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Rubygate : Berlusconi condamné à sept ans de prison

Actualité 25.06.2013

L'ancien président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a été condamné hier à sept ans de prison pour prostitution de mineure et abus de pouvoir. Le jugement prévoit également l'interdiction à vie d’exercer toute fonction publique. C'est la fin d'un procès débuté en 2010 et qui a marqué l'actualité italienne durant des années de crise économique et politique. Pour l'ancien chef du gouvernement italien, âgé de 76 ans, c'est le début d'une énième bataille judiciaire.

La fin d'une longue crise

Les procès de Berlusconi

Silvio Berlusconi a été impliqué dans 16 procès. Voici les décisions qui ont été rendues :

2 amnisties
2 dépénalisations
3 condamnations
3 acquittements
6 prescriptions


Aller à l'infographie du magazine italien Internazionale

Les notes de Bella ciao ont résonné hier soir devant le Tribunal à Milan. Une partie de la petite foule qui s'était rassemblée depuis midi rue Carlo Freguglia a ainsi fêté la condamnation de l'ancien Président du Conseil italien. Les autres, qui étaient vénus défendre Berlusconi contre la "persécution judiciaire", sont rapidement rentrés chez eux. Les journalistes, eux, ont eu le temps de filmer quelques prises de bec pour le journal télévisé de 20 heures.

Après plus de deux ans de procès et une cinquantaine d'audiences, le Rubygate s'est donc terminé ainsi, comme un match de foot quelconque. Pourtant, l'"affaire Ruby" n'a pas seulement été l'énième procès pour ou contre Silvio Berlusconi mais a été le sommet de la crise du berlusconisme : une crise qui était politique et qui est devenue morale.  Les conclusions tirées par les trois juges de Milan dressent en effet un portrait impitoyable de l'homme qui a gouverné l'Italie pendant près de vingt ans.

Silvio Berlusconi a été jugé coupable d'avoir mis sur pied un véritable réseau de prostitution et d'avoir abusé de son pouvoir pour empêcher que l'une de ces prostituées (la mineure Karime el-Marhoug, alias "Ruby") soit arrêtée par la police.

De 2009 à 2013, l'éclatement du Rubygate

Les racines du Rubygate remontent en 2009, avant le début du procès et avant l'arrestation de Ruby par les policiers de Milan. Le 3 mai 2009, Veronica Lario, épouse de Berlusconi et mère de ses trois enfants, annonce avoir demandé le divorce. "Je ne peux plus vivre avec un homme qui fréquente des mineures", déclare-t-elle. Quelques jours plus tôt, celui qui est alors président du conseil italien, a pris part à la fête d'anniversaire de Noemi Letizia, qui célébrait ses 18 ans. Veronica Lario parle de "vierges qui s'offrent au Dragon pour obtenir le succès", mais le scandale éclate seulement quand Patrizia D'Addario, enregistre et diffuse les soirées à Palazzo Grazioli (résidence romaine de Berlusconi) et ses conversations téléphoniques avec le président du Conseil.

Ruby entre en scène un an plus tard, le soir du 27 mai 2010. Elle est arrêtée par la police de Milan pour un vol et emmenée à la Préfecture de police. Berlusconi est à Paris mais appelle sept fois la préfecture pour que la jeune femme soit libérée : "il s'agit", explique-t-il, "de la nièce de Hosni Mubarak [l'ancien président égyptien]", il faut éviter un accident diplomatique. La jeune Marocaine, qui a à l'époque 17 ans, est donc libérée et confiée à Nicole Minetti, hygiéniste dentaire et conseillère régionale du Peuple de la liberté en Lombardie. Mais une vingtaine de jours plus tard, Ruby est à nouveau au poste de police et elle raconte la vérité sur la nuit du 27 mai.

Depuis le parquet de Milan enquête sur Nicole Minetti et les faits du 27 mai et, grâce aux écoutes téléphoniques, réussit à éclaircir la situation. Plus de quarante jeunes femmes sont ainsi impliquées dans le Rubygate, toutes ont participé à des soirées dans la villa de Berlusconi à Arcore et ont reçu quelques 5.000 euros pour leur prestation. Certaines bénéficient même d'un appartement et d'une voiture, Nicole Minetti s'occupe de leurs besoins au quotidien. La procureure Ilda Boccassini remonte alors à Berlusconi et, le 13 mai dernier, demande pour l'ancien président du Conseil six ans de prison ferme et l'interdiction à vie des fonctions publiques.

Hier, les trois juges femmes qui se sont exprimées sur l'affaire Ruby sont allées plus loin, en condamnant Berlusconi à sept ans de prison et en demandant de poursuivre 32 témoins (dont Berlusconi, mais aussi l'eurodéputée Licia Ronzulli et la députée Maria Rosaria Rossi) pour faux témoignage.

Les conséquences du jugement

Les avocats de Berlusconi ont déjà annoncé  vouloir faire appel de ce jugement qu'ils estiment "violent" et "politique". En outre grâce à une loi votée en 2005 sous son gouvernement, les personnes âgées d'au moins 70 ans peuvent purger leurs peines chez eux. L'ancien chef de gouvernement n'ira donc pas en prison, mais ce jugement pourrait néanmoins causer des problèmes au gouvernement d'Enrico Letta.

Selon le quotidien italien La Stampa, Silvio Berlusconi soutient ce gouvernement de coalition seulement comme une protection contre les poursuites judiciaires, mais en l'absence de cette protection "son intérêt à soutenir le gouvernement disparaîtrait". En même temps, le Parti Démocrate est maintenant dans la cible de la gauche radicale et du Mouvement 5 étoiles qui demandent l'inéligibilité de Berlusconi et la fin de cette coalition. "La vraie honte est de gouverner avec lui", titre aujourd'hui le journal Il Fatto quotidiano.