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Sandro Gozi : "Il faut reconstruire une relation de confiance avec la nouvelle Libye"

Actualité 10.03.2011

Ancien conseiller de Romano Prodi à la Commission européenne, Sandro Gozi est député italien depuis 2006 et membre du parti Démocrate. Toute l'Europe l'a interrogé sur les relations italo-libyennes et les conséquences de la crise en Libye. M. Gozi explique les raisons du rapprochement de l'Italie avec le régime de Kadhafi. Très critique à l'égard de l'Union pour la méditerranée, il prône des coopérations renforcées ouvertes pour faire progresser les relations de l'Europe avec les pays du Maghreb et souligne l'importance de la solidarité européenne dans la gestion de cette crise.

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Berlusconi a trop lié l'Italie au régime de Kadhafi


Selon Sandro Gozi, les conséquences des révolutions arabes sont très importantes pour l'Italie comme tous les pays qui ont des relations avec le Nord de l'Afrique pour des raisons historiques, économiques ou politiques. Toutefois, Italie est très exposée à la situation libyenne en raison de la relation très proche, au-delà de ce qui était nécessaire, que Berlusconi a lié avec Kadhafi. A son avis, reconstruire une relation de confiance avec la nouvelle Libye ne sera pas facile si le président du Conseil reste en place. M. Gozi explique que son parti avait demandé la suspension du traité d'amitié entre l'Italie et la Libye parce que celui-ci ne produisait plus ses effets vu la situation intérieure libyenne.

Revenant sur les raisons du rapprochement italo-libyen, il explique que d'un côté il y avait un consensus pour clore et pour dépasser l'héritage colonial entre l'Italie et la Libye mais que dans cette démarche de réconciliation, Silvio Berlusconi a trop cédé à Kadhafi. Berlusconi a créé un précédent dangereux pour des anciens pays coloniaux sur le plan économique en acceptant le principe de réparations de 5 milliards d'euros. Il a également trop cédé sur la non-ingérence et sur les droits de l'homme qui auraient dû être au centre de la relation italo-libyenne. Lors que le centre-gauche a été au gouvernement il n'a pas voulu signer ce traité avec Kadhafi, précise-t-il.

Le gouvernement italien a sous-évalué les révolutions au Maghreb

Concernant la crise actuelle, "le gouvernement italien a sous-évalué les conséquences possibles des changements en cours en en Egypte, en Tunisie et en Libye. Il ne s'est pas bien préparé pour les afflux d'immigrés venant de l'Afrique du Nord".

D'après Sandro Gozi, l'attitude anti-européenne du gouvernement italien n'arrange pas les choses et mine la capacité de l'Italie de travailler avec ses partenaires européens. "Alors que l'Italie a besoin de l'Union européenne, le gouvernement de Berlusconi n'est pas tellement crédible pour le faire," affirme M. Gozi.

"De l'autre côté, l'attitude de l'Union européenne est myope" souligne-t-il "surtout celle des Etats membres". "Il vrai qu'il existe une obligation de solidarité financière mais pas de partage des immigrés, des réfugiés ou des demandeurs d'asile qui arrivent sur nos côtés. Mais comme toute l'Europe est exposée, et pas seulement l'Italie, les autres Etats membres devraient faire preuve de plus de solidarité dans la gestion des flux et pas seulement dans les activités de contrôle comme Frontex". "Il faut faire preuve de solidarité parce que l'Europe est comme un immeuble de 27 étages. L'Italie est au rez-de-chaussée et si on rentre par le bas on peut monter jusqu'au vingt-septième étage" prévient-il.

L'Union pour la méditerranée n'est pas la solution

Interrogé sur les solutions à cette crise, Sandro Gozi estime que "l'Union pour la méditerranée est un échec. Elle est morte et peut-être qu'on pourrait dire qu'elle n'est jamais née". Il ne croit pas que l'Union de la méditerranée pourra créer une base de coopération. Il suggère le développement d'une nouvelle stratégie pour le Sud basée sur une approche multilatérale plus flexible organisée autour des coopérations régionales. Selon lui, l'Union devrait exploiter la clause de coopérations renforcées pour proposer des coopérations renforcées ouvertes aux pays du Sud qui souhaitent travailler avec l'Union européenne. Surtout, il suggère qu' "il ne faut pas s'enfermer dans un multilatéralisme où tout le monde doit s'engager sur tout qui a échoué dans le processus de Barcelone et dans l'Union pour la Méditerranée".


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