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[Revue de presse] Covid-19 : la solidarité au coeur des discussions du Conseil européen

Revue de presse 23.04.2020 Agnès Faure

Ce jeudi 23 avril, les chefs d’Etats et de gouvernement se réunissent par visioconférence pour s’accorder sur une stratégie de relance de l’économie européenne. Les 27 souhaitent du temps pour bâtir la meilleure réponse à la crise que traverse l'UE. Face au risque de la montée de l'euroscepticisme, un signal fort est très attendu.

Le président du Conseil italien Giuseppe Conte attend un signe concret de solidarité de la part de ses homologues lors du sommet européen du 23 avril

Le président du Conseil italien Giuseppe Conte attend un signe concret de solidarité de la part de ses homologues lors du sommet européen du 23 avril - Crédits : Conseil de l'UE

Les Vingt-sept vont prendre le temps pour trouver une réponse adéquate à la crise”, titre La Libre. Jeudi 23 avril, au cours de ce quatrième Conseil européen consacré à la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19, les dirigeants des Etats de l’Union européenne vont tenter de s’accorder sur une stratégie commune de relance. Mais selon les mots d’un diplomate européen cité dans le quotidien belge, “il faut être lucide : on va avoir une discussion qui va se prolonger encore au moins quelques semaines sur la relance”. Un délai qui risque de profiter aux courants eurosceptiques présents dans les Etats membres, et notamment en Italie, pays européen le plus touché par la pandémie. “Les décisions sont déjà renvoyées à plus tard, de quoi faire douter sérieusement les Italiens de l’utilité même de l’Union”, explique France inter.

Tentation eurosceptique en Italie

Selon la radio, “un Italien sur deux se dit en effet prêt à quitter l’Union européenne”, contre “30% l’année dernière”. En Italie, le sentiment pro-européen est en chute libre depuis le début de la crise, passant de 42 % en septembre à 27 % ce mois-ci, selon le cabinet de sondage italien SWG [Politico]. Les chiffres présentés par le journal La Croix sont encore plus révélateurs de cette tendance: “71% des Italiens pensent que la pandémie de coronavirus détruit l'UE, et 55% des Italiens seraient prêts à quitter l'Union européenne et/ou l'euro”. Le média prolonge ces chiffres en expliquant : “dans la Botte, comme dans d'autres États membres, les partis nationalistes et extrémistes espèrent faire de l’absence de solidarité européenne un puissant argument de campagne”.

En Italie, le gouvernement de Giuseppe Conte attend beaucoup de ce sommet européen. Confronté à une crise sanitaire de grande ampleur depuis presque trois mois, le pays n’a eu de cesse d’appeler à la solidarité européenne. Qui a tardé à venir, comme l’a regretté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen [La Croix].

De l’autre côté des Alpes, l’enjeu du sommet européen est donc économique, mais aussi politique. Le président du Conseil italien “a besoin d'une victoire s'il veut contenir la montée de l'euroscepticisme et repousser les partis d'opposition qui attendent avec impatience le moment où ils pourront déclarer qu'il n'a pas obtenu un soutien suffisant des partenaires européens de l'Italie”, analyse Politico.

Eviter une nouvelle crise politique

L'effet domino semblait pourtant enrayé, après le Brexit”, commente La Croix. Mais avec la crise liée au coronavirus, “l'intérêt européen est de nouveau mis en question dans les opinions”, reconnaît le média. “La situation rappelle la difficulté pour les États membres à faire preuve de solidarité, ce qui donne du grain à moudre aux détracteurs de l’Union européenne qui estiment que les États pourraient s’en sortir mieux seuls”, analyse Anaïs Voy-Gillis, docteure en géopolitique, dans Libération. Car si l’Italie observe un renforcement du sentiment anti-européen, “le jugement des Français n’est pas si éloigné de celui des Italiens”, complète La Croix, citant une enquête du cabinet Kantar qui indique que seuls 46% des Français auraient confiance dans l’action européenne pour gérer la crise.  

Pour éviter une résurgence eurosceptique et limiter les dégâts économiques de la pandémie, tout l’enjeu de ce sommet sera de trouver une réponse commune pour " éviter que la reprise soit asymétrique", a mis en garde le président de l’Eurogroupe Mario Centeno, cité par La Libre. Or, “s'il est une leçon que les Européens devraient avoir retenu de la crise de la zone euro, c'est que le problème de l'un peut rapidement devenir le problème de tous”, commente le média. Des plans de relances nationaux inégaux risqueraient en effet de muer la crise économique en crise politique pour l’Union, avertit Le Monde. Le quotidien poursuit en pointant du doigt la responsabilité de deux pays en particulier : “Si l’Allemagne et les Pays-Bas n’ont pas fait preuve de solidarité d’ici là, [la] rhétorique antieuropéenne s’en trouvera renforcée”.

Tout n'est pas perdu”, nuance néanmoins le président du centre Kantar sur l’avenir de l’Europe, Emmanuel Rivière. “Les signaux allumés sont clairement dans le rouge, mais le paradoxe de tout cela, c'est que l'Europe est attendue et considérée comme légitime pour intervenir” [La Croix]. “Lancer un signal fort de solidarité entre les membres de la zone euro est possible”, renchérit Eric Albert dans les colonnes du Monde. “Mais plus les Européens traîneront, plus le signal devra être fort et coûteux” ajoute-t-il. La rencontre des chefs d’Etats et de gouvernement représente donc “une opportunité à saisir pour que l’Union gagne du terrain”, conclut Emmanuel Rivière.

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