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[Revue de presse] Brexit : une semaine de tous les dangers pour Theresa May

Revue de presse 18.03.2019 Jules Lastennet

Le Brexit va-t-il connaître un report de longue durée ? Ce risque peut-il conduire les élus à finalement approuver l'accord de sortie de l'UE, après deux rejets massifs en janvier et mars ? C'est ce qu'espère Theresa May. Mais quoi qu'il arrive à la Chambre des communes cette semaine, elle devra convaincre ses homologues européens sur une prolongation de l'article 50, jeudi 21 et vendredi 22 mars à Bruxelles.

Theresa May avec, au deuxième plan à droite, Philip Hammond

Theresa May avec, au deuxième plan à droite, Philip Hammond - Crédits : Parlement britannique

"Une nouvelle semaine cruciale pour le Brexit", titre RFI. Ce n'est certainement pas la première fois qu'un média fait pareille annonce, mais à 11 jours de la date officielle de la sortie du Royaume-Uni de l'UE, l'idée conserve toute son actualité. Comme le rappelle la chaîne de radio, un troisième vote doit être organisé cette semaine à la Chambre des communes sur l'accord de sortie négocié par Theresa May et les Européens. A deux reprises, ce deal a déjà été massivement rejeté par les députés britanniques le 15 janvier et le 12 mars. Or, résume RFI, "le compte n'y est [toujours] pas" : la Première ministre "a besoin de convaincre 75 parlementaires supplémentaires pour l'emporter".

Offensive médiatique

Pour ce faire, Theresa May a publié, samedi 16 mars, une tribune dans le quotidien conservateur The Telegraph intitulée : "L'acte patriotique à faire pour les députés est de voter en faveur de mon accord sur le Brexit". En cas de nouveau rejet de l'accord par le Parlement, le pays pourrait "ne pas quitter l'UE pendant des mois, si ce n'est jamais", prévient-elle [L'Obs].

Pour Philip Hammond, ministre des Finances et fidèle de Mme May interrogé par la BBC, dans tous les cas le Brexit n'aura pas lieu le 29 mars "en raison de l'ampleur de la législation devant être approuvée d'ici là". Tandis qu'un troisième vote des parlementaires pourrait même ne pas avoir lieu dès le début de semaine comme initialement prévu, sauf "si nous sommes sûrs qu'un nombre suffisant de nos collègues sont prêts à le soutenir". Même son de cloche de la part de Liam Fox, ministre du Commerce, au micro de Sky News : il "serait difficile de justifier d’organiser un vote si on est sûrs de le perdre" [Courrier international].

Le but de cette triple sortie médiatique ? Faire pression sur les Brexiters et le Parti unioniste nord-irlandais pour qu'ils se rallient à l'accord de sortie. Car l'option du no deal ayant été théoriquement écartée par les députés le 13 mars, cet accord représente désormais la voie la plus sûre et la plus rapide vers une sortie effective du Royaume-Uni de l'UE. Dit autrement, "les règles du jeu ont changé", explique Esther McVey, députée britannique favorable au Brexit [The Guardian]. "Le choix est maintenant celui-ci : cet accord ou pas de Brexit du tout".

Ainsi Theresa May a-t-elle lancé un "ultimatum" aux parlementaires britanniques. "Soit ils approuvent le texte d'ici mercredi, et elle demandera aux dirigeants de l'UE un report du Brexit 'court, limité et technique', allant jusqu'au 30 juin. Soit ils le recalent de nouveau, et le report devra aller au-delà de cette date, qui marque la fin de l'actuel mandat du Parlement européen. Autrement dit, il impliquera que le Royaume-Uni organise des élections européennes en mai", synthétisent Les Echos.

Et la Première ministre d'enfoncer le clou : "l'idée que les Britanniques se rendent aux urnes pour élire des députés européens trois ans après avoir voté pour quitter l'UE est à peine supportable. Il ne saurait y avoir de symbole plus fort de l'échec politique collectif du Parlement", écrit-elle dans sa tribune [L'Obs].

Les Brexiters veulent marcher sur Londres

Dans ce contexte, indique la version britannique du Huffington Post (traduite par Courrier international), "la résistance à l’accord de Brexit de Theresa May pourrait être en train de s’estomper". Les élus britanniques, à l'instar d'Esther McVey, seraient désormais plus nombreux à penser que l'accord de sortie est aujourd'hui le seul moyen "de ne pas aller à l'encontre du vote démocratique du peuple" britannique [The Guardian].

La "lassitude", pour reprendre le mot du JDD, serait même telle qu'elle pourrait conduire le Parlement de Londres à renoncer au Brexit. "En tant que partisane du retrait de l'Union européenne, j'en suis venue à l'idée que si l'article 50 était révoqué, je me dirais que nous avons essayé de divorcer mais que ça n'a pas marché", a par exemple écrit, vendredi 15 mars, une membre pro-Brexit de la Chambre des lords. Selon Kenneth Clarke, figure majeure du Parti conservateur, le double rejet de l'accord de sortie par Westminster indique que ce dernier est "mort" et qu'il faut désormais envisager de renoncer à quitter l'Union européenne [Le JDD].

Révoquer l'article 50 n'est toutefois qu'une hypothèse. Et les Brexiters les plus farouches n'ont pas encore déposé les armes. En atteste la marche, lancée par Nigel Farage, ex-chef de file du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et aujourd'hui vice-président du mouvement europhobe Leave means Leave. "Bravant la pluie et la boue, des manifestants pro-Brexit se sont élancés samedi 16 mars de Sunderland, dans le nord-est de l'Angleterre, pour une longue marche vers Londres. Ils ont prévu d’atteindre la capitale britannique le 29 mars, date théorique de la sortie du Royaume-Uni de l'UE", relate France 24. "Le Parlement et le gouvernement pensent qu'ils peuvent nous marcher dessus mais on va marcher jusqu'à eux et leur dire que quelles que soient leurs ruses (...) on les battra encore", a ainsi scandé M. Farage à la foule.

"La majorité des protestataires est masculine et plutôt âgée, mais un peu tous les profils se côtoient : des électeurs conservateurs, quelques travaillistes, des soutiens du UKIP, le parti europhobe, quelques jeunes…", observe Eric Albert pour Le Monde depuis Middlesbrough, première ville étape. Le nombre de marcheurs est peu élevé, précise-t-il : seulement une cinquantaine ont prévu d'accomplir les 430 kilomètres de parcours, mais leur accueil est chaleureux et nourri. "Ils nous expliquent qu’on est trop idiots et qu’on ne savait pas pour quoi on votait. Et maintenant, ils vont repousser la date du 29 mars. Ma crainte est qu’ils vont encore la repousser après et que ça va finir par nous échapper complètement", lance Helen, favorable au Brexit. Marion, une marcheuse venue de Londres, se montre encore plus brutale : "l’UE est une organisation dont on ne peut pas sortir sans se faire tirer une rafale de mitraillette dans les genoux. Ça s’appelle une mafia".

Un Conseil européen sous pression

C'est donc dans un climat national partagé entre lassitude et ressentiment que Theresa May devra se rendre à Bruxelles, jeudi 21 et vendredi 22 mars, pour convaincre ses homologues européens d'approuver un report du Brexit. Et si la "pression" est évidemment très forte sur la Première ministre, elle l'est également sur les dirigeants de l'UE, expliquent Les Echos. Car si "aucun ne semble a priori prêt à opposer son veto à un report du Brexit, (…) ils restent divisés sur la longueur qu'il faut lui donner, et les conditions qu'il faut poser".

Une prolongation "courte et technique" à la suite d'un vote favorable des Communes cette semaine serait sans nul doute immédiatement approuvée. Mais une extension longue "serait inacceptable sans conditions", du moins pour la France. Paris serait dans ce cas de figure enclin à réclamer "un projet de nouveau référendum, des élections générales ou une modification des lignes rouges du Royaume-Uni sur la future relation qu'il souhaite entretenir avec l'Union", avancent Les Echos. Par ailleurs, dans un entretien au journal allemand à grand tirage Bild, le chef de cabinet d'Angela Merkel Helge Braun estime que certains pays, dont l’Italie, pourraient ne pas approuver cette prolongation de l’article 50 [Reuters].

Pour RFI, Bruxelles voudra dans tous les cas "envoyer un message, toujours le même d'ailleurs, à savoir que l'accord ne pourrait être renégocié, même en cas de changement de gouvernement".

Pour permettre enfin l'approbation de l'accord par les députés britanniques, Mme May pourrait aussi faire valoir, lors du Conseil européen, l'article 62 de la Convention de Vienne, qui précise les règles relatives aux traités internationaux, informe Politico. Ainsi le Royaume-Uni pourrait déclarer qu'en cas de "circonstances imprévues" qui surviendraient dans la mise en œuvre du backstop irlandais – la clause qui fait achopper le Brexit – le pays aurait la possibilité de ne plus l'appliquer. Pour le média européen, il s'agirait d'une manière aussi "créative" que "douteuse" sur le plan juridique, de surmonter le blocage des parlementaires. Le cas échéant, il faudra voir si les dirigeants européens seraient prêts à "fermer les yeux" sur cette manœuvre et si les Britanniques pourraient y croire.

Eléments de réponse tout au long de la semaine.


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