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[Revue de presse] Covid-19 : en Hongrie, les pleins pouvoirs donnés à Viktor Orbán inquiètent le reste de l’Europe

Revue de presse 31.03.2020 Agnès Faure

Lundi 30 mars, le parlement hongrois a voté en faveur d'une prolongation de l’état d’urgence afin de lutter contre l’épidémie de coronavirus. Le Premier ministre Viktor Orbán, dans le viseur de la Commission européenne depuis plusieurs années pour ses manquements à l'Etat de droit, dispose désormais de pouvoirs étendus pour une durée indéterminée. Une situation qui inquiète au sein de l’Union.

Lundi 30 mars, le premier ministre hongrois Viktor Orbán a fait passer devant le parlement une loi étendant l'état d'urgence pour une durée illimitée

Lundi 30 mars, le premier ministre hongrois Viktor Orbán a fait passer devant le parlement une loi étendant l'état d'urgence pour une durée illimitée - Crédits : Pietro Naj-Oleari / Flickr Parlement européen CC BY-NC-ND 2.0

A la demande du Premier ministre, le Parlement de Budapest a décidé lundi 30 mars de prolonger l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars. Le texte de loi, promulgué par le président de la République Janos Ader, accorde au chef du gouvernement Viktor Orbán le pouvoir de légiférer par ordonnance, donc sans contrôle des députés, dans tous les domaines et ce pour une durée indéterminée, rapporte Euronews. Selon le gouvernement, "la nouvelle loi lui permet seulement d’adopter les mesures nécessaires pour lutter contre le coronavirus" [Reuters]. Mais plusieurs organisations de défense des droits civiques s’inquiètent de ses conséquences, notamment sur la liberté de la presse déjà mise à mal dans le pays depuis plusieurs années. Plusieurs membres de l’opposition au gouvernement disent en effet craindre que “ce nouvel ordre légal spécial” ne s’étende indéfiniment, et demandent une limite de 90 jours à cette loi [Euronews].

Une loi justifiée par la lutte contre l’épidémie

Le gouvernement hongrois a présenté son projet de loi au Parlement dans le but de lutter contre l’épidémie de coronavirus. “Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stopper la propagation du virus” avait déclaré semaine dernière la ministre de la Justice [Le Monde avec l’AFP]. La Hongrie n'est en outre pas le seul pays européen où "le gouvernement s’est vu accorder des pouvoirs spéciaux" au vu des "circonstances exceptionnelles", écrit La Libre : plusieurs Etats européens comme la France ou le Royaume-Uni ont en effet déjà pris des mesures d’urgence similaires. Le coronavirus appelle effectivement des mesures exceptionnelles”, confirme France Inter, avant de préciser : Nous nous en accommodons parce que nous pensons - nous savons - qu’elles sont temporaires, même si certains s’en inquiètent tout de même”.

La législation hongroise, en l'occurrence, est contestée pour l'absence de date limitant dans le temps cette situation extraordinaire. “Nous ne savons pas quand finira l’épidémie ; je ne peux donc pas vous donner une date limite”, a pour sa part justifié le Premier ministre [Libération]. Le gouvernement affirme par ailleurs avoir préparé cette loi “dans le but de simplifier la chaîne de décision”, dans le cas où les députés viendraient à tomber malades à cause du virus et seraient dans l’incapacité de se réunir. En temps normal, la constitution prévoit que le renouvellement de “l’état de danger” soit voté tous les quinze jours par le Parlement [Le Courrier d’Europe centrale].

Inquiétudes européennes

En Europe, plusieurs voix se sont élevées pour mettre en garde sur les potentielles implications de cette loi, à la fois au regard des droits fondamentaux que du droit de l’Union. Neuf organisations de défense de la presse ont ainsi appelé “les dirigeants de l’Union européenne à dénoncer une loi qui porte atteinte aux droits fondamentaux et aux libertés des médias”, rapporte Le Monde. Sur Twitter, l’ancien Premier ministre italien, Matteo Renzi, a pour sa part demandé aux dirigeants européens de réagir : “après ce qu'Orbán a fait aujourd'hui, l'Union européenne DOIT agir et le faire changer d'avis”. La Hongrie fait en effet déjà l’objet d’une procédure de sanction pour non-respect des valeurs fondamentales de l’Union, rappelle Politico.

La décision hongroise pourrait enfin avoir des répercussions hors des frontières magyares, s'inquiète l'éditorialiste Olivier le Bussy dans La Libre, et peser sur l’avenir du projet européen : les valeurs démocratiques et l’état de droit sont les bases sur lesquelles se construit le projet européen. Que l’un des pays participants s’en affranchisse et l’édifice s’en trouvera fragilisé comme jamais”, avance-t-il. Et d’appeler les Européens à agir : “Soit les institutions et tous les États membres réagissent vite, et fort, sur ce qui se produit en Hongrie, soit ce projet aura perdu toute crédibilité et sa raison d’être”. Une crainte partagée par le journaliste Pierre Haski sur France Inter : “l’Union européenne peut-elle tolérer en son sein une violation aussi flagrante de ses valeurs fondatrices ? Un recul ne ferait qu’ouvrir la porte à d’autres dérives autoritaires en Europe : un club qui ne fait pas respecter ses propres règles se condamne”.

 

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