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Sommet européen : l'Europe unie face au Brexit, François Hollande fait ses adieux

Actualité 02.05.2017

Le 29 avril, c’est d’une même voix que les 27 Etats de l’Union européenne réunis en Conseil européen extraordinaire ont adopté d’une seule voix la feuille de route sur les négociations avec le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit. Un sommet européen qui était aussi le dernier de François Hollande en tant que représentant de la France.

Drapeaux britannique et européen lors du sommet européen du 29 avril 2017

Un parfum de week-end prolongé flottait, samedi 29 avril, dans les couloirs du bâtiment Europa du Conseil européen à Bruxelles… A l’heure où le sort du Royaume-Uni se jouait à huis-clos, les journalistes prenaient leur mal en patience après un suspense rapidement levé par Donald Tusk, le président du Conseil : "Les lignes directrices ont été adoptées en un tour de table". 

Il faut dire que le ton était donné depuis plusieurs jours par les diplomates des différentes délégations autour d’un seul mot d’ordre : l’unité. Un crédo martelé par le président de la République devant les médias français lors de son arrivée à Bruxelles : "L’enjeu c’est l‘unité de l’Europe face au sujet qui est posé. J’ai toute confiance dans le travail qui a été mené. Il permettra à l’Europe de rester unie".

A cet égard, plus que sur le Brexit, les regards de la presse internationale étaient plutôt tournés sur la France, et son élection présidentielle. Au cœur des discussions : le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen. Si bien qu’un haut fonctionnaire européen est venu apostropher des journalistes en affirmant que le résultat de notre élection sera un tournant pour l’Europe, car la France se doit de "donner le tempo".

Une stratégie claire

S'agissant du Brexit, le tempo est en tout cas donné : la décision d’invoquer l’article 50 est "irrévocable", il n’y a plus de retour en arrière possible. Les 27 Etats membres ont à présent deux ans pour dessiner les contours du divorce avec le Royaume-Uni qui sera définitivement effectif en mars 2019.

Et pour les Européens, comme l'a réaffirmé Donald Tusk, la priorité "numéro un" est d’abord et avant tout la protection sociale, le droit de résidence et la retraite des 3 millions de ressortissants de l’UE qui vivent ou travaillent au Royaume-Uni.

Vient ensuite la question de l’Irlande. En effet, le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord serait "un drame", a fait valoir une source diplomatique, dans la mesure où il s'agirait d'une négation de l’accord de paix historique obtenu en 1998 après 30 ans d’affrontements.

Enfin, la dernière orientation concerne logiquement le "solde des comptes". Une question épineuse et de loin la plus sensible. Si le montant de la facture réclamée à Londres n'a pas été officialisé lors du sommet du 29 avril, le chiffre de 60 milliards d'euros est régulièrement évoqué, ce qui ne devrait pas manquer de faire bondir le gouvernement britannique. Un futur point de blocage que François Hollande a tenté d'anticiper : "Il y a toujours un prix, un coût, des conséquences à quitter l'Union. Ce n'est pas une punition. Mais en quittant l'Union, on perd ses avantages", a-t-il déclaré en conférence de presse.

Non invitée à Bruxelles ce week-end, Theresa May insiste pour sa part sur sa volonté de mener de front les négociations de sortie et celles relatives au futur accord économique entre son pays et l'UE. Une perspective jusqu'ici fermement rejetée par les Européens et qui semble de nature à aboutir à un dialogue de sourd. En témoigne la passe d'armes médiatique entre Mme May et Angela Merkel, jeudi 27 avril. La Première ministre britannique a reproché à son homologue allemande de chercher à "unir" les 27 contre le Royaume-Uni. Tandis que la chancelière indiquait que la dirigeante britannique ne pourrait avoir "le beurre et l'argent du beurre".

La prochaine étape en vue des négociations du Brexit, repoussées par les élections anticipées au Royaume-Uni, devrait avoir lieu dès cette semaine avec la publication des orientations de la Commission européenne pour la définition du mandat de négociation que les Etats membres doivent accorder formellement à Bruxelles le 22 mai prochain.

Tournée d’adieu

Et outre le Brexit, le sommet européen du 29 avril a également été l'occasion, pour le président français, de faire ses adieux au Conseil. Face à une salle de presse comble, François Hollande, souriant et ému, en a profité pour confier pour se confier sur sa vision de l’Europe et également ses regrets, notamment de ne pas avoir réussi à mettre en œuvre "un plan plus ambitieux pour l’UE avec une politique de croissance à la place d’une réduction des déficits".

François Hollande - Crédits : Conseil européen

François Hollande - Crédits : Conseil européen

A la veille du deuxième tour de l'élection présidentielle, c’est un message pro-européen qu’il a délivré comme un avertissement adressé aux Français contre la politique anti-européenne de Marine Le Pen : "Les forces extrémistes veulent sortir de la zone euro", mais, "comme par hasard", dans la dernière phase de la campagne, ils cherchent à "masquer cet aspect". Ils font cela, "car ils savent bien que nos concitoyens ne veulent pas sortir de l’UE parce que plus que jamais l’Europe est une protection, et une garantie pour la paix".

Avant de quitter la salle de presse, François Hollande a demandé à tous les journalistes de faire un accueil bienveillant à Emmanuel Macron, lui conseillant au passage d’entretenir la relation franco-allemande, selon lui garante de l’équilibre dans l’UE.

Il s’est également confié à Toute l’Europe sur le fait que ce Conseil européen l’avait "ému", notamment tous "les remerciements, compliments et mots d’estime sur son action dans l’Europe". Particulièrement ceux d'Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, qu'il a soutenu en juillet 2015 alors que le Grèce était au bord de la sortie de la zone euro. Plaidant pour une "Europe forte", M. Hollande a encore rappelé qu’il avait "toujours eu l’intention de défendre les intérêts de la France, et que notre pays avait besoin d’une Europe forte".

 

Article dirigé par Toute l'Europe et réalisé avec Open Diplomacy