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Séoul : un nouveau "G vain" ?

Actualité 16.11.2010

Commémoration et recueillement pour les uns, week-end anticipé pour les autres, le 11 novembre est une journée plutôt calme pour les Français. Mais pour les dirigeants des vingt plus grosses économies mondiales, la journée n'a pas été des plus reposantes, et la nuit a été courte. Avec leurs "sherpas", les équipes leur prêtant main forte, ils ont négocié jusqu'à 4h du matin à Séoul, à l'occasion du cinquième sommet du G20 depuis le début de la crise. Pour des résultats qui ne sont pourtant pas flagrants.

Un G20 contre les déséquilibres monétaires et commerciaux mondiaux

Qu'est ce que la "guerre des monnaies" ?

Que fait la Chine ?
Grâce à ses importantes réserves de change, la Chine achète des dollars en grande quantité contre des yuan, faisant ainsi monter le dollar et baisser le yuan.

Pourquoi ? Un yuan sous-évalué rend les produits chinois plus compétitifs : cela facilite les exportations, et défavorise les produits importés par rapport à ceux qui sont produits en Chine. D'où le nom de cette pratique : "dévaluation compétitive".

En quoi cela gêne-t-il les Etats-Unis? La Chine n'est pas particulièrement dans une situation difficile, et cette "distorsion de concurrence" apparait comme particulièrement injuste aux Etats-Unis, qui souffrent déjà d'un gros déficit commercial avec la Chine

Qu'a fait la Fed ? Son rachat massif de bons du trésor américains a eu pour effet de faire diminuer la dette américaine et d'augmenter la quantité d'argent en circulation aux Etats-Unis, ce qui a mécaniquement diminué la valeur du dollar. Une contre-attaque à l'attitude chinoise.

Depuis quelques temps, la "guerre des monnaies" fait rage de part et d'autre du Pacifique. Depuis longtemps, la Chine essuie les critiques de ses partenaires commerciaux qui l'accusent de maintenir sa monnaie à des taux artificiellement bas, par de grosses opérations sur le marché des changes.

Or la semaine dernière, la réserve fédérale américaine a répliqué en menant une opération qui a entraîné la dévaluation du dollar.

Une politique que la Banque centrale européenne, seule entité, hormis les marchés, à pouvoir influencer le destin de l'euro, refuse de mener. C'est précisément pour empêcher les Etats européens d'utiliser cette arme les uns contre les autres que la monnaie unique a été créée. Depuis, l'euro est géré "à l'allemande" : la seule mission que se donne la Banque centrale est le maintien d'un taux d'inflation le plus bas possible. Ainsi l'Europe risque-t-elle de faire les frais d'une course vers le bas entre ses deux plus gros partenaires commerciaux.

C'est la raison de l'appel lancé par Angela Merkel, qui a dénonçait en amont du sommet ces "formes de protectionnisme". C'est ce qui a alimenté les discussions les plus vives entre les dirigeants.

Mais à l'issue de ce G20, le communiqué final, bien qu'il condamne la conduite d'actions isolées de ce type ainsi que le recours à des mesures protectionnistes, qui entraîneraient des résultats "pires pour tous", ne prévoit pas d'engagement précis de la part des uns et des autres. Collectivement, les Etats s'engagent seulement à aller vers des taux de change "davantage" déterminés par le marché.

Les pays du G20 chargent leurs ministres des Finances, avec l'aide en particulier du FMI, de définir des indicateurs permettant d'identifier et de mesurer les déséquilibres commerciaux et monétaires, et d'évaluer les actions à mettre en œuvre pour les corriger. Une façon d'enterrer les questions qui fâchent, quand l'on sait la difficulté qu'il y a à estimer la vraie valeur d'une monnaie.

L'Europe, plombée par sa situation interne ?

Bien que José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy, qui représentaient l'UE au G20, se soient déclarés satisfaits, d'autres comme Nicolas Sarkozy sont restés plus circonspects. Pour le président français, ce qui a été fait "vaut mieux qu'un désaccord mais ne résout pas suffisamment les problèmes" qui se posent. De l'avis général, c'est la Chine qui est ressortie gagnante du G20.

Ayant réussi à éviter la condamnation explicite de sa politique de change, elle bénéficie aussi significativement de la réforme du FMI que le sommet a entérinée : elle devient désormais le troisième actionnaire du fonds.

Le communiqué final évoque aussi la ferme intention des Etats de mettre en œuvre les règles de Bâle III, et de faire de la conférence climatique de Cancún un succès.


Ainsi, bien que plus grand marché du monde, l'Europe n'a pas obtenu de résultats tangibles. A-t-elle été pénalisée par les tumultes récents de certaines de ses économies, comme le Portugal, et surtout l'Irlande ? En marge du sommet, les membres européens du G20 ont évoqué le sujet, et en ont profité pour démentir les rumeurs à propos d'un plan d'aide qu'aurait demandé Dublin. Ils ont néanmoins affirmé que l'Europe se tenait prête à venir en aide à l'Irlande, dut-elle en avoir besoin.

La France prend le relai

La clôture du sommet de Séoul a aussi lancé officiellement la présidence française du G20. Les défis sont "colossaux" selon Nicolas Sarkozy, qui fait preuve de réalisme : "Je ne pense pas qu'en une année la France aura les réponses techniques sur tous les sujets", a-t-il déclaré vendredi.  Le président a annoncé son intention de préparer les sommets prochains en allant à la rencontre des chefs d'Etats américain, indien et africain. Il travaillera également avec Dominique Strauss-Kahn, président du FMI.