

 

En même temps, on peut espérer qu’ils avaient eu l’info assez tôt ! Et il me semble l’avoir entendu raconter par la suite qu’il avait été là pour entendre Rostropovitch jouer Bach au milieu des décombres. Il avait rapporté comme preuve une grosse pierre dont il était très fier et qui trônait en bonne place sur ses étagères, devant ses bouquins, chez lui – maintenant elle est chez moi.

 

Elle est très lourde et je ne sais pas exactement de quel endroit du mur elle vient.  Mais ce que je sais avec certitude, c’est que mon père et ses amis ont embarqué le gâteau pour le voyage !

 

Ma sœur et moi étions si déçues, mais ce long voyage dans la nuit vers l’Allemagne avait quelque chose de fascinant et nous leur pardonnions. Voilà pourquoi ce jour est ancré dans mon esprit.