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Rita Borsellino (S&D) : "Le premier jour au Parlement, je me sentais comme si c'était mon premier jour d'école"

Actualité 15.07.2010

Un an déjà ! En juin 2009 avaient lieu les élections européennes. Parmi les 736 eurodéputés élus, nombreux sont ceux qui faisaient pour la première fois leur entrée au Parlement européen. A l'occasion de cet anniversaire, Touteleurope.fr a rencontré un certain nombre d'entre eux. L'occasion de faire le bilan de douze mois de travaux, de joies, de déceptions et d'apprentissage.

Touteleurope.fr : Quel souvenir gardez-vous du soir de votre élection au Parlement européen ?

Rita Borsellino : Ce soir-là, il y avait un très grand enthousiasme autour de moi. J'étais entourée par tous les jeunes qui avaient fortement soutenu ma candidature auprès du Parti démocrate italien, ce dernier l'acceptant alors avec difficulté. Mon élection n'a pas été ma victoire, mais celle de beaucoup de jeunes Siciliens qui ont pris cette initiative. Le souvenir de ce soir est celui d'un très grand enthousiasme, un enthousiasme que seuls les jeunes savent transmettre.

 

Touteleurope.fr : Et quel souvenir gardez-vous de votre premier jour au Parlement?

R.B. : Je m'en souviens comme si c'était mon premier jour d'école.  Je ne suis pas une personne qui a fait de la politique activement - sauf une courte expérience au Parlement sicilien – et me retrouver au Parlement européen m'a fait me sentir toute petite. Je savais tout de même que j'avais un rôle à jouer et que je devais le remplir au mieux.

La confiance qui m'avait été accordée était énorme et je ne pouvais pas décevoir mon électorat, et en même temps je devais apprendre beaucoup de choses. Mais vous savez, à 65 ans tout cela n'est pas simple (elle sourit).

 

Touteleurope.fr : Pourquoi avez-vous préféré l'Europe à la politique nationale ?

R.B. : En 2005 j'étais candidate à la Présidence de la Région Sicile, mais tout ce que j'ai obtenu à été de siéger au Parlement sicilien dans les rangs de l'opposition. Après cette expérience, j'estimais que le chapitre concernant la vie politique était pour moi définitivement clos.

Par ailleurs je n'ai jamais ambitionné d'avoir une véritable carrière dans ce domaine, au point de refuser nombre de propositions reçues, tout au long des 15 dernières années. La proposition de ma candidature à la Présidence de la Région en 2005 était à la fois imprégnée de provocation et d'un sens profond du devoir citoyen. Je ne pouvais pas accepter qu'un Monsieur, qui faisait l'objet d'une enquête judiciaire pour complicité avec la mafia, devienne le Président de ma Région. Mais cela n'a pas marché !

Le choix de me porter candidate au Parlement européen s'est produit dans un contexte complètement différent. Cette fois-ci ma candidature avait été soutenue par des jeunes, à qui je devais rendre des comptes. Il ne s'agissait plus d'une expérience en solo, comme cela avait été le cas en 2005, ce qui me donne un sens de responsabilité encore plus accru, si c'est possible !

Par ailleurs j'ai toujours cru en l'Europe, et j'y crois encore plus maintenant que j'y suis !

 

Touteleurope.fr : Quel est votre meilleur souvenir de cette première année de mandat ?

R.B. : J'ai beaucoup de beaux souvenirs, même si la fatigue a été la grande protagoniste de ce premier an de mandat. Faire la navette entre Palerme et Bruxelles, surtout à mon âge, demande beaucoup d'efforts.

Par ailleurs je tiens à être présente, à suivre le travail des commissions auxquelles j'appartiens et les travaux du groupe. Pour pouvoir bien travailler, il est indispensable de comprendre le contexte dans lequel je me trouve et de superviser toute la situation. Malheureusement, en raison d'un accident, j'ai dû m'absenter deux fois à l'occasion des sessions plénières à Strasbourg.

Les souvenirs les plus beaux sont principalement liés aux relations qui se créent et qui se développent avec les parlementaires d'autres nationalités. Même si je ne parle que français et italien et que je peine avec l'anglais, il y a toujours la possibilité d'instaurer un lien, de dialoguer, d'échanger des opinions, de construire des projets avec des personnes qui viennent de pays que je connais seulement en tant que touriste, et cela est une chose merveilleuse. Une anecdote : quand ma voisine de table au groupe, qui est une lituanienne, est arrivée à dire bonjour en italien ça a été pour moi un moment très émouvant !

 

Touteleurope.fr : Et le plus négatif?

R.B. :  Je pense que toutes les expériences, en tant que telles, sont des expériences positives. Même si j'ai rencontré plus de difficultés que je ne le pensais, même si j'ai eu affaire à des situations dans lesquelles je ne suis pas arrivée à trouver le dialogue que j'espérais trouver, je considère que cela aide à faire mieux la fois suivante. Les échecs permettent de mieux comprendre ce qu'il faut améliorer ou le construire ex-novo.

Cependant je garde un souvenir un peu amer du débat en session plénière portant sur la liberté de la presse. Nous avions beaucoup travaillé, nous avions mis toute notre passion, nous étions arrivés à porter la question en plénière, malgré le blocage des parlementaires italiens de centre-droit. Mais ce qui m'a fait de la peine n'a pas été le refus de la résolution pour quelques voix - cette approbation était très difficile et tout le monde le savait – mais les interventiosn de nos collègues italiens du PPE, qui m'ont véritablement attristée et mortifiée.

L'asservissement à l'égard du Président du Conseil Berlusconi les amenait à dire des choses qu'ils n'auraient sûrement pas dites ailleurs. A ce moment-là, j'ai eu véritablement honte !

Cependant je ne suis pas complètement déçue de ce vote. A cette occasion, j'ai fait une interrogation écrite à la Commissaire Viviane Reding, qui m'a répondu avec un esprit très batailleur que la notion de liberté d'expression ne pouvait être remise en question. Elle m'a confirmé que la Commission portait une attention toute particulière à ce sujet, et que la Commission interviendrait sans aucun doute si une quelconque loi remettait en cause cette liberté fondamentale.

Et maintenant qu'en Italie il y a des nouvelles discussions sur la loi bâillon, j'ai renvoyé une lettre à la Commissaire qui m'a assuré avec la même force et la même conviction de la défense des droits garantis. Dans le cas malheureux où cette loi devait passer en Italie, nous savons d'ores et déjà qu'on a une alliée à la Commission.

 

Touteleurope.fr : Avez-vous un dialogue interactif avec les citoyens qui vous ont élus ? Comment à votre avis perçoivent-ils l'Europe ?

R.B. :
J'ai le privilège d'être entourée par un électorat très jeune. Cela me permet d'avoir un dialogue beaucoup plus constructif et ouvert, puisque les jeunes sont nés citoyens européens. Les adultes, au contraire, le sont devenus, ce qui fait qu'ils ne saisissent pas pleinement l'opportunité extraordinaire qui représente l'Europe.

Ainsi, j'ai un dialogue beaucoup plus aisé avec les jeunes. Avec eux, il s'agit de communiquer et d'analyser les opportunités. En revanche, avec les adultes il faut construire un parcours, ce qui n'est pas toujours évident.

Néanmoins, mon enthousiasme et la passion que je mets dans la construction du projet européen, me donnent la motivation pour communiquer sur l'Europe et aller vers le citoyen. Ce que je remarque, aujourd'hui, c'est que les personnes qui sont autour de moi regardent l'Europe avec beaucoup plus d'attention qu'avant.

 

Touteleurope.fr : Quels étaient vos engagements politiques et professionnels avant cette élection et comment les avez-vous vécus ?

R.B. :
Comme je vous ai dit au préalable, la candidature à la Présidence de la Région avait représenté pour moi le seul moment d'engagement politique actif. Suite à cette élection, j'ai passé un an et demi de législature au Parlement sicilien, en tant que membre de l'opposition : une expérience pour moi très fatigante et très décevante.

En y siégeant, j'ai compris pourquoi les choses en Sicile ne marchent pas. C'est une politique élimée, rouillé, confuse. Pendant la période de mandat, nous avons travaillé très peu, les séances étaient renvoyées en permanence et toute action politique ne gravitait qu'autour des relations personnelles. Aucune attention n'était adressée au citoyen !

De plus, cette législature s'est conclue avec la démission du président Salvatore Cuffaro, condamné pour complicité avec la mafia, dans un procès qu'il vivait déjà quand il était candidat. Ce fut une législature passagère, très compliquée qui ne m'a pas laissé un très bon souvenir.

A l'époque je consacrais également mon temps au social, à l'associatif, au rapport avec le territoire. Favoriser la participation citoyenne était pour moi l'objectif primaire. Je continue à agir encore aujourd'hui dans ce sens, même si mon emploi du temps est beaucoup plus chargé, qu'avant.

Etre à côté des gens est pour moi une sorte de vocation. Par ailleurs, pendant 40 ans, j'ai été pharmacienne, un travail qui exige ce genre de proximité.

 

Touteleurope.fr : Travailler au Parlement européen a-t-il changé votre perception des choses ? Et votre mode de travail ?

R.B. : La perception des choses oui, la façon de travailler non. Je suis très attentive et très méthodique et cela me m'est très utile en Europe. D'un autre côté, il est vrai que l'activité européenne a élargi ma perception et mon domaine d'activité.

 

Touteleurope.fr : Etre femme au Parlement européen, est-ce difficile?

R.B. : Non ! Etre une femme était beaucoup plus difficile quand j'étais au Parlement sicilien. Il y a un bon nombre d'eurodéputées, certes inférieur par rapport à celui des hommes, dont l'activité est très appréciée. Certes, je ne peux pas nier que je serai ravie lorsque je pourrais saluer l'élection de la prochaine Présidente à la tête de l'une des institutions européennes.

 

 

Propos recueillis le 23 juin 2010