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[Revue de presse] La Hongrie et la Pologne bloquent le prochain budget et le plan de relance européens

Revue de presse 17.11.2020 Noémie Galland-Beaune

La menace longtemps agitée a été mise à exécution lors d'une réunion des ambassadeurs ce lundi 16 novembre : les deux pays ont rejeté le budget européen 2021 - 2027 et le plan de relance qui lui est adossé. En cause, leur refus de lier le versement des fonds européens au respect de l'état de droit.

Dirigée par Viktor Orbán (ci-dessus), la Hongrie a été accusée d’enfreindre l’état de droit à plusieurs reprises ces dernières années

Dirigée par Viktor Orbán (ci-dessus), la Hongrie a été accusée d’enfreindre l’état de droit à plusieurs reprises ces dernières années - Crédits : Conseil européen

"Sous l'influence du Hongrois  Viktor Orbán et de Jaroslaw Kaczyński, l'homme fort de Varsovie, les ambassadeurs de Hongrie et de Pologne ont exécuté les menaces de veto brandies depuis des mois", annonce Le Point. Les deux pays ont opposé leur veto ce lundi, lors d'une réunion des ambassadeurs européens, au plan de relance européen de 750 milliards d'euros et au budget de 1 090 milliards d'euros pour 2021-2027.

Plus précisément, ils ont "pris en otage" le premier, qui vise à contrer les effets économiques et sociaux de la pandémie de Covid-19, en rejetant le second, qui doit être adopté à l'unanimité [Le Monde]. Sans compter qu'en s'opposant au budget pluriannuel, la Pologne et la Hongrie menacent également "le virage vert de l’Europe, la réforme de sa politique agricole commune, les échanges Erasmus…", rappelle Ouest-France.

La question de l'état de droit

Pour Varsovie et plus encore pour Budapest, "le point de blocage se niche dans le mécanisme sur 'l'état de droit', dont l'UE entendait se doter pour la première fois", explique Le Point. Celui-ci "permettrait de conditionner le versement des fonds européens au respect d'un certain nombre de principes découlant des traités, dont l'indépendance de la justice, le refus de l'arbitraire, l'obstruction aux enquêtes pour corruption, etc.", continue l'hebdomadaire.

Or, les deux Etats "figurent régulièrement sur le banc des accusés en matière de respect de l'état de droit", soulignent Les Echos. Tous deux font "l’objet d’une procédure au nom de l’article 7 – qui, si elle aboutit, peut les priver de leur droit de vote", à condition d'être "adoptée à l’unanimité, moins une voix", rappelle Le Monde.

Pour leurs gouvernements, "ce mécanisme dissimule mal un 'chantage politique' contre [leurs] deux régimes qui, au nom d'une certaine interprétation des valeurs chrétiennes, affrontent la doctrine libérale et occidentale des valeurs humaines issue de l'article 2 du traité de l'UE", souligne Le Point. Le ministre polonais de la Justice a ainsi dénoncé "un asservissement institutionnel politique, une limitation radicale de souveraineté", explique Pierre Haski au micro de France Inter.

Violation des valeurs de l'UE : comment fonctionne la procédure de sanctions (article 7) ?

De nouvelles négociations

Conséquence de cette opposition de ces deux Etats membres, "nous risquons de nous retrouver avec un budget très réduit (…), uniquement des dépenses obligatoires et aucun engagement sur les fonds structurels, la politique étrangère, etc.", confie un diplomate européen à Politico, même si ce dernier affirme que "ce n'est pas la fin de l'histoire". Les discussions sont appelées à se poursuivre dans les prochains jours. Les pays "frugaux" (Autriche, Danemark, Finlande, Suède) et le Parlement européen, qui tiennent tout particulièrement à ce mécanisme, "seront appelés dans les semaines qui viennent à tempérer leurs ardeurs […]. Et, à la fin, la France et l'Allemagne vont passer des coups de fil dans tous les sens pour trouver un chemin étroit vers la sortie", explique Le Point.  

"Une des portes de sortie possibles pourrait consister à accompagner le texte de mentions permettant de rassurer les deux Etats quant au plein respect de leur souveraineté", suggèrent Les Echos. Les partenaires européens de la Pologne et de la Hongrie misent aussi sur le manque à gagner conséquent que représenterait un gel des fonds pour ces deux pays. "Au titre du seul plan de relance, la Hongrie doit toucher près de 7 milliards d'euros de subventions, tandis que la Pologne doit pouvoir compter sur presque 25 milliards", notent en effet Les Echos. Recevant plus d'argent qu'ils n'en versent à l'Union européenne, ils n'ont pas intérêt à "étrangler leurs propres électeurs", note Ouest-France.

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