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[Revue de presse] La Commission relance le débat "explosif" sur le salaire minimum européen

Revue de presse 15.01.2020 Baptiste Roman

Pour corriger les importants écarts de salaires dans l'Union, la Commission européenne a lancé le 14 janvier une consultation auprès des partenaires sociaux. Mais certains Etats membres se montrent réticents à l'idée d'instaurer un salaire minimum au niveau européen.

Le commissaire européen à l'Emploi et aux droits sociaux Nicolas Schmit en charge de la consultation sur le salaire minimum dans l'Union européenne - Crédits : Gabor Kovacs / Flickr European Parliament CC BY 2.0

Le commissaire européen à l'Emploi et aux droits sociaux Nicolas Schmit en charge de la consultation sur le salaire minimum dans l'Union européenne - Crédits : Gabor Kovacs / Flickr European Parliament CC BY 2.0

"Souvent évoquée, toujours reportée, l'instauration d'un salaire minimum à l'échelle européenne revient sur le devant de la scène. […] Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?", s'interrogent Les Echos. Hier, la Commission européenne a remis le sujet sur la table en adoptant un texte de principe dans le cadre de son programme pour l'Europe sociale.

Attention, "pas question d’imaginer un salaire minimum commun aux Vingt-Sept", prévient d'emblée le social-démocrate luxembourgeois Nicolas Schmit, commissaire à l'Emploi et aux droits sociaux, interrogé par Ouest-France. Une telle perspective serait d'ailleurs "irréaliste économiquement et politiquement", selon Les Echos. "Il s’agira avant tout de redéfinir le calcul du salaire minimum" dans chaque pays de l'Union européenne, "pour qu’il garantisse un salaire digne à tous les travailleurs", explique la RTBF. Mais aussi "de limiter le dumping social au sein de l’Union" [Libération], qui consiste à s'appuyer sur le faible coût de la main d'œuvre pour disposer d'un avantage concurrentiel (prix plus bas), quitte à inciter les pays partenaires à abaisser à leur tour leurs salaires pour rester compétitifs.

Plusieurs pistes sont évoquées pour le moment. "Certains parlent d’un plancher qui pourrait représenter 50 % ou 60 % du salaire médian du pays", rapporte Le Monde. Tandis que "d’autres évoquent un niveau de revenus qui, au sein d’un même Etat, pourrait varier d’un endroit à l’autre, en fonction du coût de la vie".

Vers une généralisation du SMIC au niveau européen ?

Quelles différences en Europe ?

Pour l'heure, les écarts sont parfois très importants en Europe. Six pays de l'Union n'ont pas du tout de salaire minimum instauré au niveau national - l'Autriche, Chypre, le Danemark, la Finlande, l'Italie et la Suède - car "tout passe par des négociations collectives" [Ouest-France]. "En Bulgarie, le salaire minimum est de 286 euros brut mensuel. Au Luxembourg, il est sept fois plus élevé et culmine à 2071 euros par mois", relève la RTBF. "Mais si l’on tient compte du salaire médian, c’est en France qu’il est le plus élevé, […] à 60 % du salaire médian", ajoute Libération.

Certes, "ces écarts brut sont à relativiser à l'aune des coûts de la vie par Etat", précisent Les Echos. "Mais les études d'Eurostat montrent que les SMIC d'Europe centrale et de l'Est y assurent un pouvoir d'achat moindre que ceux du Nord et de l'Ouest", poursuit le quotidien économique.

"En Europe, vous avez un écart de productivité globale des pays de 1 à 3", indique Nicolas Schmit à Ouest-France. Or "l’écart, pour les salaires minimums, se situe de 1 à 5 voire 6", poursuit-il. Pour le commissaire européen, "c’est ce fossé-là que nous voulons corriger".

Réticences des Etats

La Commission européenne n'engrange toutefois pas que des soutiens sur ce projet. "La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, soucieuse d'envoyer des gages à la gauche, a repris l'idée [d'un salaire minimum européen] dès sa désignation cet été", relatent Les Echos. Mais pour Libération, c'est "un sujet explosif", "les résistances seront fortes".

D'un côté, "l’idée fait tiquer les pays nordiques, qui craignent un alignement des revenus vers le bas", note en effet Ouest-France. De l'autre, "les pays d’Europe de l’Est redoutent que Bruxelles ne leur demande d’augmenter leur salaire minimum […] dans des proportions qui leur ferait perdre de la compétitivité", précise Le Monde.

Nicolas Schmit affirme néanmoins que "Bruxelles a entendu les critiques des pays nordiques", dans lesquels la définition de salaires planchers passe par des négociations collectives [Politico] : "nous ne toucherons pas à ce modèle : nous allons même encourager la conclusion de conventions collectives partout" [Ouest-France].

L'idée générale serait plutôt de "se concentrer sur certains Etats européens qui ont déjà un salaire minimum, mais qui est trop bas", explique Politico. Toutefois, le commissaire "n'a pas cité de noms".

De longues négociations en vue

Si Ursula von der Leyen "a promis de mettre en place un salaire minimum dans toute l’Union européenne, ce n’est pas pour demain : le chantier vient tout juste d’être lancé et commence par une consultation avec les partenaires sociaux", fait savoir la RTBF.

Ces derniers, "BusinessEurope pour le patronat (dirigé par l’ancien président du Medef Pierre Gattaz) et la Confédération européenne des syndicats pour les travailleurs" [Le Monde], auront "à peu près six semaines pour émettre leurs commentaires, leurs propositions, leurs idées" [Ouest-France].

Ils devront alors déclarer "s’ils souhaitent une action au niveau européen et s’ils souhaitent négocier entre eux le cadre de cette rétribution minimale" [Libération]. Si l'action européenne est choisie, alors "la Commission résumera les propositions reçues avant de lancer une seconde consultation qui devrait se terminer en avril". "Quant au texte de loi européen, il n’est pas attendu avant la rentrée de septembre", annonce la RTBF.

 

 

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