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[Revue de presse] Vers un accord européen sur la répartition des migrants ?

Revue de presse 23.07.2019 Steven Kakon

14 pays européens se sont entendus, lundi 22 juillet, sur un "mécanisme de solidarité" pour la répartition des migrants. Un projet porté par Paris et Berlin, mais rejeté par le leader italien d'extrême droite Matteo Salvini. Ne voulant y être associé, ce dernier a ainsi boycotté la réunion.

Sauvetage en Méditerranée le 5 mai 2018 - Crédits : Tim Lüddemann / Flickr CC BY-NC-SA 2.0

Sauvetage en Méditerranée le 5 mai 2018 - Crédits : Tim Lüddemann / Flickr CC BY-NC-SA 2.0

Réunion à Paris

Quatre jours après une première réunion à Helsinki "qui n’a pas pu aboutir à une position commune entre les États membres" [Courrier international], 14 pays européens se sont entendus, lundi 22 juillet à Paris, sur un "mécanisme de solidarité" pour la répartition des migrants sauvés en Méditerranée.

"Porté par Paris et Berlin", le projet s'apparente, selon les mots d'Emmanuel Macron, à un "club de volontaires", comprenant à ce stade la France, l'Allemagne, la Finlande, le Luxembourg, le Portugal, la Lituanie, la Croatie et l'Irlande [France24]. Six autres pays soutiendraient le texte, mais pour le moment sans prendre part au mécanisme "de manière active" [Libération]. "Ils veulent s’assurer que l’initiative ne générera pas davantage de flux", décrypte une source au ministère français de l’Intérieur, citée par Le Monde. Ont également participé à la réunion : le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), l’Organisation internationale des migrations et l’Union africaine [L'Echo].

Notons que, "selon toutes probabilités", les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), "qui s’étaient déjà opposés en 2015 au principe des quotas de répartition des demandeurs d’asile", ne devraient, eux, pas participer au dispositif [Libération].

Ce dernier prévoit en effet l'accueil, "aussi vite que possible", des personnes demandant l'asile dans les pays faisant partie de la "coalition de volontaires" [L'Echo], après l'accostage des navires dans les ports italiens et maltais, précise Le Figaro. En d'autres termes, "ce projet temporaire prévoit d’un côté une relocalisation rapide des migrants dans d’autres pays que celui de leur arrivée. De l’autre, il assurerait une procédure de retour accélérée pour ceux qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié", décrypte Libération.

"Nous avons consolidé le mécanisme de répartition à court terme, mais nous souhaitons aller plus loin (...) en responsabilisant l'ensemble des pays membres" ainsi que "les structures communautaires qui existent" et en améliorant "l'efficacité de nos politiques de retour (des migrants) volontaire ou contraint vers les pays d'origine", a résumé Emmanuel Macron, cité par Le Point. Il s'agit, selon l'Élysée, "d'accélérer le retour" de ceux qui "n'ont pas vocation à l'asile". Toujours selon le président français, l'objectif est de mettre fin aux bras de fer à répétition notamment avec Rome en promettant d'emblée une répartition, pour in fine "ne laisser monter le populisme nulle part" [Le Figaro].

L'Italie absente

L'absence de Matteo Salvini, ministre italien de l'Intérieur et figure de l'extrême droite, à la réunion de Paris a toutefois été remarquée. Dans une lettre officielle adressée à son "cher collègue" Christophe Castaner en amont de la discussion, M. Salvini mettait en garde contre les décisions "prises seulement à Paris et Berlin" [France24]. "Nous avons l’intention de nous faire respecter et de réaffirmer que nous ne sommes plus le camp de réfugiés de Bruxelles, Paris et Berlin", expliquait-il avec véhémence [Courrier international]. L'objectif de Matteo Salvini n'est plus tant de "mieux répartir les migrants mais de tout faire pour les empêcher d’atteindre l’Europe", précise Libération.

"Déterminé à peser sur les négociations", l'allié de Marine Le Pen "a posé ses propres conditions et rédigé, avec Malte, une feuille de route qui préconise le débarquement et la création de centres d’accueil temporaire et d’identification des migrants (hotspots) dans les pays limitrophes aux pays de départ", rappelle La Croix. Mais pour le quotidien, Matteo Salvini risque toutefois de se retrouver seul au niveau européen. Même la Hongrie de Viktor Orban "se montre silencieuse", soucieuse d'éviter les conflits car déjà sous la menace d'une baisse des fonds européens pour ses infractions à l'Etat de droit.

"Demi-succès" ou échec ?

Ainsi, si la prudence reste de mise quant à un possible succès, le patron du HCR, Filippo Grandi, a tenu à saluer "l'avancée réalisée", mais "tout en se déclarant 'inquiet' de la diminution de 'la capacité de sauvetage' des migrants tentant la traversée de la Méditerranée centrale", note Le Point. Sur le même ton, la Commission européenne a qualifié, lundi soir, le résultat de la réunion de "satisfaisant" et de "demi-succès" [Le Monde].

Point de satisfecit en revanche du côté de Libération. Pour le quotidien, "quatre ans après l’instauration de quotas, censés aider à la relocalisation des demandeurs d’asile dans tous les pays de l’Union, la politique d'accueil européenne est toujours au point mort". La réunion du 22 juillet n'a "pas permis d'aboutir à la création d'un mécanisme de relocalisation des demandeurs d'asile, qui aurait facilité le travail des ONG de sauvetage en mer", regrette le journal.

A cet égard, "la France espère qu'il verra le jour en septembre", indique Libération. De fait, si la réunion a permis un accord temporaire, son objectif était surtout de préparer le terrain pour trouver, en septembre à Malte, "un mécanisme permettant d'assurer plus d'efficacité et plus d'humanisme dans les débarquements de migrants en Méditerranée", analyse une source anonyme du Figaro.

Si, comme l'indique Le Monde, la France se veut "optimiste", la presse française demeure donc sceptique quant à la capacité des Européens à aboutir à un "consensus".

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