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Richard Manning : "Le volume de l’aide devrait à nouveau s’inscrire sur une tendance à la hausse après 2007"

Actualité 05.05.2007

A l'occasion de la publication par l'OCDE, le 3 avril 2007, des contributions des Etats à l'Aide au développement, Richard Manning, Président du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, présente les principales conclusions de ce rapport.

 


Les ONG européennes ont alerté le 3 avril dernier les gouvernements européens sur le "gonflement artificiel" de leurs chiffres pourtant sur l’aide au développement. Quelle place tient l’allègement de la dette dans l’aide publique au développement ?


L’agrégat servant normalement à mesurer les apports d’aide est appelé " aide publique au développement " (APD). L’année dernière, les remises de dette se sont élevées à 15 milliards EUR sur les 83 milliards EUR d’APD consentis par les membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, soit environ 18 %, contre 23 % en 2005.

Les allégements de dette ont toutefois représenté une part exceptionnellement élevée de l’APD ces deux dernières années. Cela tient aux opérations d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent décidées dans le cadre du Club de Paris en faveur de l’Irak et du Nigeria. Au cours des deux années à venir, il est probable que la part des remises de dette reviendra à un niveau proche de sa moyenne sur longue période, à savoir entre en 5 et 10 % de l’APD nette.

En vertu des règles régissant la comptabilisation des remises de dette dans l’APD, les membres sont autorisés à inclure dans cette dernière la totalité de la valeur nominale des créances qu’ils effacent, déduction faite des sommes qu’ils pourraient avoir notifiées auparavant en tant que prêts d’APD afin d’éviter que ces éléments soient comptabilisés deux fois. Ces règles s’appuient sur celles appliquées pour l’établissement des statistiques de la balance des paiements.

Une autre solution, que certains membres du CAD ont parfois préconisée, serait de ne compter que les sommes que les gouvernements dépensent effectivement pour indemniser les porteurs des créances annulées. Cela constituerait toutefois un remaniement radical du mode de comptabilisation des remises de dette dans les statistiques du CAD. Or, il ne faut pas perdre de vue que les engagements concernant l’accroissement du volume de l’aide ont tous été souscrits sur la base de la méthodologie actuelle.


L’aide au développement risque de baisser dans les années à venir étant donné la diminution de la remise de dettes. Quel avenir pour l’aide publique au développement ?


Le Secrétariat du CAD a effectué une projection des apports d’aide à l’échéance 2010 en s’appuyant sur les promesses faites par les membres du CAD ou sur des hypothèses raisonnables quant à l’évolution future du niveau de leur aide. Ces calculs tiennent compte des engagements souscrits en 2005 au Sommet du G 8 à Gleneagles et au Sommet du millénaire + 5. Il en ressort que le volume de l’aide devrait à nouveau s’inscrire sur une tendance à la hausse après 2007, pour atteindre à peu près 100 millions EUR en 2010.

Cela dit, comme vous le soulignez, les allégements de dette diminueront vraisemblablement en 2007 et les années suivantes. Par conséquent, pour tenir leurs engagements, les membres du CAD devront, au cours des trois ans à venir, accélérer le rythme d’augmentation des dépenses consacrées aux programmes à l’appui du développement proprement dit. L’aide effective au développement, autrement dit l’APD hors remises de dette et aide d’urgence, ayant progressé de 4 % par an entre 2002 et 2006, devra augmenter de 12 % par an entre 2006 et 2010 pour que les engagements souscrits soient honorés.

Les 15 pays membres de l’UE ont promis en 2002 d’augmenter leur aide à au moins 0,33 % de leur revenu national en 2006, et 0,51 % en 2010.  Le défi sera grand, surtout pour les pays qui n’ont pas atteint l’objectif pour 2006 – c'est-à-dire la Grèce, l’Italie et le Portugal.


Les Etats membres ayant adhéré à l’Union après 2002 vont s’efforcer d’atteindre d’ici 2010 un niveau de 0.17 % de leur PNB et de 0.33 % d’ici 2015. Pensez-vous que cet objectif soit réalisable ?


Les objectifs auxquels les nouveaux membres de l’UE ont souscrit pour le volume de leur aide sont sans aucun doute ambitieux, mais on note des signes encourageants de progrès. Il ne faut par ailleurs pas oublier que l’aide de ces pays a déjà notablement augmenté du simple fait qu’une partie des contributions qu’ils versent au budget de l’UE sert à financer l’aide de la Communauté.

Le Secrétariat du CAD a mis en place à l’intention de ces pays et d’autres donneurs émergents un programme d’ouverture centré sur les principes du CAD pour une aide efficace, la Déclaration de Paris et l’amélioration de la couverture des statistiques et de la notification. Dans le cas des nouveaux membres de l’UE, ces activités sont coordonnées avec celles mises en œuvre par la Commission européenne. Les travaux avancent de manière satisfaisante et, à l’évidence, les nouveaux membres de l’UE s’aguerrissent rapidement à la gestion d’un programme d’aide et apprennent vite comment concentrer leurs efforts sur les domaines dans lesquels leur contribution peut se révéler la plus utile.

Propos recueillis le 05/05/07