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Robert Castel : "Les relations de travail en Europe ont plutôt tendance à se dégrader"

Actualité 29.10.2007

Robert Castel est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ses recherches portent notamment sur les transformations des relations de travail. Touteleurope.fr a recueilli ses propos après son intervention sur le thème "Le bien-être, un objectif de politique publique ?", dans le cadre du séminaire organisé le Centre d'Analyse Stratégique et la Représentation en France de la Commission européenne.

 

 


L'Europe est-elle privilégiée en matière d'exclusion et de précarité ?


L'Europe recouvre des situations extrêmement diverses, en particulier par rapport à ces questions. Plus que l'exclusion, le point qui m'intéresse est celui de la transformation des relations de travail qui ont plutôt tendance à se dégrader.

C'est particulièrement net dans les pays qui ont constitué le cœur historique de l'Europe : l'Allemagne, la France, les pays scandinaves avaient des conditions de travail solides et protégées, autour du statut de l'emploi. Il y a actuellement un effritement de ces professions attachées au travail.

La situation est un peu différente dans les nouveaux entrants d'Europe de l'Est, qui justement ne connaissaient pas ce niveau de protection du travail. Quoi qu'il en soit, une même dynamique due à la concurrence exacerbée déstabilise les protections attachées à la stabilité du statut de l'emploi.

La "flexisécurité", est-ce pour vous un levier d'inclusion sur le marché du travail ou un facteur de précarité ?

Il me semble que la "flexisécurité" serait effectivement nécessaire. Les relations de travail sont de plus en plus mobiles, l'organisation du travail est de plus en plus fluide. Il est nécessaire de pouvoir passer d'un emploi à un autre. Donc, il faudrait de la flexibilité.

Mais il faudrait y associer des sécurités du coté des travailleurs. Et là, c'est moins évident, parce qu'une véritable "flexisécurité" doit s'appuyer sur des droits attachés à la personne des travailleurs. Ce serait, par exemple, une sorte de sécurité sociale professionnelle qui ferait que le travailleur garderait des droits réels en absence de travail.

Je pense que, sous le terme de "flexisécurité", on met beaucoup de choses. Toutes n'ont pas cette exigence de promouvoir une sécurité du travail fondée sur des droits consistants pour les travailleurs.