Derniers articles publiés

[Revue de presse] L'hypothèse d'un Brexit sans accord inquiète les Européens et leurs entreprises

Revue de presse 23.09.2019 Léo Lictevout

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, prévue pour le 31 octobre prochain, inquiète de plus en plus  les entreprises européennes. Alors que les Etats et les grandes compagnies prennent leurs précautions pour se protéger des conséquences d'une éventuelle sortie sans accord, l'absence de clarté au sein de l'opposition britannique peine à rassurer.

Usine d'assemblage automobile - Crédits : TRAIMAK.BY / iStock

Usine d'assemblage automobile - Crédits : TRAIMAK.BY / iStock

"Séisme",  "désordre", "dévastateur", "sévère", "irréversible" : la presse de ce lundi 23 septembre ne manque pas de qualificatifs pour commenter les conséquences d'un Brexit sans accord. Dans tous les secteurs, les entreprises peinent à envisager la suite, et exhortent "le Royaume-Uni et l’Union européenne [à] prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter un Brexit sans accord" [Libération avec AFP]. Au Royaume-Uni, les leaders politiques ont du mal à adopter des positions claires pour les rassurer. Réuni à Brighton jusqu'au mercredi 25 septembre "en plein déchirement du Brexit" [RTBF], le congrès du parti travailliste qui s’est ouvert ce week-end devrait voter ce soir sur sa position sur le Brexit.

Un danger pressenti pour l'économie britannique

Lundi 23 septembre, le pionnier britannique de l'industrie du tourisme Thomas Cook a annoncé être en faillite, déclenchant le rapatriement sans précédent de ses quelque 600 000 clients. De quoi participer  à l'inquiétude grandissante des acteurs économiques européens à la veille du Brexit. Le "Cookexit" s'inscrit dans la lignée des faillites "qui émaillent la chronique de l'avant-Brexit", selon Les Echos. "Les incertitudes par rapport au Brexit ont joué en la défaveur de Thomas Cook", explique un expert en aéronautique à la RTBF. "Le manque de confiance (…) et l’absence de visibilité ont provoqué un ralentissement dans le tourisme", mais aussi ailleurs. Afin d'éviter le destin funeste du voyagiste, beaucoup d'entreprises sujettes aux mêmes inquiétudes prennent leurs précautions.

"Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord déclencherait un séisme pour les conditions commerciales", annoncent dans un communiqué conjoint les associations européennes de constructeurs automobiles, reprises par Libération avec l'AFP. Même les Britanniques craignent un "impact immédiat et dévastateur sur l’industrie, (…) des dommages irréversibles et sévères". Libération explique que face à l'évaluation d'un "surcoût (…) de 5,7 milliards d'euros en cas de sortie sans accord", les usines automobiles prennent des mesures : PSA est "prêt à fermer l’usine britannique de Ellsmere Port", l'allemand BMW compte "arrêter deux jours son usine britannique d’Oxford autour de la date prévue pour le Brexit" et Nissan va "cesser de produire ses modèles de luxe (…) dans le nord-est de l’Angleterre".

Pour Les Echos, ces inquiétudes s'inscrivent dans un contexte d'"investissements en berne" dans l'industrie automobile du pays, avec une chute de 70 % au premier semestre.

Cette conjoncture s'étend également au secteur de la grande distribution. Au Royaume-Uni, le numéro un Tesco "a présenté en août un plan de suppression de 4 500 postes" rappelle La Croix. Ce domaine souffre lui d'une guerre des prix "féroce", "au point que la plupart [des enseignes] perdent de l’argent". Seule l'enseigne discount Aldi "compte bien profiter du désordre généré par le Brexit pour attirer de nouveaux consommateurs. Elle va ouvrir 100 nouveaux magasins Outre-Manche", "avec à la clé la création de 5 000 emplois", annonce La Croix.

Les Européens inquiets mais prévoyants

Devant les difficultés qui menacent le Royaume-Uni, les autres pays européens prennent leurs précautions afin de protéger leurs entreprises et leurs citoyens. "3,6 millions de citoyens européens vivent actuellement au Royaume-Uni", rappelle L'Obs. "L'Irlande a mis 1,5 milliard d’euros de côté, pour amortir toute onde de choc", tandis que la France a entrepris "des travaux d’aménagement (…) dans les ports (…), le tunnel sous la Manche et les aéroports" et que "le gouvernement allemand assure être 'préparé à toutes les possibilités imaginables de sortie'", détaille l'hebdomadaire.

Ailleurs dans l'Union, l'inquiétude domine. Certains secteurs sont en effet dépendants des exportations vers le Royaume-Uni, comme "les vignerons italiens, qui exportent chaque année au Royaume-Uni (…) 120 millions de bouteilles de prosecco", ou les 2 500 sociétés polonaises qui assurent "25 % du fret entre l’UE et la Grande-Bretagne", rapporte L'Obs. La fin de la libre-circulation des personnes inquiète également l'Espagne, dont 9 000 ressortissants vont chaque jour travailler dans l'enclave britannique de Gibraltar, et la Grèce, qui accueille en masse des touristes britanniques chaque année [L'Obs]. Pour répondre à cette inquiétude, l'Union européenne devrait mettre en place une exemption de visas pour les Britanniques, "sous réserve de réciprocité".

L'alternative imprécise du Labour

Cette incertitude est renforcée par l'hypothèse de nouvelles élections générales au Royaume-Uni. Elles "pourraient avoir lieu dès novembre ou décembre" d'après Les Echos, et changer la donne si le Brexit n'a pas encore eu lieu en raison d'un nouveau report de ce dernier.

Alors que les conservateurs "se positionnent comme le seul parti du Brexit, dans l’espoir de siphonner les voix du 'Parti du Brexit' de Nigel Farage", et que les Libéraux-démocrates ont "adopté une politique 100 % 'Remain'" [Le Monde], le travailliste Jeremy Corbyn entretient une position floue, censée lui permettre "de présenter le Labour comme 'le seul parti national prêt à faire confiance au Peuple britannique'".

Il "propose (…) de renégocier un accord de divorce 'en trois mois' avec Bruxelles. Puis d’organiser un référendum, avec en balance, le 'Remain' contre cet accord", détaille Le Monde. Toutefois, "il refuse de dire pour quel camp il voterait" [Les Echos], afin de ne pas "déplaire aux 37 % d'électeurs travaillistes (…) qui ont voté pour le 'Leave' en 2016".

Les militants travaillistes appellent majoritairement leur leader "à s'engager en faveur d'un maintien dans l'UE", d'après France 24. Certains cadres du parti "ont déjà prévenu qu'ils voteraient pour un maintien dans l'UE en cas de nouveau référendum" font savoir Les Echos : "nous devons devenir le parti du 'Remain'", argue le député Labour Tom Watson [Le Monde].

"Pour le pousser à sortir de sa neutralité, ils ont déposé plus de 80 motions qui seront débattues" lors du congrès du parti qui s'est ouvert ce week-end à Brighton [Les Echos]. "[Le Labour] doit adopter ce lundi soir une position officielle lors d’un vote mais il n’est pas sûr qu’il sorte de l’ambiguïté", précise RFI. Une stratégie imprécise qui fait de Jeremy Corbyn "l’homme politique le plus détesté du pays", selon La Croix.

Un sommet européen se tiendra le 17 octobre prochain, et devrait être l'occasion pour les des chefs d'Etat et de gouvernement d'éclaircir les conditions du Brexit.

 

LES AUTRES SUJETS DU JOUR

Brexit

Economie

Institutions européennes

Mémoire

Migrations

Vie politique des Etats membres