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[Revue de presse] Présidentielle américaine : soulagée, l'Europe reste vigilante

Revue de presse 09.11.2020 Valentin Ledroit

Samedi 7 novembre, quatre jours après la tenue du scrutin, les médias américains ont annoncé la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle américaine. Il deviendra le 46e président des Etats-Unis, épaulé par Kamala Harris, première femme à occuper la fonction de vice-présidente. Si la majorité des Européens se réjouit de la fin du mandat de Donald Trump, certains appellent l'UE à ne pas baisser la garde et à s'affirmer comme une puissance politique et commerciale.

La chancelière allemande Angela Merkel figure parmi les nombreux dirigeants européens à avoir salué la victoire de Joe Biden lors de l'élection présidentielle américaine

La chancelière allemande Angela Merkel figure parmi les nombreux dirigeants européens à avoir salué la victoire de Joe Biden lors de l'élection présidentielle américaine - Crédits : Flickr ambassade des Etats-Unis à Berlin

"Et soudain, Joe Biden regarda le ciel de Wilmington (Delaware), presque interloqué. Le chiffre 46 apparut. Le 46 pour 46e président des Etats-Unis", écrit Le Temps. "Après deux premières tentatives infructueuses, en 1988 et en 2008", l'ancien vice-président de Barack Obama "a cette fois réussi à atteindre les marches de la Maison-Blanche". "Et, de surcroît, avec Kamala Harris qui […] sera la première femme à devenir vice-présidente", poursuit le quotidien suisse.

"Joe Biden a remporté plus de voix qu’aucun président américain avant lui", se félicitent les éditorialistes du New York Times. Cependant, "ces résultats suscitent la déception des deux côtés. Chez les partisans de Biden, qui espéraient une répudiation plus éclatante du trumpisme et un Sénat à majorité démocrate. Et chez les sympathisants de Trump, qui espéraient quatre années de plus et la possibilité de châtier leurs critiques", tempère le journal. Une analyse partagée par le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune, qui revient sur l'héritage des quatre années de Donald Trump au pouvoir : "ce n'est pas un accident de l'histoire et cela dépasse sa propre personne. Il a capté un mal-être social, identitaire. Ce qui a porté Trump au pouvoir est encore là" [Le Parisien].

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L'annonce de sa victoire à peine digérée, "Joe Biden installera ce lundi la cellule de crise chargée d’élaborer son plan d’attaque contre le Covid-19", indique Courrier International. Le candidat démocrate avait fait de la lutte contre la pandémie l'un de ses principaux thèmes de campagne. "Mais sa marge de manœuvre sera très limitée d’ici à son investiture, le 20 janvier, alors que les États-Unis sont frappés de plein fouet par une troisième vague de contaminations", poursuit l'hebdomadaire.

En Europe, des "gagnants", et des "perdants"

En Europe, l'heure est au soulagement. "Pendant plusieurs jours, le temps diplomatique avait semblé suspendu devant le spectacle complexe du dépouillement électoral aux Etats-Unis", écrit Le Monde. L'annonce des résultats samedi 7 novembre a suscité de nombreuses réactions de la part des dirigeants européens. "Encore une originalité dans ce scrutin hors norme : les chancelleries n’ont pas attendu que le perdant, Donald Trump, reconnaisse sa défaite, selon l’usage", précise le journal. L'Union européenne a rapidement réagi, notamment par l'intermédiaire d'Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne a rappelé que "l'Union européenne et les Etats-Unis [étaient] des amis et des alliés". " La Commission se tient prête à intensifier sa coopération avec la nouvelle administration et le nouveau Congrès", a indiqué la cheffe de l'exécutif européen [RFI].

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont également félicité Joe Biden. Les dirigeants allemand et français figurent au rang des "gagnants" de cette élection américaine selon Politico. "Tout en conservant son style diplomatique habituelle, la chancelière allemande a fait comprendre qu'elle était prête à travailler avec le nouveau président élu des Etats-Unis. Il ne fait toutefois aucun doute que Mme Merkel détestait le style erratique de Donald Trump et ses politiques nationalistes", écrit le journal. Même son de cloche côté français, où le président "s'est frustré en essayant, en vain, de convaincre Donald Trump de reconsidérer son retrait de l'accord de Paris pour le climat et l'accord sur le nucléaire iranien" [Politico].

Le Premier ministre britannique s'est également fendu d'un message de félicitations à Joe Biden "pour son élection comme président des Etats-Unis et Kamala Harris pour sa réussite historique" [France 24]. Toutefois, le média américain Politico le classe dans la catégorie des "perdants" de cette élection. "Alors que Trump était un enthousiaste partisan du Brexit […], Biden s'est opposé au départ du Royaume-Uni de l'UE et son parti a adressé de sérieux avertissements sur la possibilité d'un accord commercial, si Johnson violait l'accord de Brexit avec l'UE sur la frontière irlandaise", résume Hans von der Burchard pour Politico. Parmi les autres déçus du résultat, figure le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui "avait construit une véritable romance fraternelle [bromance] avec Trump", ou encore le Premier ministre slovène Janez Janša, qui s'était empressé de féliciter l'actuel président pour sa réélection, "alors que les résultats étaient loin d'être connus" [Politico].

Le retour de "l'Amérique d'avant Trump qui veut maintenir son hégémonie"

"Ce sera plutôt un virage qu'un tête-à-queue complet", juge un ministre français dans les colonnes du Parisien. Malgré les félicitations d'une bonne partie de la classe politique européenne, certains ont préféré appeler à la prudence face à ce résultat. C'est notamment le cas d'Hubert Védrine. Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, l'ancien ministre des Affaires étrangères appelle "les Européens à ne pas être passifs face à la prochaine administration américaine". "Ils vont se réjouir, à juste titre, y compris nous, si Biden revient dans l'accord de Paris sur le climat, s'il débloque l'OMC et revient dans l'OMS, s'il tente vraiment de ressusciter l'accord sur le nucléaire iranien. Mais au bout d'un moment, les Européens devront se rendre compte qu'ils ont toujours affaire à la même Amérique d'avant Trump qui veut maintenir son hégémonie, et face à la Chine, les utiliser comme supplétifs", poursuit-il.

"Rappelons-nous que par le passé, tant les administrations républicaine que démocrate ont taxé des produits européens et instauré des lois extraterritoriales qui nous posent problème", a déclaré de son côté le ministre délégué chargé du Commerce extérieur Franck Riester aux Echos. Ce denier rappelle notamment que l'UE s'apprête à appliquer prochainement des "tarifs sur toute une série de produits manufacturés et alimentaires ainsi que sur les avions Boeing". Une taxe qui pourrait s'élever à près de 4 milliards de dollars, mais sur laquelle l'UE serait prête à revenir "si les Etats-Unis font le choix d'abandonner le rapport de force et de retirer leurs propres taxes". "L'Union européenne a l'obligation d'assumer pleinement son rôle de puissance politique et commerciale", a martelé M. Riester.

Le commerce extérieur de l'Union européenne

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