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Sommet de l'OTAN : une nouvelle étape dans la lutte contre le terrorisme

Actualité 29.05.2017

Le 25 mai 2017, les 28 chefs d’Etat et de gouvernement membres de l’OTAN se sont réunis à Bruxelles pour inaugurer le nouveau siège de l'organisation internationale. Premier déplacement du président américain Donald Trump en Europe depuis son élection, cette rencontre avec les dirigeants européens a marqué une nouvelle étape dans la lutte contre le terrorisme. Mais malgré des avancées significatives sur le plan de la coopération interalliée, l’attitude du nouveau président américain à l’égard de l’Alliance atlantique demeure source d’inquiétude.

Les Etats-Unis sur le devant de la scène

Derrière le message d’unité du Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, l'attitude du président américain n'a pas rassuré les Européens sur l'avenir des relations UE-OTAN. Bien que Donald Trump aurait confié au chef de l'Etat français lors de leur déjeuner bilatéral "faire 100 % confiance à l’OTAN", le ton martial de son discours n’a pas donné lieu à la même interprétation.

Pendant sa campagne présidentielle, Donald Trump avait inquiété les alliés en jugeant l'OTAN "obsolète", avant d'adopter un ton plus conciliant après son investiture. L'OTAN est un "rempart pour la paix internationale et la sécurité", a-t-il déclaré le 12 avril dernier.

Attendu sur la réaffirmation de l’article 5 du traité fondateur de l’Alliance, qui prévoit que les alliés volent au secours d'un des leurs en cas d'agression extérieure, le président américain s’est abstenu de toute mention sur ce texte. Ce principe avait déjà été mis à mal par François Hollande qui avait préféré invoquer, au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 la solidarité européenne prévue à l’article 47.2 du Traité sur l’Union européenne.

Grande absente des sujets abordés, la relation UE-OTAN avait pourtant connu un regain d’intérêt significatif au cours du sommet de Varsovie en 2016. Par souci de prudence cette année, les sujets de coopération interalliée ont été l’unique préoccupation, marquant néanmoins de significatives avancées.

Un nouveau plan d’action contre le terrorisme

La question de la lutte contre le terrorisme a dominé l’ensemble de la rencontre entre le président américain et les dirigeants européens. L'attentat perpétré à Manchester le 22 mai dernier a poussé certains Etats - comme la France et l’Allemagne - à se rallier à la décision de l’OTAN d’intégrer la Coalition internationale contre le groupe armé Etat Islamique.

"L’OTAN va devenir un membre à part entière de la coalition mondiale à laquelle les 28 Alliés participent déjà", a déclaré le secrétaire général de l’OTAN. Jens Stoltenberg a fait observer que cela permettra à l’OTAN de prendre part aux délibérations politiques, notamment en matière de coordination de la formation et du renforcement des capacités.

Sans pour autant s’engager sur des opérations de combats terrestres, l’Alliance a adopté un nouveau plan d’action. Parmi les nouvelles mesures présentées figurent celle de créer, au sein de la nouvelle Division Renseignement, une cellule de renseignement sur le terrorisme, qui favorisera le partage d’informations entre Alliés, notamment sur la menace liée aux combattants étrangers. Un pôle régional de lutte contre le terrorisme sera également inauguré à Naples.

Jens Stoltenberg

Conférence de presse du Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, 25 mai 2017, Bruxelles

"Payer la juste part du fardeau"

Conformément aux souhaits de Donald Trump, les Alliés se sont par ailleurs engagés à définir chaque année des plans nationaux afin d’augmenter progressivement leurs dépenses en matière de défense. "Aujourd’hui, nous avons décidé que les Alliés établiraient des plans nationaux annuels décrivant comment ils comptent respecter l’engagement en matière d’investissements de défense qu’ils ont pris ensemble en 2014. Ces plans comprendront trois grands volets : moyens financiers, capacités et contributions", a expliqué le secrétaire général.

En 2016, 5 pays de l’OTAN consacraient plus de 2 % de leur PIB à la défense : les Etats-Unis, la Grèce, l’Estonie, le Royaume-Uni et la Pologne (par ordre décroissant). Cette même année, 22 des 28 membres de l’Alliance ont augmenté leur budget de défense (+3,8% entre 2015 et 2016, hors Etats-Unis). Emmanuel Macron a promis d’atteindre la barre des 2% en 2025 (soit 50 milliards en 2025 contre 32,7 milliards d'euros en 2017).

Ces plans nationaux contribueront à atteindre progressivement la barre des 2 % de PIB de dépenses en matière de défense d’ici 2024. Cet objectif décidé lors du sommet de Newport en 2014 a ressurgi dans le débat depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Lors de l’inauguration du nouveau siège, ce dernier a dénoncé l’attitude des Alliés jugée "injuste envers le contribuable américain", ces derniers "tirant profit des montants astronomiques des dépenses de défense des Etats-Unis" (3,7 % de PIB en 2016). Le président a appelé ses partenaires à "payer la juste part du fardeau". C'est une dette que les Alliés "doivent aux Etats-Unis depuis des années", a-t-il avancé.
 
"Les Alliés doivent comprendre que c’est dans leur intérêt, et non pas seulement dans celui des Etats-Unis, d’investir dans des dépenses de défense", a tenu à souligner le Secrétaire général de l’OTAN, visiblement irrité des questions des journalistes qui voient dans ce nouvel engagement budgétaire une réponse aux exigences de Donald Trump.
 
Au cours de leur entretien bilatéral, Emmanuel Macron a rappelé au président américain que le montant des dépenses n’était pas synonyme d’efficacité. Le président français se prépare à entamer l’un des grands chantiers de son quinquennat, le financement de programmes de recherche et technologie militaires lancés au niveau européen, pour réduire la dépendance de l'UE aux équipements américains.

La Russie, gagnante de ce sommet ?

Le président américain s’est retenu de faire mention de l’article 5 - et son principe de défense collective - qui constitue le socle même de l’Alliance atlantique, soulevant des inquiétudes quant à la réaction américaine en cas d’une éventuelle agression russe.

En marge du sommet, Donald Trump a également rencontré le président du Conseil européen qui a indiqué qu’ils n’avaient pas trouvé de position commune concernant la Russie. "Je ne suis pas sûr à 100 % que l'on puisse dire aujourd'hui, Monsieur le Président et moi-même, que nous avons une position commune, une opinion commune au sujet de la Russie", a souligné Donald Tusk, après une bonne heure d'entretien avec M. Trump.

A l’inverse, le Secrétaire général de l’OTAN a mis en avant une approche duale quant à la question russe : une défense fondée sur la dissuasion ainsi qu’une ouverture au dialogue pour éviter un conflit. Le président américain semble donc isolé sur cette question. Une situation qui pourrait être à l’avenir profitable à la Russie.

Ce sommet de Bruxelles aura été marqué par la prudence de ses différents acteurs. Contrairement aux autres rencontres de l'OTAN, aucune déclaration commune n’a d’ailleurs été signée, pour éviter tout étalage officiel des divergences. Les responsables politiques ont préféré avancer sur des sujets de coopération interalliée plutôt que d’aborder des sujets sensibles aux yeux de Donald Trump, tels que la Russie ou l’UE. C’est dans cette perspective qu’un nouveau sommet a été annoncé en 2018 afin de travailler à l’unité de l’Alliance qui peine pour le moment à trouver un nouveau souffle durable depuis la fin de la Guerre froide.

 

Article dirigé par Toute l'Europe et réalisé avec Open Diplomacy