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Schäuble et Moscovici face aux Jeunes Européens

Actualité 05.04.2013

Invités par le mouvement des Jeunes Européens – France (JEF), les ministres des Finances allemand et français se sont retrouvés hier à Strasbourg. A l'occasion de la conférence "Le couple franco-allemand en 2013. Tremplin vers un fédéralisme en Europe ?", Wolfgang Schäuble et Pierre Moscovici ont débattu pendant deux heures face aux étudiants. ToutelEurope.eu était présent à la conférence et vous propose de revenir sur ses principaux points.

Le fédéralisme ? Une question de priorité

Après l'introduction rituelle de la directrice de l'ENA de Strasbourg, Mme Nathalie Loiseau, et quelques mots du modérateur, l'eurodéputé Jean-Marie Cavada, Pierre Moscovici a commencé son intervention en avouant se sentir "chez lui" dans cet amphithéâtre rue Sainte-Marguerite.

Ancien élève et enseignant à l'ENA, le ministre des Finances français s'est dit également soulagé de rencontrer moins souvent son homologue allemand. "Cela fait une dizaine de jours que nous ne sommes pas vus", a affirmé M. Moscovici en s'adressant au ministre allemand. "Il y a eu une période, pendant laquelle on se voyait toutes les semaines, mais heureusement c'est fini".

Mais même si le temps des "sommets de la dernière chance" est passé, la question posée par les organisateurs reste d'actualité. Le couple franco-allemand, moteur de la construction européenne, prônera-t-il pour une réforme des institutions de type fédérale ?

"Le mot 'fédéral' est un terme abstrait et n'est pas trop "parlant" en français", a affirmé Pierre Moscovici, qui a ensuite précisé que "l'avenir de la France est européen, mais les défis du moment doivent être gérés avant la construction européenne ".

L'union bancaire, la régulation des comptes publics et la relance de la croissance, un plus fort équilibre et une collaboration plus étroite au sein de la zone euro : voilà les priorités actuelles, selon le ministre français des Finances. "L'urgence absolue n'est pas la construction maintenant, mais la croissance", a déclaré Pierre Moscovici, partisan du "rebond économique avant l'avancement politique".

L'Europe sera fédérale, mais pas aujourd'hui

En français ou en allemand, le mot "fédéralisme" ne suscite pas les mêmes réactions.
"Il faut connaître le contexte historique allemand pour comprendre l'approche allemande du fédéralisme", a affirmé Wolfgang Schäuble, selon lequel "pas à pas nous devons préparer à une Europe fédérale".

Mais si "il n'y a pas d'Europe plus forte sans fédéralisme", comme le dit le ministre allemand, la priorité  n'est pas aujourd'hui l'évolution politique. "Maintenant, nous devons prouver que nous savons gérer la crise économique", a expliqué M. Schäuble.

"Gérer la crise" signifie d'abord arrêter avec le débat entre 'austérité' et 'croissance' : "en Allemagne nous ne parlons pas d'austérité mais de 'réduction budgétaire'. L'austérité est un mauvais mot", a précisé le ministre allemand des Finances, avant d'ajouter que "la cohésion sociale ne doit pas être remise en discussion".

Quel est donc le rôle de la France et de l'Allemagne ? Pour Wolfgang Schäuble, il n'y a pas de doutes : Paris et Berlin doivent aller dans la même direction. "S'il n'y a pas un accord entre la France et l'Allemagne, convaincre les 27 Etats membres devient impossible".

Un nouveau traité, un nouveau 2005

L'économie vient donc avant la politique ? Les leaders européens renoncent-ils à faire avancer le projet de construction européenne ? Jean-Marie Cavada pose la question aux deux ministres, qui parlent de "processus parallèles".

"La gouvernance doit être améliorée, mais proposer un nouveau traité maintenant signifierait ne pas écouter l'opinion publique", a déclaré Pierre Moscovici, "Je ne veux pas revivre le referendum sur le traité de Lisbonne".


Du même avis, le ministre allemand Wolfgang Schäuble : "Il faudra changer les traités, mais maintenant il y a d'autres urgences. Par exemple le monopole de la proposition législative donné à la Commission n'est plus d'actualité. Mais pensons d'abord à l'union bancaire, à la séparation des dettes nationales et des banques. Pensons à la croissance".


Photo (c) Michel Frison (DNA)