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Social Media Week : des réseaux sociaux pour répondre à la crise démocratique ?

Actualité 11.02.2011

Une centaine de personnes se sont déplacées au débat organisé par Toute l'Europe et le Goethe Institut jeudi 10 février 2011. La conférence avait pour thématique "Twitter, Facebook, Youtube, etc : des outils pour répondre à la crise démocratique ?" et a réuni plusieurs intervenants : des politiques (les eurodéputés Estelle Grelier, Sandrine Bélier et Jan Ablrecht), un universitaire (Alain Girod), des spécialistes d'Internet (le blogueur berlinois Igor Schwarzmann et le co-fondateur de la Netscouade Benoît Thieulin). Les échanges étaient animés par le responsable des réseaux sociaux à l'AFP, François Bougon.


La question de l'utilisation des réseaux sociaux pour améliorer le débat démocratique a été le fil rouge de la soirée. Si les intervenants ont unaniment reconnu l'importance des réseaux sociaux, ils ont également tous souligné que l'interconnexion entre le monde politique et cet espace d'échange permanent a ses limites.

Les réseaux sociaux : un outil aujourd'hui nécessaire au politique ...

Les intervenants au débat de jeudi dernier ont fait part de leur expérience quant aux atouts des médias sociaux pour toucher un large public. L'eurodéputée socialiste Estelle Grelier a ainsi pu "approcher d'autres personnes que celles qui viennent habituellement aux meetings". L'écologiste de l'euro-circonscription du Grand-Est Sandrine Bélier utilise ces réseaux sociaux comme un moyen complémentaire de communication par rapport aux vecteurs habituels. Cependant, elle précise clairement que "la crise démocratique ne se résoudra pas avec les réseaux sociaux car il faut redonner du sens à la politique".

Benoît Thieulin a insisté sur le fait que "les réseaux sociaux changent les rapports sociaux et redonnent du souffle à des valeurs comme l'exigence démocratique face au politique". Un constat partagé mais tempéré par Estelle Grelier qui rappelle que sur le marché de Fécamp, en Normandie où elle est élue locale, les gens voient encore dans les médias traditionnels leur première source d'information. Un constat qui fait dire à l'un des spectateurs présents qu'il y a de plus en plus une fracture générationnelle entre les jeunes qui utilisent les réseaux sociaux pour s'informer tandis que les autres générations continuent à s'informer de manière traditionnelle. Une vision atténuée par Alain Girod qui fait remarquer qu'il y a aussi une fracture numérique dans les territoires et qu'il faudra, pour accompagner les changements engendrés par l'apparition dans le débat public des réseaux sociaux, une véritable égalité dans l'accès à ces nouvelles technologies.

Cela est d'autant plus important que pour l'eurodéputé allemand (Verts) Jan Albrecht, qui intervenait pour la première fois en français dans un débat, "dans un monde globalisé et digitalisé, Internet est la seule solution pour répondre à la crise démocratique". D'ailleurs, il remarque que Twitter est un outil parfait pour les activistes, ceux qui ont un message politique à passer, plus que pour le grand public. Pour le futur, Sandrine Bélier appelle à inventer "de nouvelles méthodes pour permettre le dialogue politique" grâce aux réseaux sociaux.

Benoît Thieulin fait d'ailleurs remarquer "qu'à la télévision, une citation d'un homme politique dans un journal de 20h dure en moyenne 9 secondes. Internet permet de ré-équilibrer le pouvoir de la télé et sort le public du rôle passif". "Les citoyens acquièrent une véritable expertise grâce à Internet" constate Estelle Grelier, "ils deviennent même parfois des hyper-spécialistes alors qu'ils n'étaient pas formés sur certaines questions pointues à l'origine".

... mais qui ne résorbe pas encore le décalage entre le monde politique et les citoyens

On sent encore un décalage entre le monde politique et les citoyens quant à l'utilisation des réseaux sociaux. Plusieurs questions dans la salle et sur twitter portaient sur le fait de savoir si les personnalités politiques présentes "écoutaient réellement" ce qu'on leur disait via les réseaux sociaux. Alain Girod a fait remarquer que si les gens présents pour le débat twittaient tous directement, c'était encore loin d'être le cas pour la majorité du personnel politique qui délègue et "crée un compte surtout pour être tranquille et ne pas se voir reprocher de ne pas en avoir un. Sinon, il serait en décalage avec l'image moderne qu'on pourrait attendre d'eux. Ces comptes tombent dans l'oubli d'ailleurs souvent après le scrutin électoral ..."

Igor Schwarzmann, blogueur berlinois très connu Outre-Rhin, pointe le fait qu'ils existent aussi "des élites sur Internet mais qui ne se sentent pas directement concernées par le fait politique". Répondant à une question de la salle sur le risque quant au contrôle des réseaux sociaux par des entreprises privées, Jan Albrecht estime que cet élément est à surveiller mais remarque que la masse critique atteinte par les réseaux sociaux fait que les propriétaires de ces réseaux sont obligés de faire attention à ce que veulent leur client.

Enfin, l'universitaire Alain Girod a fait beaucoup réagir (sur twitter notamment) dans sa critique du manque de transparence au niveau européen, et particulièrement au niveau de la Commission européenne. Interrogé après le débat, il a estimé qu'il avait trop simplifié son propos. Pour lui, "les gens sur twitter ont raison: le problème des institutions européennes n'est pas l'opacité quant à l'accès au document. En fait, c'est la complexité qu'il y a au niveau institutionnel européen qui rend difficile l'accès à l'information pour les citoyens".

Après deux heures de débats dans la belle salle de cinéma de l'Institut Goethe, les conversations ont continué de manière informelle. Le thème semble inépuisable et suscite beaucoup d'échanges qui montrent tout l'intérêt d'un évènement comme la Social Media Week.