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[Revue de presse] Débat des européennes : derrière la cacophonie, la critique de l'UE

Revue de presse 05.04.2019 Steven Kakon

Pour la presse française, c'est un premier débat cacophonique qui a eu lieu jeudi 4 avril au soir sur France 2. Intervenant tour à tour sur des sujets tels que le Brexit, l'immigration et l'écologie, les douze têtes de listes présentes ont fait apparaître un net clivage entre une volonté d'approfondissement de la construction européenne et des positions résolument eurosceptiques voire europhobes.

 

 

Capture d'écran de l'Emission politique du 4 avril 2019 consacrée aux élections européennes

Capture d'écran de l'Emission politique du 4 avril 2019 consacrée aux élections européennes

Cacophonie

Pour la majorité de la presse française, à l'issue du débat télévisé de France 2, c'est une impression de confusion et de brouhaha qui ressort en premier lieu. "Le débat à 12 candidats tourne à la cacophonie", titre ainsi France 24.  "Les idées se sont noyées dans les formules de politesse agacées (au mieux) ou la confusion (au pire)", déplore également Libération. Certes, l'exercice demeure difficile lorsque l'on dispose seulement d'une "douzaine de minutes" pour exposer ses vues, note le quotidien. A un mois et demi du scrutin, les candidats ont tenté de convaincre "pendant plus de trois heures"… mais "sans succès" analyse en conséquence Le Point.

Plus optimiste, le Parisien considère que les échanges ont été "vifs mais courtois", l'ensemble apparaissant "convenu, mais efficace". Ainsi, sur des thématiques telles que l'immigration, la gouvernance, la fiscalité ou l'écologie, "l'Europe compliquée devient concrète", poursuit le journal. Pour ce dernier, l'orientation de la campagne ne fait désormais guère de doute : "Europe des frontières, des migrants, des banquiers, de la fracture sociale, du libéralisme et de l’absence de protection". Dit autrement, "la majorité des candidats s'est livrée à une critique sévère de l'Union européenne", constate L'Express.

Attaques frontales

"Avec cinq candidats de gauche se réclamant tous peu ou prou de l’écologie politique d’un côté et quatre candidats souverainistes de l’autre, on a surtout assisté à deux débats parallèles. Où le jeu consistait à attaquer son adversaire le plus dangereux pour sa part de marché électoral", analyse Libération. Or cette tentative des candidats de cibler frontalement leurs adversaires s'est réalisée "au détriment des débats de fond", estime Le Figaro. En outre,  "le débat a permis aux candidats les plus à la peine dans les études d'opinion de tenter de mordre sur les deux favoris, Nathalie Loiseau [LaREM] et Jordan Bardella [Rassemblement national]", rapporte Le Point.  

Ainsi la tête de liste pour La République en marche, Nathalie Loiseau, en a "pris pour son grade sur la loi asile et immigration adoptée l’an dernier en France et le refus de Paris d’accueillir les navires humanitaires venant en aide aux migrants en Méditerranée", relate Libération. "J’ai honte", a lâché Raphaël Glucksmann (Parti socialiste-Place publique), approuvé par Manon Aubry (La France insoumise), Benoît Hamon (Génération.s) et Yannick Jadot (EELV). "Ni Mme Loiseau, ni M. Bellamy [Les Républicains] n'ont dit ce que devrait dire n'importe quel humaniste : on les sauve !", a tristement ajouté l'essayiste, cité par L'Express. Considérant la situation "grave", ce dernier a appelé à l'unité de la gauche [Le Point].

Souverainistes versus Fédéralistes

D'autre part, le débat a aussi été "l'occasion de rétablir le clivage entre souverainistes et fédéralistes, sans éviter les guerres fratricides", décrypte France 24. La fracture entre les deux camps s'est révélée dès le début de l'émission : chaque candidat a été invité à présenter un objet symbolisant "leur" Europe : "à la passoire de M. Bardella et aux menottes de M. Asselineau [Union populaire républicaine], MM. Lagarde [Union des démocrates et des indépendants] et Glucksmann ont tous deux montré des fragments du mur de Berlin", écrit Le Monde. Afin de mettre en garde contre la tentation de "reconstruire des murs", note Ouest-France.

Alors que Jordan Bardella a cité à plusieurs reprises le ministre de l’Intérieur italien d’extrême droite, Matteo Salvini, comme modèle ; la gauche s’en est, elle, pris aux "lobbys", fait savoir Le Monde. L'objectif du protégé de Marine Le Pen ? "Crédibiliser le projet du RN en montrant qu’il n’est pas isolé sur la scène européenne", explique Le Parisien. "C’était l’occasion aussi de rappeler, sans trop insister, que le RN n’a plus l’intention de sortir de l’Union européenne, mais bien de la 'transformer de l’intérieur avec nos alliés cette union européenne passoire'" poursuit le média.

M. Bardella n'a pas été le seul à dépeindre l'Union européenne comme une "passoire". "En cinq ans, il y a eu 18 millions de migrants en Europe", a ainsi assuré la tête de liste de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, "provoquant à son tour les réactions indignées de ses adversaires", rapporte Le Figaro.

"L'écologie a fait son apparition tardive"

Et c'est seulement "après deux heures d'émission" essentiellement consacrées aux frontières de l'Europe et donc à l'immigration, que la question de l'écologie, pourtant "au cœur du programme de nombreux candidats", a été évoquée [L'Express]. Sur cet enjeu aussi les divergences sont importantes : "si le climat se réchauffe, c'est l'Europe la première qui devra payer les pots cassés", a fait valoir Jean-Christophe Lagarde. Pour lui, "si le climat était une banque, ça fait longtemps que l'UE l'aurait sauvée". "Le meilleur ami de l'écologie, c'est la frontière", a pour sa part répété Jordan Bardella, relate L'Express.

Face à François-Xavier Bellamy, qui a appelé à "réconcilier écologie et économie", Benoît Hamon a, lui, réclamé la "reconnaissance du crime d'écocide", en mettant en cause "des entreprises, des personnes morales" qui "produisent contre l'intérêt général" [Le Point].

 

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