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Sylvie Goulard : "Le recours au FMI ne doit pas être un tabou"

Actualité 26.03.2010

Alors que les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord sur le plan de sauvetage pour la Grèce jeudi dernier, Sylvie Goulard, député européenne ALDE, membre de la commission économique et monétaire du Parlement européen, décrypte pour Touteleurope.fr les enjeux de cette décision. 

Touteleurope.fr : L'Allemagne a-t-elle placé son intérêt national avant la solidarité européenne?

Sylvie Goulard : Si nous avons pu parvenir à un accord c'est que tous les Etats membres ont placé la solidarité européenne avant le reste.
 
Il est nécessaire de distinguer deux choses : la position des autorités allemandes et le débat qui se déroule en Allemagne en ce moment.
 
Les autorités allemandes sont en faveur d’un respect très strict de la discipline budgétaire, avec raison. Ce sont les atteintes aux règles communes qui ont créé la situation délicate dans laquelle se trouve(nt) la Grèce (et d'autres Etats membres peut être demain).

En revanche le ton extrêmement nationaliste, et méprisant vis-à-vis des pays du Sud, de certaines prises de position, notamment dans la presse, est inacceptable.

 

Touteleurope.fr : L'accord conclu entre les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro mentionne le besoin de renforcer le gouvernement économique.  Pensez-vous que la crise fera avancer cette idée au niveau européen?

Sylvie Goulard : Je n'ai jamais partagé l'engouement des Français pour le concept de "gouvernement économique" que je trouve extrêmement ambigu.
 
S'il s'agit de faire plus converger nos économies comme nous nous y étions tous engagés depuis le traité de Maastricht, c’est évidemment, une bonne chose. Simplement, jusqu'à présent les pays qui demandent la mise en place d’un "gouvernement économique", la France notamment, sont ceux qui ont eu tendance à prendre des libertés avec les règles communes. Je crois que c'est une des raisons des malentendus avec l'Allemagne.
 
S’il s'agit d'aller vers une plus grande convergence économique, de respecter les disciplines budgétaires, et de procéder aux réformes structurelles auxquelles nous nous étions engagé avec la Stratégie de Lisbonne, c'est-à-dire la réforme du marché de travail, les réformes des retraites, l’investissement dans la recherche et l'innovation ainsi que dans l'éducation et la formation, on ne peut que s’en féliciter.
 
Mais il y a une ambigüité dans ce concept si bien que l’on ne sait pas très bien ce qu'il signifie. Nous ne savons pas s'il s'agit de la création d'une structure ou du respect des règles de Maastricht et du pacte de stabilité sans changement institutionnel.
 
L'essentiel n'est pas que les textes fassent mention ou non du mot "gouvernement économique", mais que l'ensemble des partenaires, la zone euro et l'Union européenne, fassent de nouveau converger leurs économies.
 


Touteleurope.fr : Le recours au FMI vous paraît-il opportun pour se sortir de la crise ?

Sylvie Goulard : Sur le plan technique, il y a de bons arguments pour recourir au FMI comme notamment son expérience de gestion de crises similaires. Par ailleurs, le FMI dispose de moyens qui lui sont en partie accordés par des Etats européens.  Recourir au FMI ne devrait donc pas être perçu comme un tabou. Sur le plan politique en revanche, il est important que des questions majeures et sensibles internes à la zone euro puissent être traitées en son sein.
 
La question est de savoir si cette crise permet l'émergence d'une zone euro souveraine sur le plan politique et économique, ou si elle ne pose qu'un problème technique. Pour les questions techniques, il est tout à fait justifié de faire appel à des bons techniciens, comme ceux du FMI, mais il faut que les questions politiques puissent être réglées au niveau européen approprié.

 

 

En savoir plus :

La déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro 

Le dossier spécial de Touteleurope sur la crise de la zone euro

Le site web de Sylvie Goulard