Derniers articles publiés

Sabin Pop : "Mon pays sera en mesure d’assumer à la date de son adhésion àl’UE tous les droits et les obligations' liés à son adhésion à l’UE"

Actualité 18.12.2006

Sabin Pop, ancien conseiller diplomatique du Premier ministre roumain et Ambassadeur de Roumanie en France depuis septembre 2004, s'exprime au sujet de l'entrée de son pays dans l'Union européenne au 1er janvier 2007.

 



Quel est aujourd’hui l’état d’esprit des Roumains à l’égard de l’entrée de leur Pays dans l’Union européenne ?

Les Roumains sont très optimistes en ce qui concerne les perspectives de développement de leur pays au sein de l’Union. L’opinion publique roumaine a accueilli avec beaucoup de satisfaction et de fierté les dernières décisions des institutions européennes qui ont confirmé l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne pour le 1er janvier 2007.

Il est important de souligner que les efforts demandés à la société roumaine pour s'aligner sur les standards européens ont été perçus par l’opinion publique comme une démarche nécessaire à la modernisation de la Roumanie - même si elle a engendré des coûts sociaux parfois douloureux.

J'ajoute que ce soutien fort et constant s’est manifesté dès les premiers moments qui ont suivi la chute du régime communiste. Cette espérance populaire a été naturellement portée par la classe politique. Tous les partis politiques roumains, qu'ils soient ou non présents au Parlement, ont inscrit cet objectif comme une priorité stratégique de leurs programmes politiques.

"Nous considérons les mesures d’accompagnement et toutes les autres recommandations faites par la Commission européenne comme un outil très important"


Des mesures d’accompagnement ont été préconisées par la Commission européenne. Concrètement, cela va-t-il changer les choses ? La Roumanie ne sera-t-elle pas tout à fait un Etat membre comme les autres ?


Le rapport du 26 septembre 2006 de la Commission européenne a clairement confirmé les progrès importants accomplis par la Roumanie en vue de son adhésion à l’UE. Comme vous l'avez mentionné, le rapport comporte des "mesures  d’accompagnement" spécifiques dans quelques domaines, tels que la reforme judiciaire, la lutte contre la corruption à haut niveau, la sécurité alimentaire et la gestion des fonds communautaires, pour lesquels la Commission va établir un mécanisme afin de soutenir les réformes et vérifier les progrès réalisés.

Je souhaite souligner que nous considérons les mesures d’accompagnement et toutes les autres recommandations faites par la Commission européenne comme un outil très important, qui nous offre des jalons précieux pour achever notre préparation à l’adhésion.

Il faut préciser d'autre part que selon le dernier rapport de la Commission, la Roumanie est "suffisamment préparée pour remplir tous les critères politiques, économiques et de reprise de l’acquis". Par conséquent, mon pays sera en mesure d’assumer à la date de son adhésion à l’UE, c'est-à-dire au 1er janvier 2007, "tous les droits et les obligations" liés à son adhésion à l’UE, comme tous les autres Etats membres de l’Union et comme un "membre à part entière de l'Union".
 
La Roumanie se doit, conformément au Traité d'adhésion, d’accepter un certain nombre de "dispositions transitoires", par exemple en ce qui concerne la libre circulation des travailleurs dans le marché intérieur. Mais cela ne signifie absolument pas que la Roumanie sera un membre de l’UE de seconde catégorie.
    
"L’adhésion à l’UE nous offre un modèle politique, économique et social à suivre"


Qu’est-ce que l’entrée dans l’UE peut apporter à la Roumanie ?

Pour les Roumains, l’adhésion à l’UE n’est pas fondée uniquement sur l’envie d'accéder aux fonds communautaires ou la perspective d'une prospérité matérielle. Cette démarche, précédée par notre adhésion à l’OTAN en avril 2004, est d'abord perçue comme notre réinsertion complète et irréversible dans la civilisation occidentale et dans la communauté européenne et euro-atlantique. C'est-à-dire la réintégration de la Roumanie dans l'espace politique, économique, culturel et dans la communauté de valeurs auxquels elle a toujours appartenu.

Enfin et surtout, l’adhésion à l’UE nous offre un modèle politique, économique et social à suivre ainsi qu'une garantie solide de renforcement de l’Etat de droit en Roumanie. Pour les Roumains, l’UE représente un modèle de développement démocratique et durable, un modèle "validé" par l’intégration réussie des pays européens qui ont adhéré au cours des dernières années.

"L’achèvement du cinquième élargissement de l’UE marque un grand pas en avant vers l’unité politique du continent européen"


Que peut apporter la Roumanie à l’UE ?


Je pense qu'en tant que futur membre de l’Union européenne, la Roumanie se présentera comme un "lien" important entre l’Ouest et l’Est du continent, un véritable "avant-poste" de l’Occident vers l’ancien espace soviétique et le monde oriental, une "plaque tournante" des intérêts européens dans la région de la Mer Noire, dans le Caucase et au Proche-Orient. La frontière orientale de la Roumanie se confond désormais avec la frontière orientale de l’OTAN et, à partir du 1er janvier 2007, avec la frontière orientale de l’Union européenne.

Dans la future UE à 27, la Roumanie sera le septième pays le plus peuplé, le huitième en terme de superficie. Elle bénéficie d’un potentiel considérable de croissance industrielle et technologique. La force de travail roumaine est bien qualifiée et disciplinée et les travailleurs roumains sont très appréciés partout en Europe. Mon pays possède un potentiel agricole remarquable : entre les deux guerres mondiales, la Roumanie était considérée comme le grenier à blé de l’Europe.

N’oublions pas qu’avec l’adhésion de la Roumanie, l’Union européenne deviendra riveraine de la Mer Noire : plus de 70 % des besoins énergétiques des Etats occidentaux proviennent de cette région ou y transitent. Dans ce contexte, il faut mentionner l’importance tout à fait exceptionnelle du projet de gazoduc Nabucco, qui reliera la Mer Caspienne à l’Autriche et passant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie, ainsi que l'oléoduc allant de Constanta à Omisalj (Constanta-Trieste), qu implique directement la Roumanie, la Hongrie, la Croatie et l’Italie.

Nous sommes bien conscients des responsabilités qui sont les nôtres en tant que future frontière extérieure de l’UE car il nous faudra contrôler les flux d'immigration illégale provenant des Etats du Moyen Orient, de la Mer Caspienne et de l’Asie Centrale. Par conséquent, nous accordons une attention tout à fait particulière à la gestion efficace et systématique des frontières orientales de la Roumanie, y compris par des investissements importants dans l'infrastructure aux frontières et dans la formation du personnel afférent.

La Roumanie peut apporter à l’Union l'expertise d’un pays qui entretient des rapports amicaux avec les Etats arabes, un aspect non négligeable pour la politique étrangère et de sécurité commune, compte tenu du fait que les principaux risques pour la paix, la sécurité et stabilité internationale, y compris du continent européen, proviennent du dialogue insuffisant entre l’Occident et la civilisation arabo-musulmane.

L’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’UE et l’achèvement du cinquième élargissement de l’UE marque un grand pas en avant vers l’unité politique du continent européen.  En tant que futur membre de l’Union européenne, la Roumanie se propose d’apporter une contribution significative au renforcement et à l’approfondissement du projet européen. La Roumanie est favorable à une "Europe puissance", qui ne se résumerait pas à une simple zone de libre échange et soutient fermement l’idée d’une "Europe de la défense", qui serait complémentaire à la dimension transatlantique de la sécurité européenne.

Nous sommes convaincus que notre future appartenance à la grande famille européenne, aussi bien que les rapports traditionnels entre la France et la Roumanie et la grande convergence des nos positions sur l’avenir de la construction communautaire pourront offrir des perspectives remarquables pour le renforcement de notre coopération, au bénéfice commun des Français et des Roumains. Dès à présent, la Roumanie se présente comme un allié important pour la France sur le volet militaire et de la sécurité, grâce à son statut de membre de l’OTAN et à sa contribution à la stabilité et sécurité de l’espace euro-atlantique. C'est également  un partenaire économique important.

En outre, la Roumanie représente pour la France un vrai pôle de latinité et un partenaire privilégié au sein du mouvement francophone international, le plus important, d’ailleurs, en Europe centrale et orientale.

Je souhaiterais conclure en citant les mots du Président de la Roumanie, qui affirmait  récemment  que la Roumanie serait "l'agréable surprise " de l’UE à 27.


Propos recueillis le 18/12/06