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[Revue de presse] Brexit : un no deal inévitable ?

Revue de presse 05.02.2019 Boran Tobelem

Face à l'absence d'accord avec les Britanniques sur les modalités de leur sortie de l'UE, qui doit intervenir le 29 mars, les responsables européens ne cachent plus leur exaspération. Lundi 4 février, une rencontre entre parlementaires britanniques et la Commission européenne n'a fait que confirmer l'impasse. De part et d'autre, les préparatifs en vue d'un no deal s'accélèrent.

Brexit - Crédits : duncan1890 / iStock

Brexit - Crédits : duncan1890 / iStock

Britanniques et Européens campent sur leurs positions

Il y a peu de temps encore, les récentes déclarations de certains officiels européens, marquées par un profond pessimisme, auraient été impensables. C'est notamment le cas de celle du secrétaire général de la Commission européenne Martin Selmayr. Celui-ci s'est exprimé sur Twitter après une rencontre lundi 4 février avec des députés britanniques à Bruxelles, qui visait à trouver une issue à l'impasse des négociations sur le Brexit : "La réunion a confirmé que l'UE avait bien fait d'entamer ses préparatifs en vue d'un Brexit sans accord", a-t-il lancé [Le Point avec l'AFP].

Le principal point de blocage reste le même : le backstop, qui prévoit de maintenir temporairement le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE.

Brexique : le lexique du Brexit

Le 29 janvier, les députés britanniques ont exclu, par amendement, toute possibilité de ratifier un accord de sortie comprenant un tel backstop. Mais alors que la Première ministre britannique Theresa May pourrait aller à Bruxelles dans la semaine pour trouver une alternative, les Européens ont, encore une fois, fait part de leur intransigeance [Euractiv].

Brexit : les parlementaires britanniques ne veulent "ni backstop", ni "no deal"

"Entente totale sur le fait que l’accord de retrait ne peut être rouvert à la négociation. Le backstop est la seule solution opérationnelle pour régler aujourd’hui la question de la frontière irlandaise", a ainsi affirmé le négociateur en chef du Brexit pour l'UE Michel Barnier après une rencontre lundi 4 février avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Il a cependant ajouté que "l’UE [était] prête à travailler à des solutions alternatives [au backstop] durant la période de transition" [L'Opinion avec l'AFP].

La chancelière allemande Angela Merkel, elle, a fait preuve d'un peu d'optimisme : elle a estimé au cours d'une visite à Tokyo que "nous pouvons encore parvenir à un accord dans les temps si tout le monde fait preuve de bonne volonté", cite Le Figaro (avec Reuters). Mme Merkel ne propose pour autant pas de solution concrète pour atteindre cet objectif.

Accélération des préparatifs en vue d'un no deal

La perspective d'une sortie brutale du Royaume-Uni inquiète donc de plus en plus de part et d'autre de la Manche et nombreux sont ceux à prendre leurs dispositions quant à cette éventualité.

Un des exemples les plus marquants de cette profonde crainte est la décision du constructeur automobile Nissan de renoncer à produire son modèle crossover X-Trail dans la ville de Sunderland en Angleterre. En cause : la perspective d'un no deal qui lui empêcherait d'avoir accès au marché unique européen. Le crossover X-Trail sera finalement produit sur l'île de Kyushu au Japon, alors que l'accord de libre-échange conclu par ce pays avec l'UE (JEFTA) est  entré en vigueur le 1er février 2019.

Paradoxalement, la ville abritant l'immense usine Nissan employant plus de 7 000 personnes pour 500 000 voitures produites par an avait voté à 61% pour le Brexit en 2016, fait savoir RFI. Le média rapporte également que plusieurs grands groupes tels que Airbus, Sony, Land Rover ou encore Jaguar ont tous prévenu qu'ils prendraient des "décisions très douloureuses" à l'instar de celle de Nissan si un Brexit sans accord avait lieu.

Côté français, la pêche pourrait sérieusement pâtir d'un no deal, expliquent Les Echos. Le président du Comité national des pêches (CNPEM) Gérard Comiti, cité par le quotidien, avertit des "conséquences catastrophiques sinon dévastatrices pour l'activité tant de l'amont que de l'aval", dans une lettre au ministre de l'Agriculture Didier Guillaume. Le Royaume-Uni ne serait par exemple plus tenu par les exigences de quotas de pêche de l'UE, ce qui aurait un impact négatif sur la moitié de la pêche de l'Hexagone, selon le CNPEM.

L'Etat français et les régions accélèrent à ce titre les préparatifs dans l'éventualité d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord. Comme en Bretagne, où 500 entreprises importent ou exportent outre-Manche, mentionne par exemple Ouest-France. Un numéro vert local et des réunions ont été mis en place pour informer et répondre aux inquiétudes des patrons bretons, qui, n'ayant connu qu'une situation de marché commun, n'ont pas d'expérience des modalités de commerce avec les pays tiers.

Le no deal inquiète même à Buckingham Palace : un plan d'évacuation de la reine Elisabeth II, datant de la Guerre froide, a été remis en place. Il consisterait à exfiltrer la souveraine et sa famille si des émeutes se produisaient à la suite d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord, rapporte L'Express. Il est "très peu probable" qu'Elisabeth II en ait besoin, selon un responsable de Scotland Yard ancien directeur à la protection de la Royal Family, interrogé par le quotidien britannique The Times et cité par L'Express. Mais cela est un bon indicateur d'un no deal de plus en plus probable. Car s'il y a bien un sujet que l'on prend au sérieux au Royaume-Uni, c'est la reine !

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