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[Revue de presse] Elections au Royaume-Uni : Boris Johnson réussit son pari

Revue de presse 13.12.2019 Léo Lictevout

Les électeurs britanniques, appelés aux urnes jeudi 12 décembre, ont offert au Premier ministre sortant Boris Johnson une majorité écrasante. Arrivé loin devant son rival travailliste, le dirigeant conservateur devrait pouvoir faire approuver son accord, et parachever le Brexit.

Arrivé au pouvoir en juillet sans élection générale, Boris Johnson a obtenu un plébiscite lors du scrutin du 12 décembre 2019 - Crédits : Ben Shread / Flickr Number 10 CC BY-NC-ND 2.0

Arrivé au pouvoir en juillet sans élection générale, Boris Johnson a obtenu un plébiscite lors du scrutin du 12 décembre 2019 - Crédits : Ben Shread / Flickr Number 10 CC BY-NC-ND 2.0

"Le Brexit aura bien lieu le 31 janvier", annonce L'Express avec l'AFP. Le parti conservateur, qui faisait campagne pour "réaliser le Brexit" et "mettre fin à trois ans d’une saga qui a déchiré le pays" [RTBF avec l'AFP], a remporté hier soir une victoire importante pour l'histoire du pays.

"Avec plus de 160 sièges d'écart sur le parti [travailliste] de Jeremy Corbyn, [le Premier ministre sortant Boris Johnson] dispose désormais d'une majorité parlementaire très confortable pour faire passer son accord de Brexit", expliquent Les Echos. Sortir de l'Union européenne, donc. Mais aussi "tourner la page et s'atteler aux 'priorités' des Britanniques, comme la santé, la sécurité et les infrastructures", ajoute L'Express.

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Raz-de-marée conservateur

Ce "nouveau mandat fort (...) donne à ce nouveau gouvernement l'occasion de respecter la volonté démocratique du peuple britannique", a déclaré Boris Johnson cité par L'Express. Avec plus de 360 sièges, les conservateurs "n'avaient plus exercé un tel contrôle sur le Parlement britannique depuis Margaret Thatcher", poursuit l'hebdomadaire.

"Le véritable génie de Boris Johnson a été de rassembler derrière lui les Leavers [partisans du Brexit], 78% d’entre eux avaient dit qu’ils voteraient pour lui", analyse Sara Hobolt, professeure de sciences politiques à la London School of Economics (LSE) [Libération]. A ce vote s'ajoute celui "de ceux qui étaient fatigués du débat interminable qui paralyse le Royaume-Uni, et des citoyens de gauche déçus par l'ambiguïté de Jeremy Corbyn", note El País.

Car l'exploit de Boris Johnson a aussi été d'"arracher au parti travailliste des zones historiques de la 'Muraille rouge'", ce bastion du Labour "qui s'étend du nord du Pays de Galles au nord de l'Angleterre", poursuit le quotidien espagnol. En se présentant comme "le candidat populaire, face à un parlement qui avait tout essayé pour paralyser le Brexit", il a réussi à conquérir "des régions manufacturières et parfois défavorisées", explique Libération. Il s'agit d'"une toute nouvelle base d’électeurs pour les conservateurs", explique Simon Hix, professeur de sciences politiques à LSE. Mais "il faudra qu’ils répondent à leurs demandes" pour les fidéliser, précise-t-il [Libération].

L'opposition en déroute

Parmi ces nouveaux électeurs, beaucoup de déçus du parti travailliste. Le parti de gauche essuie en effet une "défaite écrasante" [L'Express]. "Une claque pour le leader du parti, Jeremy Corbyn", qui "a véritablement agi comme un repoussoir pour de nombreux électeurs", selon RFI. "Chef de l'opposition le plus impopulaire jamais enregistré dans les sondages", Jeremy Corbyn, élu à la tête du parti travailliste en 2015, a d'ores et déjà "annoncé qu'il ne 'conduira pas le parti aux prochaines élections'", rapporte L'Express.

"La bataille sur le repositionnement du Labour sera probablement sanglante", annonce Libération. Mais cette remise en question apparaît nécessaire : "En plus d'un siècle, aucun parti n'a perdu de sièges après autant de temps passé dans l'opposition", rappelle The Guardian. Deux choix s'offrent au parti : "maintenir sa ligne gauchisante (…) ou revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair", détaille FranceInfo.

La plupart des autres partis en lice ont également subi des revers. Le "petit parti europhile libéral-démocrate paie durement [sa proposition] d’annuler purement et simplement le Brexit sans nouveau référendum. Une promesse qui a été jugée anti démocratique, même parmi les europhiles", note RFI.

"Le pacte pro-Remain [europhile] décidé par les lib-dem [libéraux-démocrates], les Verts et le parti nationaliste gallois Plaid Cymru n’a pas non plus fonctionné", ajoute la radio. Ainsi, "face à un vote Remain éparpillé, les conservateurs ont attiré de façon beaucoup plus efficace le vote pro-Brexit".

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Percée indépendantiste en Ecosse

En définitive, "les seuls europhiles qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu sont les indépendantistes écossais" du SNP, résume RFI. Malgré un résultat "amer", pour la Première ministre locale Nicola Sturgeon [La Libre avec l'AFP], le parti indépendantiste l'emporterait dans 48 des 59 circonscriptions écossaises. De quoi rassurer "l'ancienne cheffe des tories en Écosse [qui] avait promis de nager nue dans le Loch Ness si [le SNP] dépassait la barre des 50 élus", ironise L'Express.

Car les relations entre le SNP et les conservateurs sont pour le moins tendues. En Ecosse, le Premier ministre "est perçu comme le stéréotype du conservateur anglais", explique La Croix. "La position sans concession de Boris Johnson sur le Brexit renforce les indépendantistes", analyse donc le quotidien : "c’est le meilleur sergent recruteur que le SNP pouvait avoir", selon l’historien Tom Devine, de l’université d’Édimbourg. Ainsi, bien que Boris Johnson s'y oppose, les nationalistes espèrent toujours "s'appuyer sur [leur] résultat pour demander un second référendum" d'indépendance, et échapper au divorce entre l'UE et le Royaume [L'Express].

Une nouvelle relation avec l'Union

"Dès que le Royaume-Uni sera sorti de l'UE, s'ouvriront de difficiles négociations sur [la relation future], censées être conclues d'ici à la fin 2020", rappelle L'Express. Même si cette échéance est "jugée irréaliste" [RTBF], côté européen, l'heure est au soulagement. "À Bruxelles, où les dirigeants européens sont réunis en sommet, la France a salué une 'clarification'", rapporte L'Express.

Le nouveau commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a quant à lui rappelé que l'UE souhaitait ouvrir des négociations commerciales "équilibrées" avec Londres, prévoyant que "les normes sociales et environnementales qui s'appliquent au niveau de l'UE soient bien appliquées" [Le Figaro avec l'AFP].

Dans le même temps, le président américain Donald Trump a souligné son intention de "conclure un énorme nouvel accord commercial après le Brexit (…) potentiellement beaucoup plus gros et plus lucratif que n'importe quel accord qui pourrait être conclu avec l'Union européenne", rapporte Le Point.

Boris Johnson se rangera-t-il du côté des Européens ? "Il sera moins dépendant des hard Brexiters de son parti que s'il avait disposé d'une majorité plus courte", rassure la politologue Sara Hobolt. "Mais bien malin qui peut à ce stade sonder les intentions réelles du Premier ministre", avertissent Les Echos.

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