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[Revue de presse] Royaume-Uni : le Parlement tente une guerre éclair contre le no deal

Revue de presse 03.09.2019 Marie Guitton

Les députés britanniques font leur rentrée ce mardi. Ils n'ont qu'une semaine, avant la suspension du Parlement pendant plus d'un mois, pour faire passer une loi qui empêcherait un Brexit sans accord le 31 octobre. Tandis que Boris Johnson menace d'exclure les frondeurs du parti conservateur.

Les députés britanniques font leur rentrée mardi 3 septembre - Crédits : Simon Bradfield / iStock

Les députés britanniques font leur rentrée mardi 3 septembre - Crédits : Simon Bradfield / iStock

"Electrique" [Le JDD], "mouvementée" [La Croix], "houleuse" [Euronews]… Ce mardi 3 septembre, c'est la rentrée des parlementaires britanniques. A l'ordre du jour officiel, fixé par le gouvernement : "l'éducation, les retraites, les questions d'égalité homme-femme ou encore le système de santé…", énumère La Croix. Mais c'est en fait un "bras de fer entre la Chambre des communes et le gouvernement" [RTBF] qui va avoir lieu cette semaine autour du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, prévue dans moins de deux mois.

Dès ce mardi, selon l'Agence France Presse, un texte du Labour pourrait être ajouté à l'ordre du jour avec le soutien du président de la Chambre des communes, et soumis au vote des députés. Afin d'éviter un no deal le 31 octobre, "cette proposition de loi, dévoilée lundi sur Twitter, donnerait au gouvernement jusqu’au 19 octobre - au lendemain du prochain Conseil européen - pour conclure un nouvel accord de divorce avec Bruxelles ou pour obtenir l’aval du Parlement à une sortie sans accord", détaille Reuters.

"Si ces conditions ne sont pas remplies, le texte prévoit que soit demandée une nouvelle extension du Brexit jusqu’au 31 janvier 2020", complète la RTBF. Et "si le Conseil européen propose une prolongation à une date différente, le Premier ministre devra[it] l'accepter dans un délai de deux jours, à moins que cette prolongation n'ait été rejetée par la Chambre des communes", poursuit la BBC.

En tout et pour tout, "les députés [ont] une semaine pour tenter de contrer Boris Johnson dans sa volonté de mener à bien son Brexit [sans accord], avant que leur activité ne soit suspendue pour un mois", résume de son côté La Croix.

Brexit : tout comprendre

Les frondeurs menacés d'exclusion

La suspension du Parlement entre le 9 septembre et le 14 octobre, annoncée fin août par le Premier ministre britannique, a suscité un "tollé au Royaume-Uni où les opposants au Brexit dénoncent un coup de force destiné à [les] museler", rappelle France info avec l'AFP. La manœuvre "a galvanisé les esprits et la rage de députés", ajoute Libération. D'autant plus que depuis le début de l'année, une majorité de députés de la Chambre des communes s'est prononcée, à plusieurs reprises, contre une sortie sans accord de l'Union européenne.

Or c'est ce scénario qui se rapproche à grands pas aujourd'hui, Boris Johnson étant résolu à mener à bien le Brexit le 31 octobre, "coûte que coûte". Ce mardi 3 septembre, des frondeurs conservateurs - dont "une vingtaine de premier plan" [Le Monde] - pourraient donc être tentés de soutenir l'initiative travailliste contre le no deal, dans l'espoir de trouver une voie de sortie plus douce.

Résultat, l'option d'un nouveau report "fait lentement son chemin à Bruxelles", note même Le Figaro. Une perspective honnie par le Premier ministre britannique, qui a "durci le ton" lundi et "menacé d'exclusion les députés de son camp qui tenteraient de bloquer une sortie sans accord" [France Info avec l'AFP]. "Ils ne pourront pas se prévaloir de l'étiquette conservatrice aux prochaines législatives. Autant dire qu'ils perdent 'leur job'", précisent Les Echos, qui parlent de plusieurs "coups de canifs à la démocratie en moins d'une semaine".

"Je ne demanderai en aucune circonstance un report à Bruxelles"

Si la loi "anti-no deal" des travaillistes passait, "le ministre en charge du Brexit, Michael Gove, a [même] laissé entendre dans une interview à la BBC que le gouvernement pourrait ne pas en tenir compte", remarque La Croix. Ce qui serait "anticonstitutionnel", selon Aurélien Antoine, le directeur de l’Observatoire du Brexit et spécialiste du droit constitutionnel britannique, interrogé par le quotidien.

"Je veux que tout le monde le sache : je ne demanderai en aucune circonstance un report à Bruxelles. Nous partirons le 31 octobre", a lui-même prévenu Boris Johnson, le 2 septembre [Reuters]. Pour recadrer ses troupes, le Premier ministre a "invité-convoqué lundi, à la dernière minute, tous les députés conservateurs à une petite sauterie vespérale dans les jolis jardins de Downing Street", ironise Libération. Infliger une défaite au gouvernement "affaiblirait" la position de négociation du Royaume-Uni, "rendant absolument impossible la poursuite des discussions" avec Bruxelles, leur a expliqué le chef de l'exécutif britannique [Le Monde].

"Soutenez-moi ou prenez la porte", titrait ainsi, dès le 1er septembre, le quotidien britannique The Telegraph. Tandis que des manifestants, "massés aux grilles de la résidence officielle du chef du gouvernement", scandaient lundi "Stop the coup" (Arrêtez le coup d'Etat) [Le Monde].

Vers des élections anticipées ?

Le Premier ministre britannique s'est également dit prêt à convoquer des élections anticipées le 14 octobre, avant le sommet européen des 17 et 18 octobre à Bruxelles, "si les députés britanniques votent pour reprendre la main sur le Brexit mardi", note The Telegraph. Un scénario qui pourrait être confirmé dès mercredi 4 septembre.

Car dans le cas ou Boris Johnson déciderait de tenir compte du texte travailliste, il n'aurait "en réalité pas vraiment [d'autres choix]" que de convoquer ces nouvelles élections, s'il souhaite éviter d'avoir à "aller à Bruxelles réclamer une demande d’extension, qu’il qualifie lui-même d''inutile", juge Le Monde.

Mais "l'ex-Premier ministre travailliste Tony Blair parle d’un 'piège à éléphant'" [Reuters]. Car Boris Johnson sait que si un Brexit dur n'a pas la faveur de l'ensemble de son clan, "certains craignent encore plus de voir Jeremy Corbyn [le chef du Labour] devenir Premier ministre". Et le Parlement, appelé à se prononcer sur des élections anticipées par un vote des deux tiers, pourrait donc hésiter entre no deal et gouvernement travailliste…

"Les chances de conclure un [nouvel] accord ont augmenté" ces trois dernières semaines, a par ailleurs assuré le Premier ministre lundi, pour rassurer son clan [Le Point avec l'AFP]. La veille, le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, avait toutefois répété, "dans une tribune publiée par le Sunday Telegraph, que Bruxelles ne modifiera pas l'accord sur la table" [AFP].

 

 

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