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[Revue de presse] Commission européenne : des concessions pour les auditions ?

Revue de presse 14.11.2019 Baptiste Roman

Mercredi 13 novembre, la future présidente de la Commission européenne a finalement accepté de renommer les intitulés de plusieurs portefeuilles de commissaires. Et notamment le très controversé "protection de notre mode de vie européen", en lien avec la gestion des migrations. En étouffant la polémique, Ursula von der Leyen accède aux demandes de la gauche, dont le soutien est crucial pour approuver les nouveaux commissaires, et permettre, in fine, l'entrée en fonction de la Commission.

La future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lors d'une réunion avec les eurodéputés du groupe Renew Europe, mercredi 13 novembre 2019 - Crédits : Renew Europe / Flickr CC BY-ND 2.0

La future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lors d'une réunion avec les eurodéputés du groupe Renew Europe, mercredi 13 novembre 2019 - Crédits : Renew Europe / Flickr CC BY-ND 2.0

"Fin de la polémique ?", s'interroge le quotidien belge L'Echo. En septembre dernier, la future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait divisé Bruxelles en proposant un commissaire chargé de la "protection de notre mode de vie européen". Ce dernier devait notamment s'occuper de la question migratoire. "La controverse n’a été éteinte que mercredi 13 novembre" par un changement de l'intitulé, annonce La Croix. Ainsi, "le futur commissaire ne devra plus protéger, mais promouvoir le 'mode de vie européen'", résume la RTBF [avec Belga]. Le nom de ce portefeuille, attribué au grec Margaritis Schinas, "laiss[ait] entendre qu’il existe un mode de vie européen unique assiégé par d’autres venus de l’étranger", rappelle La Croix.

D'autres intitulés ont également bénéficié d'une mise à jour. "Le futur commissaire à l'Emploi, le luxembourgeois Nicolas Schmit, se voit ajouter les droits sociaux à son titre, tandis que la pêche a été ajoutée à l'intitulé de Virginijus Sinkeviçius, le commissaire désigné à l'Environnement et aux Océans", résume Politico. De plus, le commissaire candidat à l'Economie Paolo Gentiloni devra "superviser la mise en œuvre des objectifs du développement durable de l'ONU", selon le média américain.

Qui sont les futurs commissaires européens ?

Une concession à la gauche

Ces ajustements sont revendiqués comme une victoire par certains groupes politiques au Parlement européen, et notamment par les sociaux-démocrates (S&D). La présidente du groupe S&D Iratxe García évoque notamment dans un communiqué "plusieurs jours de négociation avec la présidente élue de la Commission européenne", qui ont mené à des "concessions significatives de la part d'Ursula von der Leyen" [Politico].

Si pour La Croix "il s’agissait de calmer les esprits, à la veille des auditions des trois derniers commissaires européens", Le Soir y voit plutôt "une concession à la gauche" qui "tombe à pic". Le journal belge fait ainsi le lien entre un "aggiornamento […] réclamé depuis près de deux mois par la gauche" et l'audition des candidats commissaires "étiquetés ou jugés compatibles avec le… PPE [Parti populaire européen, droite conservatrice]". En effet, "les engagements de von der Leyen ont été bien reçus dans le groupe, et l'audition de Breton devrait se passer sans difficulté", a déclaré un officiel du groupe S&D à Politico.

Des auditions sous tension

Il faut dire que les auditions pour le poste de commissaire européen ne s'annoncent pas comme une formalité pour tout le monde. Si la candidature d'Adina-Ioana Vălean aux Transports "ne devrait a priori pas susciter de vagues", le candidat hongrois au Voisinage et aux Elargissements Olivér Várhelyi serait "inévitablement associé aux politiques controversées du Premier ministre Orbán", rapporte Le Soir.

Mais "parmi les commissaires auditionnés, le Français Thierry Breton est le plus controversé, car son profil de grand patron pourrait entraîner des risques de conflits d’intérêts selon la gauche radicale, les écologistes, l’extrême droite et certains socialistes", souligne le Huffington Post [avec l'AFP]. De plus, ce sont "les mêmes commissions [qui] avaient torpillé la nomination de Goulard le mois dernier, soupçonnée d'avoir utilisé son assistant du Parlement européen pour du travail politique national, ainsi qu'à cause de préoccupations concernant son travail pour un think tank états-unien et la taille de son portefeuille", rappelle Politico, soulignant le contrôle rigoureux des eurodéputés. Pour "indiquer à quel point le chemin de la confirmation est étroit" pour Thierry Breton, Politico souligne que l'approbation de sa déclaration financière par la commission des Affaires juridiques du Parlement s'est jouée "à 12 votes contre 11".

"Prenant les devants d’éventuels soupçons, le Français a annoncé avoir cédé toutes ses parts dans son ancienne entreprise Atos, qu’il a quittée le 31 octobre, ainsi que dans son ex-filiale Worldline", indique Ouest-France. Des actions d'une valeur de 40 millions d'euros bruts au cours actuel pour la première et de 5,7 millions d'euros bruts pour la seconde. "Il a également promis de se mettre en retrait quand une entreprise avec laquelle il a passé des contrats à l’époque où il était ministre sera concernée par une décision de la Commission [européenne]", selon le quotidien régional.

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Une entrée en fonction sans le Royaume-Uni

Ces auditions sont vues par RFI comme "une session de rattrapage pour le futur collège des commissaires". Celui-ci "a déjà un mois de retard puisqu’il aurait dû entrer en fonction le 1er novembre si les candidats initiaux de la France, de la Roumanie et de la Hongrie n’avaient pas été recalés par le Parlement européen", rappelle le média.

La future Commission européenne devrait en tout cas faire sans la participation britannique. Dans une lettre adressée à la Commission européenne dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 novembre, l'ambassadeur britannique à l'UE Tim Barrow a annoncé que "le Royaume-Uni ne proposera pas de commissaire européen avant les élections nationales du 12 décembre", rapporte Politico. Si certains craignaient que ce scénario retarde davantage encore l'investiture de la Commission, cela ne devrait pas être le cas. Car parallèlement au courrier reçu de la part de Londres, "la prochaine présidente de la Commission européenne a obtenu un avis juridique selon lequel l’absence de commissaire britannique n’empêchera pas sa nouvelle équipe de prendre ses fonctions", fait savoir Le Monde avec l'AFP.

Le vote d'approbation de la nouvelle Commission européenne est toujours prévu pour le 27 novembre, et devrait mener à l'entrée en fonction du collège des commissaires le 1er décembre.

 

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