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Tabac : plus de 273 000 décès dus au cancer du poumon dans l'UE en 2015

Carte et comparatif 07.06.2018

La consommation de tabac est l'un des plus grands risques évitables pour la santé dans l'Union européenne. De nombreuses formes de cancer et de maladies cardiovasculaires et respiratoires sont liées au tabagisme.

Sur les 5,2 millions de décès signalés dans l'UE en 2015, un quart (1,3 million) était dû au cancer. Parmi ces décès, 273 400 ont été causés par le cancer du poumon, de la trachée ou des bronches. Le cancer du poumon reste le cancer le plus mortel dans l'UE : il représente plus d'un cinquième (21 %) des morts par cancer. Les hommes sont deux fois plus touchés que les femmes : 184 600 hommes sont morts du cancer du poumon en 2015, contre 88 800 femmes.

227 000 morts par cancer du poumon en Allemagne

En France, la part de fumeurs quotidiens a baissé significativement en l’espace d’un an : elle est passée de 29,4 % en 2016 à 26,9 % en 2017. Mais la situation est toujours préoccupante à l'échelle européenne. Dans l'ensemble des États membres de l'UE, la part représentée par le cancer du poumon parmi tous les cancers mortels était la plus élevée en Hongrie (27%), suivie de la Grèce, du Danemark, de la Pologne et des Pays-Bas (24% chacun), de la Belgique (23%) et du Royaume-Uni (22%). A l'extrémité opposée de l'échelle, les parts les plus faibles ont été enregistrées au Portugal et en Lettonie (15% chacun), en Lituanie, en Suède et en Slovaquie (16% chacun).

Plusieurs facteurs sont en cause pour expliquer ces disparités. Emmanuelle Beguinot, directrice du comité national contre le tabagisme, insiste sur l'influence des professionnels du tabac sur les politiques de santé. "En Allemagne, la publicité pour le tabac est toujours tolérée, alors qu'elle est normalement interdite par l'UE depuis 2003". Il faut savoir que les "fabricants de tabac peuvent financer légalement les partis politiques en Allemagne. La pression de l'industrie est importante et se voit dans le manque d'ambition des politiques de santé". "Les politiques publiques sont revues à la baisse sous l'influence de l'industrie du tabac, tout comme la mise en œuvre est souvent moins efficace".

Sur ce point, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est très claire : l'interdiction totale de toutes les formes de publicité en faveur du tabac permet de réduire la consommation de tabac de 7% en moyenne, certains pays enregistrant même des baisses allant jusqu'à 16%.

Urgence pour la santé publique

La diminution des morts par cancer du poumon est en "grande partie due à l'efficacité des politiques publiques sur le long terme". Si certains gouvernements mettent en place des politiques anti-tabac ambitieuses, l'Union européenne s'est aussi emparée du sujet en 2014 afin de renforcer et d'harmoniser les mesures pour réduire la consommation de tabac. Comme "la question du tabac ne se limite pas aux frontières nationales, que ce soit par le commerce ou la contrebande, créer un cadre législatif global est un gage d'efficience", juge ainsi Emmanuelle Beguinot.

En prenant en compte les éléments de la directive anti-tabac, le gouvernement français a mis en place un plan global dès 2016 en trois axes. Tout d'abord, "la prévention est essentielle" pour réduire "le nombre de nouvelles personnes qui commencent à fumer, notamment des mineurs". Le paquet neutre en est un bon exemple, tout comme les campagnes choc contre le tabac et les mises en garde illustrées apposées sur les paquets (surtout celles qui comportent des photos), qui permettent de réduire le nombre de nouveaux fumeurs et poussent les fumeurs réguliers à arrêter.

Ensuite, le soutien aux fumeurs par un accompagnement complet est une mesure importante. La plupart des fumeurs qui connaissent les dangers du tabac souhaitent en effet arrêter de fumer. Selon l'OMS, la prise de médicaments peut plus que doubler les chances de succès d’un fumeur qui essaie d’arrêter. Pour Emmanuelle Beguinot, la mise à disposition des substituts nicotiniques est également une mesure efficace. Ce dispositif médical libère des doses modestes de nicotine et permet d'atténuer les effets du sevrage. En France, l'augmentation du forfait de prise en charge de ces substituts, passant de 50 à 150 euros en 2016, permet à un plus grand nombre de fumeurs d'y recourir.

Enfin, la lutte contre le trafic du tabac permet de mieux contrôler l'approvisionnement du marché. Sur ce point, Emmanuelle Beguinot relève la faiblesse de la directive anti-tabac : "l'UE s'est fait noyauter par les lobbies du tabac sur le suivi et la traçabilité". En effet, certains affirment que les producteurs de cigarettes organisent eux-mêmes la contrebande. Si c'est bien le cas, "les charger du contrôle du trafic n'a aucun impact. Le conflit d'intérêt est majeur !".

Harmoniser la fiscalité du tabac

Enfin, l'harmonisation de la fiscalité sur le tabac est une "question épineuse" pour Emmanuelle Beguinot. Des minima de taxes ambitieux au niveau européen permettraient d'atténuer les différences de prix entre pays et d'éviter les achats transfrontaliers, problématiques pour la portée des politiques de santé et pour les budgets nationaux. Mais les initiatives dans le domaine fiscal devant être validées par un vote à l'unanimité du Conseil, "un travail assidu reste à faire…"