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Roselyne Lefrançois : "Des manifestations ponctuelles ne sauraient faire oublier que la défense des droits de la femme doit être un combat quotidien"

Actualité 07.03.2008

© Parlement européenRoselyne Lefrançois est députée européenne membre du groupe socialiste. Elle fait partie de la commission des droits de la femme et de l'égalité des genres. A l'occasion de la journée des Femmes elle revient sur le rôle de cette commission et sur les inégalités hommes femmes en Europe.

 

L’édition 2008 du rapport égalité hommes femmes révèle que l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes atteint 15%. Selon vous, quelles mesures pourraient être mises en place pour réduire cet écart ?

Il s'agit d'une question complexe car que ce soit en termes de rémunération, mais aussi d’accès aux postes à responsabilité ou encore de stabilité d’emploi, les disparités entre les hommes et les femmes sont de fait et non de droit.

En effet, sur le plan purement juridique, l’égalité entre les femmes et les hommes devant le travail est depuis longtemps acquise au sein de l’Union européenne. Le traité de Rome de 1957 contenait déjà un article (l’article 119 devenu depuis l’article 141) affirmant l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes pour un travail de niveau égal, et de nombreuses directives ont depuis été adoptées, en particulier dans les années 70-80, afin d’instaurer une pleine égalité des droits en matière d’emploi.

D'où la fameuse métaphore du plafond de verre, qui illustre le fait qu'alors que rien ne semble théoriquement empêcher les femmes d'atteindre les mêmes niveaux de salaire et de responsabilité que les hommes, elles continuent à faire l’objet de discriminations.

Comment, dès lors, mettre fin à ce paradoxe ? L’un des angles d’attaque devrait à mon sens porter sur la question de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Cette difficulté touche au premier chef les femmes et contribue à freiner leur progression salariale et hiérarchique. Des mesures pourraient par exemple être prises afin de garantir un service de la petite enfance accessible à tous, de favoriser la création de structures de garde d’enfants sur les lieux de travail, d’encourager le recours au congé paternité et au congé parental partagé.

Mais il faudrait, parallèlement à cela, contrôler de manière plus étroite le respect de la législation relative à l'égalité hommes-femmes au sein des entreprises et sanctionner plus sévèrement les discriminations constatées. Les écarts de salaire entre les femmes et les hommes ont malheureusement en général comme seul fondement la persistance de préjugés de la part des employeurs, préjugés que des déclarations d'intention ne peuvent suffire à combattre.

Trop souvent encore, certains chefs d’entreprises préfèrent payer des amendes plutôt que de promouvoir des femmes à des postes à responsabilités. Il s’agit donc de faire évoluer les mentalités. Certains Etats l'ont déjà compris, à l'instar de la Norvège, qui a adopté en 2004 une loi prévoyant la dissolution des sociétés qui ne seraient pas parvenues à atteindre l’objectif de 40% de femmes dans les conseils d’administration au 1er janvier 2008. Cette politique volontariste est apparemment efficace puisque ce seuil est aujourd'hui dépassé.

Enfin, au-delà de la légitime question salariale, il ne faut pas oublier de développer l’accès à la diversification des postes c’est-à-dire d’ouvrir aux femmes des secteurs jusque là majoritairement occupés par des hommes ou encore de développer l’accès à la formation professionnelle continue.

Vous appartenez à la commission parlementaire "droits de la femme et égalité des genres". Quel est le rôle de cette commission ?

Le rôle de cette commission est multiple. Elle a tout d'abord vocation à être un aiguillon en matière de promotion des droits de la femme et de l'égalité des genres dans l'Union européenne.

Ses prises de position sont ainsi autant de messages envoyés à la Commission européenne et aux Etats membres afin qu'ils prennent des initiatives spécifiques dans ce domaine.
Cette commission parlementaire réalise également un travail considérable en faveur du "gender mainstreaming", c'est-à-dire de l'intégration de l'approche de genre dans l'ensemble des politiques et des actions menées au niveau de l'Union.

En effet, quel que soit le domaine concerné - économique, social, etcetera - tout nouveau texte ou toute nouvelle mesure, est susceptible d'avoir des effets en termes de genre et d'égalité. Il est donc fondamental de prendre en compte la dimension hommes-femmes de manière systématique et transversale. C'est ce à quoi travaille la commission Femmes en rendant des avis sur nombre de textes examinés au Parlement européen, dans lesquels elle identifie les inégalités entre hommes et femmes qui pourraient en résulter et tente par là même de mieux les prévenir.
    

Quels sont les événements organisés par le Parlement européen à l'occasion de la journée internationale des femmes le 8 mars 2008 ?

Le 8 mars étant cette année un samedi, c'est avec deux jours d'avance que le Parlement européen a célébré la journée internationale des femmes.
La Commission des Droits de la femme et de l'égalité des genres a ainsi organisé jeudi 6 mars deux conférences, l'une sur le rôle des femmes dans le dialogue interculturel et l'autre sur l'intégration de la dimension hommes-femmes dans les travaux parlementaires.

Le groupe socialiste au Parlement européen a lui aussi tenu à rendre hommage aux femmes en invitant Waris Dirie, ambassadrice des Nations Unies pour la lutte contre les mutilations génitales féminines et auteur du célèbre ouvrage Fleur du désert.

Mais si ces manifestations ponctuelles ont l'avantage de braquer les projecteurs, l'espace de quelques jours, sur cette thématique des droits de la femme, elles ne sauraient faire oublier que la défense de ces derniers doit être un combat quotidien.


Propos recueillis le 07/03/08