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[Revue de presse] Embûche de la BCE dans l'épopée grecque

Revue de presse 05.02.2015

La tournée du gouvernement grec pour convaincre ses partenaires de la nécessité de restructurer la dette du pays commençait à porter ses fruits, mais la Banque centrale européenne vient d'y mettre un coup d'arrêt. L'institution - indépendante des Etats - a suspendu le régime de faveur qu'elle accordait aux banques du pays, provoquant un krach boursier.

Mario Draghi

"La décision choc de la BCE provoque un krach bancaire", rapporte Le Figaro. La bourse grecque concède en effet plus de 9% à l'ouverture ce matin, au lendemain de la décision de la BCE de suspendre le régime de faveur accordé aux banques du pays. Celles-ci pourront toujours emprunter, mais à un taux plus élevé. Pour Le Nouvel Observateur, "la BCE a mis le couteau sous la gorge d'Athènes (…) en privant les banques grecques d'un important canal de financement". Pourtant, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis "était venu en personne à Francfort demander à Mario Draghi, président de la BCE, de quoi 'garder la tête hors de l'eau' le temps de s'entendre avec ses partenaires européens", rappelle le site de l'hebdomadaire. "La réponse négative de la BCE met la pression sur la Grèce, mais contraint aussi les Européens à s'entendre rapidement, sous peine de crise de financement de l'Etat grec", conclut Le Nouvel Observateur. 

Les Échos parlent d'une "décision couperet" et constatent que "la visite, mercredi, du ministre des Finances grec Yanis Varoufakis à Francfort n’a donc pas modifié d’un iota l’attitude ferme de l’institution". Pour le site du quotidien, "il faut s’attendre dans les jours à venir à ce que la banque centrale grecque doive fournir à de nombreux établissements bancaires du pays des liquidités, probablement à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros". "Plus que jamais, Athènes est plongé dans une course contre la montre pour ne pas précipiter ses banques et son économie dans la faillite", analyse le journal.

Pourtant, ce "coup de force de la BCE ne fait pas trembler le gouvernement grec", affirme La Tribune. Pour Yanis Varoufakis, elle "n'a 'pas de répercussions négatives' sur le secteur financier du pays qui reste 'totalement protégé' grâce aux autres canaux de liquidités toujours disponibles", rapporte le site de l'hebdomadaire. Le Monde s'interroge sur l'état de santé réel des banques grecques, mais rappelle qu'une "vaste opération de restructuration du secteur bancaire a été menée" et que "malgré les rumeurs de 'bank run' (fuite de capitaux), notamment relayées par la presse allemande, les officiels grecs restent prudents".

"Aléxis Tsípras commence à se plier aux contraintes de la réalité européenne" et "a déclaré mercredi vouloir un compromis avec ses créanciers", expliquent Les Échos, qui parlent d'une "attitude constructive". Cela ne serait pas suffisant pour Libération, pour qui "les espoirs de Tsipras se dérobent", puisqu'il "ne compte aucun allié dans l’Union européenne, en dehors de Chypre, lui aussi sous perfusion financière internationale". Arnaud Leparmentier, du Monde, souligne que la Grèce "a été victime d’elle-même, de son absence d’Etat, des privilèges accordés aux armateurs et autres popes orthodoxes". Le journaliste rappelle que les Lituaniens, qui viennent de rentrer dans la zone euro, qui "sont parmi les plus pauvres d’Europe", ont dû venir en aide à la Grèce, constatant un "contraste avec la tragédie des Grecs, dont on voudrait faire croire qu’ils sont victimes de l’Europe".