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SYRIZA prend le pouvoir en Grèce

Actualité 26.01.2015

Alexis Tsipras arrive au pouvoir. Avec 36,3% des votes, le leader de SYRIZA a remporté les élections de dimanche. Le représentant de la gauche radicale, qui annonce d’ores-et-déjà “la fin de l’austérité en Grèce”, pourra compter sur 149 députés sur un total de 300 au parlement d’Athènes. Et même si un gouvernement de coalition s’impose, ce sera à ce jeune leader de dicter les règles du jeu.

Tsipras (C) SYRIZA

La fin de l’alternance PASOK-Nouvelle Démocratie

Les résultats des socialistes (PASOK) de 1981 à 2015

48,1% (1981)
45,8%
39,1%
40,7%
38,6%
46,9%
41,5%
43,8%
40,5%
38,1%
43,9%
13,2%
12,3%
4,8% (2015)

Source : Ekathimerini

Comme annoncé par les sondages des dernières semaines, SYRIZA a remporté les élections législatives en Grèce. Avec 36,3% des votes, cette formation de gauche radicale obtient 149 sièges sur 300 au Parlement d’Athènes. Quant à la Nouvelle Démocratie, le parti guidé par le premier ministre sortant Antonis Samaras, elle ne dépasse pas le cap des 28% (76 sièges). Le parti d'extrême droite Aube dorée se classe enfin en troisième position, avec près de 6,3% de suffrages et 17 sièges.

Parmi les sept partis présents dans la nouvelle assemblée nationale grecque, le mouvement proeuropéen “Fleuve” (To Potami) aura droit à 17 députés (avec un score d’environ 6%), tandis que le Parti communiste KKE pourra compter sur 15 élus avec 5,5% des votes. Enfin, les “Grecs indépendants” (droite eurosceptique) et le PASOK (socialiste) remportent chacun plus de 4,5% des préférences et obtiennent 13 sièges au parlement.

Pour la première fois depuis la fin de la dictature des colonels, le peuple grec choisit donc un gouvernement constitué de deux partis autres que les partis historiques, Nouvelle Démocratie (centre-droite) et PASOK (centre-gauche).  Depuis 1981 et jusqu’en 2012, en effet, ces deux formations remportaient ensemble environ 80% des voix. Lors du dernier scrutin, ils ont réalisé un score de 32,5%. Une débâcle dûe surtout à l’implosion du mouvement socialiste PASOK, qui n’a pas dépassé les 4,7% lors du vote de dimanche. 

L'alliance avec les Grecs indépendants 

Le nouveau parlement grec


“Le peuple grec nous a envoyé un message clair, la Grèce quitte l’austérité, laissant derrière elle des années d’oppression”, a déclaré dimanche soir Alexis Tsipras devant l’université d’Athènes. Lors de son discours à l’annonce des résultats définitifs, le leader de SYRIZA a annoncé la fin d’une époque. “Nous allons annuler le memorandum de l’austérité”, affirme-t-il, “Nous allons créer un gouvernement pour toutes et pour tous, nous allons donner de la confiance à chaque Grecque et chaque Grec et nous lutterons ensemble pour reconstruire notre patrie avec honnêteté et amitié. Il n’y a ni vainqueurs et ni vaincus, c’est la fin de la Grèce des oligarques”. 

A 40 ans, Alexis Tsipras est devenu lundi le nouveau Premier ministre grec, mais pour y parvenir il a du former un gouvernement de coalition. Avec ses 149 élus, SYRIZA ne dispose pas de la majorité absolue du parlement, qui est de 151 députés. Alors que la presse imaginait déjà des coalitions de gauche (ou avec la formation progressiste et proeuropéenne Potami, le fleuve), un premier accord a été scellé avec les “Grecs indépendants”. Ce parti de droite né d’une scission de la Nouvelle démocratie compte 13 représentants dans la nouvelle assemblée d’Athènes. Point commun des deux formations : la volonté de renégocier le plan de sauvetage signé avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international. En revanche, pas de vision commune sur d’autres sujets comme l’immigration ou les dépenses publiques. 

Fort de son succès, SYRIZA ne devra pas renégocier son programme avec son nouvel allié. Les mesures annoncées depuis des mois pourraient donc voir le jour durant les prochaines semaines. La priorité demeure évidemment l’économie. Le parti d’Alexis Tsipras vise tout d’abord les Grecs les plus pauvres : il envisage de relever le salaire minimum à 750 euros et d’exonérer du paiement des impôts les citoyens gagnant moins de 12 000 euros par an. Des aides sociales seront également mises en place pour les plus démunis : entre autres, les transports publics et l’électricité deviendront plus accessibles (voire gratuits) pour certaines catégories de citoyens. Pour financer ce programme d’environ 12 milliards d’euros - selon les estimations de SYRIZA - le parti prévoit une plus sévère lutte contre l’évasion fiscale et une réforme des accords signés avec les créanciers internationaux.

Les réactions en Europe

Il Manifesto (Italie)



Bild (Allemagne)

Lundi à 15h30, Alexis Tsipras s'est rendu au palais présidentiel pour rencontrer le chef d’Etat M. Papoulias et accepter officiellement le mandat de Premier ministre. Son arrivée au pouvoir, pourtant annoncée par les sondages ces dernières semaines, a suscité des vives réactions en Europe. Le Monde parle d'un "deuxième revers pour Berlin en quelques jours, après la décision de la BCE de racheter des obligations d’Etat". En effet, ailleurs en Europe, la presse et les acteurs politiques se divisent aussi géographiquement.

Enthousiastes, les partis de gauche radicale n’ont pas attendu pour féliciter le nouveau premier ministre grec. C’est le cas en Espagne, où le leader du mouvement “Podemos” s’était montré aux côtés d’Alexis Tsipras durant les derniers jours de campagne électorale. Mais un soutien spontané est arrivé aussi de France, notamment par le biais de Jean-Luc Mélenchon, et d’Italie, où le leader de gauche Nichi Vendola demeure très critique envers Matteo Renzi.

Au contraire, une partie de la presse allemande n’a pas caché sa contrariété. Le magazine Bild, notamment, s’adresse à "l'épouvantail" Alexis Tsipras en rappelant que "la zone euro n'est pas un tripot”. Tandis qu'au Royaume-Uni, le premier ministre David Cameron a exprimé dans un tweet sa crainte que le résultat des élections grecques augmente l'instabilité économique en Europe.

Enfin, le quotidien grec eKathimerini rapporte que le président du Parlement européen, Martin Schulz, aurait déjà félicité Alexis Tsipras pour sa victoire, et serait sur le point de planifier sa prochaine visite à Athènes.