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[Revue de presse] Pacte migratoire : les difficiles arbitrages de la Commission européenne

Revue de presse 24.09.2020 Agnès Faure

Plusieurs fois ajournée, la réforme de la politique migratoire portée par la Commission européenne a finalement été dévoilée mercredi 23 septembre. Avec pour objectif de tirer les leçons de la crise migratoire de 2015-2016 et des divisions entre les gouvernements nationaux, l'exécutif européen s'est livré à un "exercice de compromis" souligné par les médias.

Mercredi 23 septembre, le commissaire européen chargé de la promotion du mode de vie européen Margaritis Schinas et la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures Ylva Johansson ont présenté à la presse une réforme très attendue de la politique migratoire

Mercredi 23 septembre, le commissaire européen chargé de la promotion du mode de vie européen Margaritis Schinas et la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures Ylva Johansson ont présenté à la presse une réforme très attendue de la politique migratoire - Crédits : Lukasz Kobus / Commission européenne

Pour la Commission européenne, c'était prévisible. L'exécutif européen "ne s'attend[ait] pas à se faire beaucoup d'amis" en publiant mercredi 23 septembre ses propositions pour remanier les règles européennes en matière d'asile, prévenait hier The Economist. Et "bien qu'aucune partie prenante n'ait semblé trop enthousiaste, c'est peut-être ce que la Commission pouvait espérer de mieux le premier jour", estime Politico.

Périlleux compromis

Il faut dire que le sujet est sensible. "La vague migratoire de 2015 reste l’un des grands échecs de l’Union européenne ces dernières années, un traumatisme politique qui a laissé des traces durables à l’échelle du continent", analyse Pierre Haski sur France Inter. "Si la crise est [aujourd'hui] moins aigüe, la récente tragédie du camp de Moria, dans l’île grecque de Lesbos, dans lequel s’entassaient quelque 15 000 personnes dans des conditions très dégradées, montre que la question est toujours sans solution", poursuit le journaliste. Et alors que "certains [Etats] veulent partager les demandeurs d'asile, (…) d'autres refusent d'en prendre".

"Pas facile" dans ces conditions "de mettre au point un plan qui permette de satisfaire (ou de contrarier à parts égales) ces différents groupes", poursuit The Economist. "Personne ne sera satisfait", avait même prévenu Ylva Johansson, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, citée par le média. Pour surmonter les divisions, le projet de réforme de la Commission porte "la marque des compromis entre les différentes sensibilités européennes, et risque donc de mécontenter ou de décevoir", estime Pierre Haski. Tout en maintenant l'espoir de parvenir à un accord rapide : d'ici 2022 pour Margaritis Schinas [Le Monde], le commissaire européen chargé de la Promotion du mode de vie européen, et même dès la fin de l'année 2020 au Conseil pour le ministre de l'Intérieur allemand Horst Seehofer [Politico].

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"Virage à droite" en matière de solidarité inter-étatique

Malgré sa recherche d'équilibre, la Commission n'a pas eu "d'autre choix que de pousser le curseur de ses propositions vers la droite si elle voulait rallier à son projet tous les pays", analysent Les Echos, même si la réforme prévoit certes l'existence d'un "mécanisme de solidarité obligatoire" qui doit "[mettre] à contribution" tous les Etats en cas de "pression migratoire" sur certains d'entre eux, rapporte l'Express.

Les Vingt-Sept auront le choix entre "accueillir des demandeurs d'asile, 'parrainer' le renvoi dans son pays d'un migrant n'ayant pas le droit de rester dans l'UE, ou aider à la construction de centres d'accueil notamment", poursuit l'hebdomadaire. Une "curieuse répartition des tâches que revendiqueront peut-être les pays de l'Est (Hongrie, Pologne), allergiques aux réfugiés", écrivent Les Echos qui voient dans l'ensemble du pacte "un compromis au profit des pays les plus durs et des moins coopératifs de l'Union". Pour Libération, le correspondant à Bruxelles Jean Quatremer voit dans cet arbitrage "une belle victoire pour Viktor Orbán (…) et ses partenaires d’Europe centrale et orientale" la Commission "pren[ant] acte de la volonté des Vingt-Sept de transformer l’Europe en forteresse".

Inquiétudes des ONG

Le journaliste note par ailleurs que la proposition n'abolit pas le règlement de Dublin, contrairement à ce qu'avait annoncé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen quelques jours plus tôt : "le pays responsable du traitement d’une demande d’asile reste, par principe, comme c’est le cas depuis 1990, le pays de première entrée". Il y a néanmoins quelques "améliorations à un système qui ne fonctionnait plus", reconnaît Pierre Haski : "les demandes d’asile des nouveaux arrivants devront être traitées dans un délai bien plus rapide ; au niveau national comme au niveau européen, c’était une nécessité".

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Mais le chroniqueur nuance aussitôt : "le corollaire de cette accélération, c’est le renvoi tout aussi rapide de ceux qui se verraient refuser l’asile vers leur pays d’origine". Une analyse partagée par Les Echos pour qui "les grands perdants de la nouvelle approche européenne seront pourtant moins les pays de première ligne, comme la Grèce et l'Italie, que les demandeurs d'asile et les candidats à une vie meilleure en Europe". "L'accélération des procédures (…) peut certes supprimer l'interminable attente d'être fixé sur son sort et contribuer à décongestionner les camps. Mais elle risque aussi de se traduire par un moindre respect des droits de chacun", avertit le quotidien économique.

"Entre accusations de lâcheté et de xénophobie, les réactions sont dures du côté des ONG, qui s’inquiètent des procédures express aux frontières et des zones grises en termes de droits fondamentaux", confirme Le Figaro. L'ONG Caritas s'inquiète ainsi que les changements proposés s'opèrent "au détriment des garanties en matière d'asile et de droits de l'homme, mettant en péril le principe de 'non-refoulement' - selon lequel tout nouvel arrivant devrait avoir le droit de demander l'asile et ne pas être immédiatement refoulé d'Europe" [Politico]. Dans les colonnes de l'Express, c'est Oxfam qui de son côté, accuse la Commission de "s'incliner devant les gouvernements anti-immigration".

Seule lueur d'espoir pour Jean Quatremer : "les sauvetages en mer ne devraient plus être criminalisés" [Libération]. Quant à Pierre Haski, il juge que la réforme devrait permettre a minima  "de ne plus revoir sur le continent des lieux déshumanisés comme le camp de Moria ou la "jungle" de Calais ; c’est à la fois peu - et ce serait déjà beaucoup", estime le journaliste.

 

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