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Rio+20: histoire d'un échec diplomatique

Actualité 22.06.2012

Rio+20 a été une déception. Le rapport qui sera officiellement adopté par les gouvernements de la planète est faible et sans ambition. Alors que les associations écologistes dénoncent l'ampleur de la crise environnementale, l'accord à la baisse conçu à Rio de Janeiro est une faillite pour la diplomatie internationale.  Sandrine Bélier, eurodéputée du groupe Les Verts/ALE, raconte les négociations à Rio+20.

Quand la planète passe en arrière-plan

En 1992 le monde a ouvert les yeux. Pour la première fois les grands de la planète ont admis l'existence du réchauffement climatique, se sont engagés contre la désertification et pour la sauvegarde de la biodiversité. Le "Sommet de la Terre", nom de la première conférence mondiale sur l'environnement, a aussi eu une grande valeur symbolique. Les quelques 200 pays existants se sont réunis, sous l'égide de l'ONU, pour faire un bilan de santé de la planète. Et, pour la première fois, ce bilan n'a pas été hypocrite: "la Terre deviendra invivable à force d’être surexploitée", a été le message de Rio1992.

Pourquoi alors, vingt ans après, les écologistes repartent de Rio de Janeiro l'air grave?

"Personnellement, je ne suis pas en colère", dit Sandrine Bélier, "je suis plutôt triste". L'eurodéputée française, membre des Verts, s'était rendue au Brésil pour participer à la conférence du 20-22 juin. Elle y arrivait forte de la position du Parlement européen, qui, en septembre 2011, avait adopté un texte très ambitieux. Les eurodéputés de Strasbourg avaient adressé aux participants de Rio+20 un message clair, en demandant au Conseil et à la Commission de "s'assurer que Rio+20 ne débouche pas sur de simples déclarations d'intention".

L'espoir d'un sommet productif n'a pas duré longtemps. Une fois arrivée au Brésil, la délégation européenne a élevé sa voix pour critiquer la position des autres négociateurs. Janez Potocnik, le commissaire en charge de l'Environnement, les a accusés de vouloir "un texte sans ambitions". Quelques jours plus tard, ce texte-là est devenu le document final.

L'Europe isolée

"La Commission a joué son rôle jusqu'au bout", assure l'eurodéputée française. "Mais l'Europe a été complètement isolée pendant les négociations". Dès le début, raconte Sandrine Bélier, les Etats se sont organisés en blocs : l'Europe, les Etats-Unis et le Canada, la Russie et le "G77". Ce dernier bloc, fondé par 77 pays dans les années 1960, compte aujourd'hui plus de 130 Etats, dont la Chine. "Pendant les négociations sur l'environnement", poursuit l'eurodéputée, "les Etats africains étaient parfois proches des positions européennes, mais ils finissaient par suivre la ligne chinoise". Pour les autres blocs c'était très simple: "la Russie, les Etats-Unis et même le Canada ne votaient que 'non', 'non', 'non' à toute proposition engageante".

"Le choix était entre trouver également un accord ou tout faire exploser."


L'Union européenne a été souvent accusée de ne pas savoir parler d'une seule voix lors des sommets internationaux. Cette fois-ci, assure Mme Bélier, ce n'était pas le cas. "L'Union européenne a une force économique et politique considérable. Son poids international et diplomatique est important, mais elle a été isolée. Le choix était entre trouver également un accord ou tout faire exploser".

Mais la règle dans les relations internationales dit qu'"un accord est mieux qu'aucun accord", et Brasilia ne voulait pas que Rio+20 passe à l'histoire comme un sommet mort-né. "Le Brésil [qui modérait les négociations] a simplement enlevé tous les points qui posaient un problème. Il voulait absolument qu'un accord soit trouvé avant l'arrivée des chefs d'Etat et de gouvernement". La Commission européenne a donc fini par accepter le document final. "Ce texte est faible, mais heureusement il n'y a aucun recul dedans. Ce n'est qu'une réaffirmation des bonnes intentions déjà annoncées en 1992", explique Sandrine Bélier.

Rio+20 aurait donc sauvé sa façade, en sacrifiant les contenus de l'accord. "Ce qu'il faut faire maintenant", affirme la députée européenne, "est faire 'dire politiquement' à ce texte ce qu'on n'a pas pu y écrire. Il faut que l'UE travaille davantage à titre d'exemplarité. Il faut monter que nos ambitions sont possibles".

Une fois trouvé un accord entre les négociateurs, le sommet se termine aujourd'hui avec les déclarations formelles de chefs d'Etats. "Aucun d'entre eux ne nie la crise écologique, mais cela ne veut rien dire", conclut Sandrine Bélier. Avant de rentrer en Europe, l'eurodéputée se rendra au "Sommet des peuples", la conférence organisée par la société civile dans une autre partie de Rio de Janeiro. "J'y suis déjà allée dimanche dernier", raconte-t-elle, "il y avait une ambiance pleine d'énergie, alors qu'au sommet officiel elle était lourde et chargée. Il y a une dichotomie énorme entre la société civile et les leaders mondiaux: le changement est déjà présent dans l'esprit des gens".


En savoir plus

La résolution du Parlement européen du 29 septembre 2011 sur Rio+20

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