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Surfrider Foundation Europe : "1.280 plages ont disparu administrativement en 10 ans"

Actualité 23.07.2010

La fondation Surfrider s'est inquiétée fin juin 2010 de la "disparition" de quelque 1.280 plages sur les listes officielles en Europe depuis 1987, estimant qu'il pouvait dans certains cas s'agir de dissimulation de plages polluées par les communes ou les Etats concernés. Olivier Barrière, responsable de l’environnement à la Fondation Surfrider fait le point pour Touteleurope sur ce phénomène et sur la règlementation européenne pour les eaux de baignades.

Touteleurope : Dans votre dernière étude, vous parlez d'un phénomène de disparition des plages dans les Etats. En quoi cela consiste-t-il ?

Olivier Barrière : Chaque Etat européen a pour obligation du fait d'une directive européenne de lister l'ensemble des zones de baignades, en littoral ou en eau douce, qui sont sur son territoire. Cette liste est ensuite transmise à la Commission européenne.

Le "dé-listage" consiste à retirer des listes officielles un site de baignade sans pour autant le justifier.

Touteleurope : C'est un dé-listage simplement administratif ou les gens n'ont également plus accès aux plages concernées ?

Olivier Barrière : Cela peut servir à masquer un certain nombre de pollutions pour des raisons statistiques : à chaque plage est associé un classement fondé sur sa qualité et calculé à la fin de la saison estivale. Le 10 juin 2010, ce classement donnait 95,6% des plages européennes conformes à la réglementation. En retirant des listes les plages qui ne sont pas conformes, on va donc mécaniquement améliorer les résultats.

Parallèlement à ce phénomène, on peut avoir des gestionnaires préférant fermer le site de baignade plutôt que de traiter les problèmes de pollution et obtenir des eaux de qualité conforme.

Touteleurope : Où en est-on dans la réglementation européenne sur les eaux de baignade ?

Olivier Barrière : La directive appliquée aujourd'hui est une des plus anciennes directives européennes, et date de 1975 (dite "directive 76"). Elle reposait sur des conceptions scientifiques quelque peu désuètes et a donc été remise à jour en 2006. Une nouvelle directive a été votée, puis transcrite en droit interne. La date butoir pour le faire était 2008 mais son application doit avoir lieu au maximum en 2015. Certains Etats l'appliquent déjà et d'autres sont en cours de transposition.

La directive ne change pas certains aspects où nous aurions souhaité des évolutions, comme le suivi des zones d'activités nautiques au même titre que pour les eaux de baignades. Car les pratiquants d'activités nautiques (les surfeurs, les plongeurs,...) n'ont aucune information sur la qualité de l'eau où ils se baignent. Le jour où cette eau est polluée, ils ne pourront pas être informés et se protéger, a contrario de ce qu'il se passe pour les zones de baignade.

Nous demandions aussi que les suivis ne s'arrêtent pas à la période estivale mais à l'ensemble de l'année : les activités nautiques ne s'arrêtent pas à l'été ! Elles étaient pourtant prises en compte dans le texte initial... mais cela a été finalement rayé par les Etats membres, notamment à la demande la France.

Enfin, cette directive ne pose aucune obligation quant au suivi des pollutions chimiques qui peuvent affecter la santé des usagers au même titre que les pollutions micro-biologiques.

La nouvelle directive impose cependant une meilleure information du public. Elle va aussi être beaucoup plus sévère que celle actuellement appliquée : les seuils en terme de bactériologie ont été divisées par quatre.

Touteleurope : Une réglementation sévère pourrait-elle augmenter ce phénomène de dé-listage ?

Olivier Barrière : Notre crainte est que face à des réglementations plus sévères, les gestionnaires préfèrent fermer la plage plutôt que de réaliser les investissements contre les pollutions qui affectent la qualité des eaux littorales. 1.280 plages sur douze Etats membres entre 1997 et 2007 ont déjà disparu des listes officielles. Nous avions justement voulu faire ce comptage avant l'application de la nouvelle directive.

Ce n'est pas une lubie de la Fondation Surfrider : la Commission européenne a déjà rappelé à l'ordre certains Etats européens, dont la France, qui dé-listent des plages plutôt que de faire face aux problèmes de pollution. De plus, un certain nombre de zones de baignade sont limites par rapport aux nouveaux seuils et risquent donc d'autant plus d'être dé-listées.



Touteleurope : Quels sont les moyens utilisés par une ONG comme Surfrider pour que la directive soit appliquée dans le bon sens par les Etats ?

Olivier Barrière : C'est essentiellement un travail sur la réglementation et d'alerte au niveau des Etats. Nous avons ainsi réalisé une étude sur l'impact de la nouvelle directive sur le classement des plages européennes. Dans le cadre de la France, nous montrions que 10% des zones de baignades sur le littoral ne seraient plus conformes, et donc interdites à la baignade.

Notre travail était donc d'alerter les autorités de l'impact de la directive pour les encourager à entamer au plus tôt les travaux nécessaires pour améliorer la qualité des eaux littorales et ne pas être confrontés en 2015 à la fermeture de plages. Cela peut paraître lointain mais les travaux de luttes contre la pollution ne sont visibles seulement qu'après plusieurs années.

De plus, les classements actuels sont réalisés sur la seule année en cours. Avec la nouvelle directive, on utilisera les données de la saison en cours mais aussi celles des trois années précédentes : on prendra ainsi dès 2012 les résultats de la qualité des eaux pour établir le classement de 2015...

Notre ONG essaye donc de prévenir au plus tôt les autorités pour qu'il y ait déjà un mouvement pour l'amélioration de la qualité des zones de baignades. Nous préférons que ce travail de dépollution soit engagé plutôt qu'il y ait des fermetures des plages pour préserver la santé des usagers.

Touteleurope : Quelles sont les autres activités de la Surfrider Foundation Europe ?

Olivier Barrière : Nous sommes représentés sur le territoire européen au travers de coordinations locales qui sont salariées, essentiellement en France et en Espagne. Nous avons aussi 50 antennes locales bénévoles partout en Europe et ce sont elles qui portent nos actions. Au siège européen à Biarritz, nous avons un rôle plus administratif en fournissant les outils et la matière pour nos antennes locales.

Nous avons deux grandes missions. Nous menons un travail d'éducation et de sensibilisation du grand public avec la création d'outils pédagogiques, d'interventions en milieu scolaire, de stands de sensibilisation, d'expositions... Les nettoyages de plages participent à cet objectif de sensibilisation : rencontrer le public, le faire venir sur la plage pour qu'il constate que les déchets continuent d'arriver et comment chacun à son échelle peut réduire cette pollution.

logo de la Surfrider Foundation EuropeParallèlement, nous menons un travail environnemental, comme celui d'un lobby avec des études. Il y a aussi la mise en place de réseaux pour le suivi de la qualité de l'eau des zones d'activités nautiques avec des prélèvements tout au long de l'année. Si nous identifions des pollutions, nous entrons en contact avec les autorités locales pour les réduire et les sensibiliser à notre démarche.

En terme d'actions locales, en plus des laboratoires, nous avons des Gardiens de la Côte pour donne la possibilité aux usagers de nous saisir sur tout ce qui peut avoir un impact sur le littoral. Nous les soutenons avec nos expertises juridiques et scientifiques ainsi que pour médiatiser leur action. Nous avons enfin une juriste au siège européen qui mène une thèse sur les pollutions générées par le transport maritime pour donner aux collectivités les outils juridiques pour se protéger de ce type de pollution.


En savoir plus :

le site de la Fondation Surfrider

l'étude sur les plages dé-listées [Pdf] - Surfrider Foundation Europe

la politique européenne de l'environnement - Touteleurope