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Sylvie Goulard : "Ceux qui jouent sur la sortie de l'euro sont des populistes"

Actualité 14.03.2011

Sylvie Goulard est députée européenne, membre de l'Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l'Europe. A l'occasion des "petits déjeuners européens" organisés par l'Ecole Nationale d'Administration (ENA), Toute l'Europe l'a rencontrée le 9 mars dernier à Strasbourg. L'occasion pour l'eurodéputée de défendre la monnaie unique, d'expliquer son vote en faveur d'une taxe sur les transactions financières, suite à l'adoption en plénière d'un rapport d'initiative sur ce thème, mais aussi de revenir sur les priorités pour 2011 de la commission Affaires économiques et monétaires (ECON) dont elle est membre, ou encore sur la gouvernance économique.

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"La sortie de l'euro n'est pas une solution viable"

Les petits déjeuners européens de l'ENA

Dans le cadre des formations à l'Europe qu'elle propose chaque année, l'Ecole nationale d'administration donne à ces auditeurs un accès privilégié aux députés européens à l'occasion des sessions plénières à Strasbourg. Ainsi, dans le cadre du Cycle 2010-2011 :  "La nouvelle régulation financière en Europe", le troisième "petit déjeuner européen" a eu lieu dans les locaux de l'ENA à Strasboug le 9 mars dernier sur la thématique "Gouvernance économique et supervision financière : l'Union européenne est-elle en mesure de faire face à la crise ?".

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Invitée par l'ENA a intervenir au troisième "petit déjeuner européen" de l'année à Strasbourg, dans le cadre du cycle thématique "La nouvelle régulation financière en Europe", Sylvie Goulard, députée européenne membre de la commission des Affaires économiques et monétaires, est revenue assez longuement sur le débat qui pourrait être l'un des enjeux de la campagne présidentielle en France : la sortie de l'euro.

Interrogée par Toute l'Europe, l'eurodéputée répond sans détour : "très sincèrement, et en toute objectivité, les personnes qui jouent sur la sortie de la zone euro sont des populistes qui font miroiter à des personnes en difficulté (...) des solutions qui ne sont pas viables", affirme-t-elle. Pour Sylvie Goulard, il est évident qu'un retour au franc aurait des conséquences désastreuses pour l'économie. Elle avance ainsi l'argument des variations de monnaies, qui existaient avant la monnaie unique, et qui pénaliseraient fortement les petites entreprises, en particulier celles qui exportent essentiellement vers les autres pays de la zone euro (ce qui concerne plus de la moitié des exportations françaises, rappelle l'eurodéputée).

L'ancienne présidente du Mouvement européen-France rappelle de plus que "pour rentrer dans l'euro il a fallu des années de préparation. (...) On s'est préparé à quelque chose de positif, et déjà à l'époque on avait craint de ne pas être assez préparés. Vous imaginez la même chose dans une spirale négative dans une situation de crise ? Le nouveau franc perdrait immédiatement 30% de sa valeur, tous nos crédits sont en euros, il faudrait qu'on les rembourse dans une monnaie beaucoup plus chère".

Sylvie Goulard considère que "les personnes qui jouent avec ces idées-là sont des irresponsables, et je les mets au défi de nous expliquer en quoi ce serait positif pour nos pays, pour nos économies. La dévaluation c'est la dépossession des petites gens !" explique l'eurodéputée.

Taxe sur les transactions financières, présidence française du G20 : quelles attentes pour 2011 ?

"Nos systèmes fiscaux sont à bout de souffle, ils ne sont pas justes, ils taxent beaucoup trop le travail et ne sont pas tournés vers l'avenir", explique l'eurodéputé lorsqu'elle évoque le vote en plénière, mardi 8 mars, du rapport d'initiative sur les financements innovants proposé par une de ses collègues socialistes, la Grecque Anni Podimata.

Sylvie Goulard rappelle cependant qu'il "s'agit pour le moment d'un rapport d'initiative, nous ne sommes pas au stade législatif, nous n'avons pas créé une taxe sur les transactions financières". Elle a pourtant voté pour, alors que le groupe des libéraux au Parlement européen était plus que partagé sur la question. "Ce n'est pas un sujet de gauche, ou de droite, ou même du centre" rappelle la parlementaire, "il y a dans tous les groupes politiques des personnes qui croient qu'il faut procéder à une taxation modérée des transactions financières".

L'argument premier avancé par Sylvie Goulard en faveur de l'instauration d'une telle taxe est la rapidité avec laquelle sont conclues les transactions financières ("des milliers d'opérations par seconde" précise-t-elle), et qui peut engendrer des abus, qu'une telle taxe pourrait éviter, sans pour autant les entraver totalement. La députée rappelle cependant que d'autres propositions de financements innovants ont également été présentées, comme la fameuse taxe carbone.

Gouvernance économique et supervision financière au menu des travaux en 2011

Après une année 2010 marquée par l'adoption d'un important paquet législatif relatif à la supervision financière, Sylvie Goulard explique qu'en 2011 il y a "énormément de textes à l'ordre du jour de la commission ECON, notamment pour adopter des règles nouvelles pour la capitalisation des banques ou l'organisation des marchés".

L'une des principales mesures adoptées en réponse à la crise dans l'Union européenne a été la mise en place de nouvelles autorités de supervision financière. Les eurodéputés ont "mené une première bataille pour le choix des présidents de ces autorités, car nous voulions des personnalités fortes" précise Mme Goulard. "Maintenant le Parlement a son mot à dire concernant le choix des directeurs exécutifs de ces autorités. Il y aura une audition le 17 mars et un vote en plénière", précise-t-elle.

Interrogée par Toute l'Europe sur la gouvernance économique, et plus précisément le semestre européen, mis en place à partir de cette année, Sylvie Goulard rappelle que l'idée consiste à remplacer "des débats séparés dans les parlements nationaux sur les lois de finances nationales, sur des bases statistiques divergentes, au premier semestre de l'année, qui dans tous les pays membres de l'Union sont en général consacrés à la préparation de la loi de finances" par "un échange entre le niveau européen et le niveau national, qui permette d'aborder à la fois les aspects techniques (...) et les choix de fond".

Rapporteur pour le paquet "gouvernance économique", l'eurodéputée précise qu'elle travaille sur ces thèmes en étroite collaboration avec ses collègues des autres groupes politiques face à "la nécessité de consolider la monnaie commune, d'arriver à une gestion qui laisse des responsabilités aux Etats membres, mais qui leur apprenne à tenir compte des conséquences de leur propres décisions sur les autres pays, et sur la zone euro dans son ensemble".

 


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