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S.E.M. Muhamedin Kullashi : "L'accord entre la Serbie et le Kosovo est un grand succès pour l'Europe"

Actualité 22.04.2013

Sous l'égide de l'UE, Belgrade et Pristina pourraient tourner la dernière page des conflits ayant ensanglanté l'ex-Yougoslavie. Vendredi 19 avril, la Serbie et le Kosovo sont parvenus à un accord de principe en vue de normaliser leurs relations. Le texte porte sur le degré d'autonomie accordé aux 40 000 Serbes du nord du Kosovo. Dans un entretien à Toute l'Europe, Muhamedin Kullashi, Ambassadeur du Kosovo en France, revient sur cet accord historique.

Quelle est la portée de l’accord signé à Bruxelles le 19 avril dernier ?

Muhamedin Kullashi : Cet accord historique survient après de longues négociations, 14 ans après la fin de la guerre au Kosovo. Les échanges qui se sont accélérés ces derniers mois ont surpris beaucoup de diplomates. L'actuel Premier ministre et ancien porte-parole de Milosevic, Ivica Dacic, s'est montré très pragmatique et ouvert au dialogue.

Dates clés

18 avril 2013
: accord de principe entre la Serbie et le Kosovo en vue de normaliser leurs relations
Novembre 2012 : adhésion du Kosovo à la BERD.
2008 : Mise en place de la mission EULEX
17 février 2008 : le Kosovo déclare son indépendance
10 juin 1999 : la résolution 1244 du Conseil de sécurité place le Kosovo sous l’autorité provisoire des Nations unies
1998 : Les forces de Milosevic répriment brutalement l'UCK et ses partisans.
1997 : Apparition de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), qui engage une guérilla contre les forces serbes.
1992 : Rugova, élu "président" du Kosovo, prône la résistance passive pour obtenir l'indépendance et organise des institutions parallèles.
1989 : Milosevic fait réviser la constitution serbe, réduisant considérablement l'autonomie du Kosovo.
1946 : Le Kosovo est intégré à la Fédération yougoslave de Tito.

La portée sera très importante pour les relations entre la Serbie et le Kosovo, avec une possibilité de normalisation des relations entre les deux pays mais également des conséquences pour la région du Nord. La gestion de cette partie du pays est une question épineuse depuis le conflit dans les Balkans.

L'accord politique du 19 avril dernier conclu entre les plus hauts dirigeants du pays, la capacité politique qu'ils ont démontré à définir des accords et à s'engager également dans la mise en œuvre de ceux-ci, sont liés à l'objectif d'amélioration de la situation des populations et la possibilité d'établir des liens de normalisation entre les deux pays.

Il faut noter également que cet accord va renforcer les liens au niveau de la société civile et favoriser la communication, qui existe déjà, entre les artistes, les journalistes etc.

C'est un grand succès pour l'Europe. L'Union européenne a réalisé un travail formidable. Ambassadeur du Kosovo à Paris, j'ai pu également observer le rôle très important joué par la France tout au long des négociations entre Belgrade et Pristina.

Quelles sont conséquences directes pour les Serbes du nord du Kosovo ?

Muhamedin Kullashi : Après l'intégration des Serbes dans la majeure partie du pays, réalisée en partie grâce au travail de l'UE et des autorités du Kosovo, la question de l'implication des Serbes du Nord au Parlement et dans la Municipalité, créée dans le cadre du Plan Ahtisaari, est restée en suspens. Il y a eu des incidents, une orientation politique en Serbie qui n'allait pas dans le sens de leur intégration au sein des institutions du Kosovo. Mais aujourd'hui un certain réalisme politique fait surface.

Grâce à ce nouvel accord, l'association des communes du nord du Kosovo aura des compétences importantes dans le domaine du développement économique, de la santé, de l'enseignement et de l'urbanisme.

Mais il ne faut pas oublier que toutes ces fonctions étaient prévues dans le Plan Ahtisaari. Cette fois, ce qui est important pour les dirigeants serbes, c'est de montrer à l'opinion qu'ils ont réussi eux-mêmes à exiger à travers ce dialogue ce type de prérogatives et cette fin de l'auto-gestion des Serbes du Nord.

Quelles sont les prochaines étapes de la mise en œuvre de cet accord ?

Muhamedin Kullashi : Il y aura des discussions sur l'énergie et la télécommunication d'ici le 15 juin. Les premières élections locales depuis 1999 se dérouleront également dans la région du Nord, puis la mise en place de la police au Nord qui travaillera avec la police nationale du Kosovo. Une autorité judiciaire sera également mise sur pied.

Nous allons vers l'établissement des institutions avec le soutien de l'Union européenne. Ces institutions s'inscrivent dans le cadre légal de la constitution du Kosovo mais également de la Charte européenne pour l'autonomie locale.

Dans l'ensemble, les Serbes du Kosovo sont mécontents. Des élus ont demandé l'organisation d'un référendum. Ne craignez-vous pas des difficultés quant à la mise en œuvre de cet accord ?

Muhamedin Kullashi : Cette réaction ne m'étonne pas beaucoup. Pendant des années les Serbes du Nord ont été appelés par les autorités de Belgrade à boycotter les institutions du Kosovo. Il n'y a pas eu de présence internationale dans cette partie du pays et les activistes politiques ont beaucoup profité du trafic illégal. Aujourd'hui, ils n'ont aucun intérêt à la mise en place d'une justice encadrée dans cette région. On peut donc comprendre ces réactions.

Mais il y a une minorité albanaise qui est intégrée dans les institutions et ce serait donc tout à fait normal que cette minorité serbe du Kosovo soit également présente dans les institutions.

Dimanche soir, l'accord entre la Serbie et le Kosovo a été adopté par la grande majorité des voix du parlement kosovar. C'est un signe très positif envoyé vers Belgrade et vers Bruxelles pour la mise en œuvre de ces accords.

Cela ouvre-t-il de nouvelles perspectives de reconnaissance de votre indépendance ?

Muhamedin Kullashi : A partir du moment où nous avons réussi à avancer sous l'égide de l'Union européenne et avec le soutien des Etats-Unis dans le processus de dialogue, nous espérons que les cinq pays qui n'ont pas encore reconnu l'indépendance du Kosovo vont prendre en considération ce processus très important.

Par la conclusion de ces accords, la Serbie accepte le cadre légal des institutions du Kosovo et il ne faut pas oublier que celui-ci a été fait en concertation avec la communauté internationale.

De plus, il faut rappeler la décision de la Cour internationale de justice  de 2010 qui ne conteste pas la conformité de l'indépendance du Kosovo avec le droit international. Nous espérons donc que ces 5 pays vont suivre cette volonté politique pour aller vers la reconnaissance de Pristina. Ce serait apporter une contribution à l'unité de la politique étrangère de l'UE et éviter l'isolement d'un pays qui a une perspective européenne.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que ces cinq pays ont toujours apporté un soutien à tous les projets européens au Kosovo. Nous espérons donc que ces hésitations concernant la reconnaissance de l'indépendance de notre pays seront levées après la conclusion de cet accord historique.

Le Kosovo espère être un jour membre de l’Union européenne. Quelle est la prochaine étape pour y parvenir ?

Muhamedin Kullashi : Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a envoyé un signal très positif au Kosovo au sujet de la conclusion d'un accord de stabilisation et d'association, première étape de ce processus vers l'intégration européenne. Le ministre kosovar des Affaires européennes est déjà à Bruxelles.

Nous espérons également une libéralisation prochaine des visas qui permettra aux citoyens de circuler librement, comme c'est le cas pour les autres pays des Balkans.