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[Revue de presse] Covid-19 : sous pression, les Pays-Bas tempèrent leur discours de rigueur budgétaire

Revue de presse 01.04.2020 Agnès Faure

Mardi 31 mars, le ministre néerlandais des Finances est revenu sur ses critiques adressées aux pays lourdement endettés du Sud de l'Europe. Un infléchissement du discours de fermeté budgétaire qu'il tenait jusqu'ici, désapprouvé par une partie de la classe politique locale mais aussi par ses voisins européens.

La position du ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra a divisé les Européens sur la manière de faire face à la crise

La position du ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra a divisé les Européens sur la manière de faire face à la crise - Crédits : Conseil de l'Union européenne

“La semaine dernière, nous - et moi aussi - aurions dû faire savoir plus clairement que nous voulions aider. Nous ne l'avons pas fait avec suffisamment d'empathie”. C'est par ces mots que le ministre des Finances néerlandais, Wopke Hoekstra, est revenu mardi 31 mars sur ses propos rapporte Le Figaro. Cette déclaration en forme d'apaisement survient une semaine après la dernière réunion des ministres des Finances européens, qui s'était tenue mardi 24 mars. A cette occasion, les tensions entre les Pays-Bas et certains pays du Sud de l'Europe étaient largement montées. Wopke Hoekstra avait en effet rejeté le projet de mutualisation des dettes européennes via des obligations “corona”. Pire, il avait provoqué la colère de ses homologues espagnol et italien en proposant d’ouvrir une enquête afin de déterminer “pourquoi certains pays ne disposent pas des réserves financières nécessaires pour mieux faire face au choc économique” [Politico]. Alors que les appels à plus de solidarité financière européenne se multiplient pour affronter la crise sanitaire, "le ministre néerlandais des Finances est devenu le nouveau « monsieur Non » de l'Union", estiment Les Echos.

Critiques locales

Depuis, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer l’approche du gouvernement hollandais. Aux Pays-Bas, des politiciens et économistes ont accusé l'exécutif “de ne pas faire preuve de suffisamment de solidarité avec les pays du Sud, qui ont été les plus durement touchés par l'épidémie de coronavirus” [Politico]. Mardi 31 mars, un groupe de 60 économistes néerlandais a en effet publié une tribune dans le journal Volkskrant pour appeler le gouvernement de Mark Rutte à “changer de cap maintenant et à soutenir une approche européenne.” Le chef du groupe parlementaire démocrate D66 Rob Jetten a pour sa part réagi sur Twitter : “Les Pays-Bas se sont enrichis grâce à l'UE. Maintenant que les emplois et les revenus sont en jeu dans toute l'Europe à cause de la crise du coronavirus, nous ne pouvons pas laisser nos amis suffoquer” [Politico]. “Cette logique du chacun pour soi n’a pas empêché sa collègue chargée de l’Agriculture de demander le soutien de l’UE pour les producteurs hollandais de tulipes, affectés par la crise”, observe pour sa part Le Figaro.  

Comment l'Union européenne peut-elle éviter une nouvelle crise économique ?

Face au tollé, Hoekstra est donc revenu sur ses propos, reconnaissant que ceux-ci avaient pu être “mal accueillis”. S’il a déclaré être désormais prêt “à contribuer plus qu’à sa juste part à l’effort commun”, sur le fond, le ministre s'oppose toujours à la création d'une euro-obligation, préférant recourir à “l'activation du fonds d'urgence de l'UE, le Mécanisme européen de stabilité (MES), mais sous de strictes conditions, ce qu'avait rejeté l'Italie la semaine dernière”, rapporte la RTBF. Ces prises de position, partagées par la chancelière allemande Angela Merkel, font ainsi réapparaître une fracture Nord-Sud “qui avait failli faire imploser l’UE en 2010 lors de la crise de la dette de la zone euro et du sauvetage de la Grèce”, rappelle Le Monde. “Comme il y a dix ans, les pays du Nord refusent d'en arriver à cette forme d'endettement commun, qui leur semble ouvrir la porte au financement structurel”, constatent Les Echos.

Dans un entretien au Figaro, le professeur de science politique Christophe Bouillaud analyse quant à lui la frilosité des pays du Sud à recourir au Mécanisme européen de stabilité : “Comme la séquence de 2008-2012 reste dans toutes les mémoires, et comme tout le monde au sud du continent sait bien désormais que cette crise-là fut très mal gérée, les dirigeants de ces pays veulent des garanties pour la suite”.

Le Mécanisme européen de stabilité

Réactions européennes

Incapables de trancher leurs désaccords lors du dernier Conseil européen du jeudi 26 mars, les dirigeants des 27 pays de l'UE ont demandé aux ministres des Finances de la zone euro de formuler des propositions le 7 avril. En attendant, les pressions sur les Pays-Bas se multiplient. Toutes les enjoignent à revoir leur approche de la solidarité européenne. Le Premier ministre portugais Antonio Costa a ainsi évoqué une attitude "répugnante" et une "mesquinerie récurrente" [Mediapart avec AFP]. Côté français, la secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Amélie de Montchalin a également déclaré dans Les Echos : “Aucun pays ne pourra repartir si ses voisins ne repartent pas car cette crise n'est pas asymétrique comme les précédentes. Tout le monde a à y perdre, y compris les Pays-Bas, qui ont une des économies les plus dépendantes du marché intérieur, si tout le monde ne redémarre pas ensemble”.

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