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[Revue de presse] Irlande du Nord : les craintes d'un regain de violence sur fond de Brexit

Revue de presse 23.04.2019 Steven Kakon

En Irlande du Nord, le groupe paramilitaire de la Nouvelle IRA a reconnu, mardi 23 avril, sa responsabilité dans la mort de la journaliste Lyra McKee le 18 avril 2019 à Londonderry. Dénoncé par l'ensemble de la classe politique locale, le drame s'inscrit dans un climat de regain de violence dans la région, probablement amplifié par le Brexit.

La journaliste Lyra McKee, en 2017 - Crédits :  Francesco Cuoccio / Flickr CC BY-SA 2.0

La journaliste Lyra McKee, en 2017 - Crédits : Francesco Cuoccio / Flickr CC BY-SA 2.0

La Nouvelle IRA "s'excuse" après la mort de Lyra McKee

Jeudi 18 avril, la journaliste Lyra McKee, âgée de 29 ans, a été assassinée à Londonderry en Irlande du Nord. Cinq jours après, le groupe nationaliste de la Nouvelle IRA, dissident de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), a admis mardi 23 avril sa responsabilité [Le Monde]. Deux adolescents arrêtés après l'agression "avait été auparavant libérés sans inculpation", relate Euronews.

Au vu de l'origine visiblement accidentelle du drame, le groupe paramilitaire militant pour la réunification des deux Irlande a présenté ses "excuses pleines et sincères" à la famille et aux amis de Lyra McKee dans une déclaration au quotidien The Irish News. Mais il a également cherché à "justifier ses actions en les qualifiant d'opérations défensives contre les forces ennemies", rapporte le quotidien britannique The Guardian.

Des troubles ont en effet éclaté vers 21h jeudi 18 avril – jour du vingt-et-unième anniversaire des accords de paix entre l'Irlande et le Royaume-Uni, dits du Vendredi Saint –  lorsque la police est entrée dans le lotissement de Creggan "à la recherche d'armes à feu et d'explosifs pour éviter d'éventuelles attaques terroristes pendant le week-end de Pâques", relate The Guardian. Un homme a alors "ouvert le feu contre les policiers qui affrontaient des émeutes" provoquant ainsi la mort de la journaliste, poursuit Le Devoir (Canada) sur la base d'informations émanant de la police nord-irlandaise. Mme McKee se "tenait à côté des forces ennemies", a justifié la Nouvelle IRA en évoquant des forces de l’ordre "lourdement armées", qui auraient "provoqué les émeutes" [20 minutes].

Emotion transpartisane

L'événement a "provoqué un torrent de condamnations" de la part de personnalités de l'ensemble du spectre politique, fait savoir Euronews. Il a en effet suscité l'indignation des six principaux partis politiques d'Irlande du Nord, y compris les unionistes et les républicains, précisément opposés sur la question de la réunification et incapables depuis plus de deux ans de se mettre d’accord pour former un gouvernement à Belfast. Dans une déclaration commune, les deux formations insistent sur le fait que le meurtre de Lyra McKee "constitue une attaque contre tous les membres de cette communauté, une attaque contre la paix et le processus démocratique", cite La Croix

Néanmoins, l'absence de visite de la Première ministre britannique Theresa May à Londonderry à la suite de l'assassinat n'est pas passée inaperçue, même si la cheffe du gouvernement a qualifiée cette mort de "choquante et insensée", indique L'Opinion. Pour le quotidien, le constat est clair : "l’Irlande du Nord n’a jamais été une priorité pour la classe politique britannique".

Des violences en Irlande du Nord qui "inquiètent"

Dans ce contexte, les "inquiétudes quant à la résurgence de groupes paramilitaires séparatistes" sont fortes, écrit France24, selon qui la Nouvelle IRA "ravive de vieilles peurs". "Ce drame rappelle incontestablement les heures sombres des 'Troubles' qui ont déchiré la province britannique de l’Irlande du Nord pendant trois décennies", explique pour sa part 20 minutes. "Opposant républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l’Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique, ces violences avaient fait quelque 3 500 morts avant de prendre fin grâce à l’accord du Vendredi saint de 1998", rappelle le quotidien. Ce traité avait imposé un retrait des forces britanniques et le désarmement de l’Armée républicaine irlandaise (IRA).

L'incertitude autour du Brexit, que la cheffe du gouvernement "prolonge depuis cinq mois par son refus du moindre compromis", est de nature à renforcer l'instabilité politique actuelle en Irlande du Nord, explique à cet égard L'Opinion. En effet, l'ouverture de la frontière nord-irlandaise et la liberté de circulation dont jouissent actuellement les habitants de chaque côté ont joué un rôle non négligeable dans l'apaisement des tensions à partir de 1998. Même si, précise le professeur Kieran McConaghy, de l’Université St Andrews en Écosse, il est "difficile" d'affirmer que le Brexit a engendré ce regain de violence, de tels incidents ayant été "constants" ces dernières années [Le Devoir].

A l’instar de la Nouvelle IRA, des républicains dissidents luttant pour la réunification de l’Irlande, y compris par la violence, "restent actifs", note 20 minutes. Créé entre 2011 et 2012, "ce groupe avait revendiqué l’explosion, en janvier, d’une voiture piégée à Londonderry", mais aussi     l'"attentat auquel a succédé la découverte de plusieurs paquets contenant des petits engins explosifs, retrouvés notamment dans des bâtiments des aéroports de Londres City et Heathrow", informe Le Monde.

La mort de la journaliste marque la "recrudescence des violences en Irlande du Nord et la crainte qu'une paix fragile et durement gagnée soit de plus en plus menacée", conclut Le Devoir. "Il y a une dangereuse radicalisation des jeunes […] par ceux qui sont liés à la Nouvelle IRA et qui sont à la périphérie", ajoute Allison Morris, correspondante pour les questions de sécurité du journal The Irish Times, citée par Le Devoir.

Les funérailles de la jeune femme doivent avoir lieu mercredi, à la cathédrale Saint Anne de Belfast, rapporte La Croix.

 

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