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[Revue de presse] Réfugiés : l’incendie du camp de Moria relance la question de la politique migratoire en Europe

Revue de presse 10.09.2020 Agnès Faure

En Grèce, le camp de réfugiés de Moria a été ravagé par les flammes dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 septembre. Près de 13 000 migrants ont dû quitter les lieux. Un drame qui met les dirigeants européens face à leurs responsabilités.

Plus grand camp de réfugiés d'Europe, le camp de Moria, sur l'île de Lesbos, en Grèce, a complètement brûlé dans la nuit du 8 au 9 septembre. Ici, le camp lors de son établissement en 2015

Plus grand camp de réfugiés d'Europe, le camp de Moria, sur l'île de Lesbos, en Grèce, a complètement brûlé dans la nuit du 8 au 9 septembre. Ici, le camp lors de son établissement en 2015 - Crédits : Fotomovimiento / Flickr CC BY-NC-ND 2.0

"De Moria, il ne reste rien. La majeure partie du plus grand camp de réfugiés d’Europe, sur l’île grecque de Lesbos, est partie en fumée", se désole Libération. Dans la nuit de mardi à mercredi, "des incendies ont éclaté à différents endroits du camp", selon les premiers éléments de l'enquête. Bien que "les autorités grecques [accusent] les migrants d'avoir délibérément allumé le feu en signe de protestation contre les mesures d'isolement liées au Covid-19", rapporte Politico, l'origine de ces feux reste à confirmer. S'il n'y a "pas de victimes à déplorer" hormis "quelques blessés légers avec des problèmes respiratoires dus à la fumée", toutes les infrastructures du camp - tentes, conteneurs, bureaux de l'administration, et même une clinique - "ont été carbonisés", rapportent Les Echos.

Promesses de solidarité

Face à cette "catastrophe humanitaire", le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a appelé ses homologues européens à se saisir de la question : "Nous devons au plus vite déterminer comment nous pouvons soutenir la Grèce", a-t-il écrit sur Twitter [France info]. Le vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas doit quant à lui se rendre en Grèce "dès que possible", selon la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, citée par le média. Tandis que la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson a "donné [son] accord pour financer le transfert immédiat et l’hébergement vers le continent des 400 enfants non accompagnés et adolescents se trouvant encore" sur place [20 Minutes].  

Au-delà de l'urgence, "on [admet] qu'une solution à plus long terme [doit] être trouvée au-delà de la Grèce". "C'est une question européenne, la Grèce ne peut pas gérer cela toute seule. Elle a besoin d'une solution européenne à tous les niveaux", explique un diplomate européen à Politico. Parmi les options figure "une répartition entre pays de l'UE prêts à accueillir (des migrants)" [France info]. Le secrétaire d'Etat allemand aux Affaires européennes, Michael Roth, a ainsi appelé à établir "un programme d'accueil commun de la part du plus grand nombre possible d'Etats de l'UE et enfin [une] politique migratoire et d'asile commune", complètent Les Echos.

Mais "ce sera sans doute un autre appel que des capitales refuseront d’entendre", déplore Le Monde. Le quotidien juge qu'une fois "l’émotion passée, la 'répartition' pour laquelle a plaidé [l'Allemagne] se limitera sans doute, et une fois de plus, à une poignée d’Etats, ceux (Allemagne, France, Suède, Portugal, Irlande…) qui, depuis le grand afflux de demandeurs d’asile, en 2015 et 2016, ont ouvert, plus ou moins largement, leurs portes".

L'Europe impuissante ?

De leur côté, les ONG présentes sur place voient dans la catastrophe une "conséquence inévitable d'une abdication de la politique européenne" depuis 2015, relaie Politico qui estime que l'incident a "jeté une lumière crue sur l'échec de la politique migratoire de l'UE". Directrice générale d'Oxfam, Cécile Duflot dresse un constat similaire dans les colonnes de Libération, voyant dans cet incendie "la conséquence d’années de réponses et politiques irresponsables de la part de l’UE et de ses Etats membres, face à l’arrivée de personnes fuyant les conflits et les persécutions". Directeur de l'unité de soutien opérationnel médical de Médecins sans frontières en Grèce, Apostolos Veizis confirme que l'incendie de Moria, provoqué "par les politiques européennes", "était prévisible et aurait pu être évité" [Politico].

Or la situation ne devrait pas s'arranger dans les mois à venir. La réforme du système d'asile "promise il y a des mois par la Commission, n'a pas encore vu le jour", rappelle le média, "et peu d'éléments indiquent que l'Allemagne, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE, dispose de la marge de manœuvre politique nécessaire pour sortir de l'impasse" [Politico]. "L’Allemagne, qui poussait depuis la crise migratoire de 2015 en faveur d’une réforme ambitieuse, est soucieuse de ne pas relancer un débat qui, à un an de ses élections législatives, pourrait favoriser l’extrême droite et déchirer le parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel", complète Le Monde.

Même si la réforme était finalement présentée le 30 septembre, les diplomates allemands soulignent que "d'ici à la fin de la présidence en décembre, seules deux réunions des ministres de l'Intérieur, lors desquelles une proposition de la Commission peut être discutée, sont prévues". Un timing qui apparaît serré, d'autant plus que les positions entre Etats membres ont "[divergé] au lieu de se rapprocher au fil du temps" [Politico]. Pour l'eurodéputé vert Philippe Lamberts, "Moria brûle et avec lui les valeurs européennes" [Le Monde].

 

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