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[Revue de presse] Brexit : un accord est trouvé... sera-t-il ratifié ?

Revue de presse 14.11.2018 Marie Guitton

Le gouvernement britannique a annoncé, mardi 13 novembre à Bruxelles, qu'un accord sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne avait été trouvé. Ce dernier éviterait la réinstauration d'une frontière physique entre les deux Irlande. Mais dans l'entourage de Theresa May, le compromis obtenu ne convainc ni les hard-brexiter, ni les pro-Européens… La Première ministre pourrait donc avoir du mal à obtenir une approbation de ses ministres et du Parlement.

Pour éviter le "no deal", Theresa May doit maintenant convaincre ses ministres et le Parlement britannique - Crédits : Number 10 / Flickr

Pour éviter le "no deal", Theresa May doit maintenant convaincre ses ministres et le Parlement britannique - Crédits : Number 10 / Flickr

Les Britanniques s'approcheraient-ils de la sortie du tunnel ? "On s’excite pour un rien ces derniers temps à Londres, mais presque deux ans et demi après le référendum sur la sortie de l’Union européenne, le gouvernement britannique a confirmé mardi en fin d’après-midi qu’un accord [de sortie de l'UE] avait enfin été trouvé à Bruxelles", écrit Libération.

Les responsables européens, prudents, restent avares en informations. Les détails sur les conditions du divorce n'ont pas encore été dévoilés. Mais plusieurs sources diplomatiques confirment dans la presse "un accord technique". Et "la question de la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord aurait été réglée, ce qui permettrait d'éviter le retour à une frontière physique", précise RFI.

Brexit : quelles conséquences sur les deux Irlande ?

Londres avait écarté la proposition du négociateur européen Michel Barnier, consistant à maintenir l'Irlande du Nord dans l'union douanière européenne pour éviter la mise en œuvre de contrôles douaniers à la frontière avec la République d'Irlande. Les Britanniques ont plutôt proposé ces derniers jours que tout le Royaume-Uni bénéficie de ce "filet de sécurité" (backstop en anglais), afin de ne pas couper en deux son propre marché intérieur.

Après vingt mois de négociations ardues, "Bruxelles a accepté [cette option], malgré les réticences de certains États membres, dont l'Irlande, qui y voient un régime de faveur pour un pays tiers", observe Le Figaro. Pour ce journal, "l'heure de vérité sur le Brexit est [donc] arrivée, 873 jours après le référendum".

Brexit : tous les événements depuis le référendum

Londres resterait dans "le giron de l'Union"

Dans un tweet repris par France24, un journaliste de la chaîne irlandaise RTE, "qui cite deux sources gouvernementales", affirme plus précisément que cet accord de sortie "aura la forme d'un arrangement douanier pour tout le Royaume-Uni avec des dispositions 'plus profondes' pour l'Irlande du Nord en termes douaniers et réglementaires".

Outre les points déjà réglés comme le montant restant dû par Londres à l'UE (45 milliards d’euros environ), "le texte consacre une version du Brexit qui maintient Londres dans le giron de l’Union pendant des années et reporte à plus tard la question cruciale des relations économiques à long terme", rapporte de son côté le journal Le Monde.

Mais "la suite n'est pas écrite", prévient le quotidien : Theresa May doit encore convaincre ses ministres, très divisés sur ce sujet, et le Parlement britannique d'accepter le texte de l'accord.  

"La première épreuve, l’agrément du gouvernement, est prévue [dès ce] mercredi 14 novembre". Après avoir été convoqués un par un mardi soir à Downing Street, les ministres britanniques doivent se réunir en conseil extraordinaire à 15 heures (heure de Paris), afin d'approuver ou non le texte de plusieurs centaines de pages.

Convaincre les ministres et le Parlement : un parcours du combattant

Theresa May pourrait être tentée de présenter ce généreux filet de sécurité "comme une concession majeure arrachée aux Européens", mais elle "marche sur des œufs", résume Le Figaro, qui précise que l'UE trouve finalement son compte dans cette solution "sur le plan commercial".

"En contrepartie du maintien dans l’union douanière, Theresa May a accepté que son pays continue de respecter les règles européennes en matière sociale, fiscale, environnementale et d’aide de l’Etat", relève Le Monde. Or il y a quelques jours, la démission du secrétaire d’Etat aux transports, le proeuropéen Jo Johnson, "a mis en lumière la menace d’une coalition d’oppositions contradictoires contre Mme May : d’un côté les ministres proeuropéens qui considèrent que l’accord maintient Londres dans l’orbite de l’UE mais sans voix au chapitre ; de l’autre les brexiters qui dénoncent le maintien de liens forts avec l’Union alors qu’ils veulent larguer totalement les amarres".

Seule la menace d'un "no deal", une sortie sans accord aux conséquences économiques potentiellement catastrophiques, pourrait donc "arracher" cet après-midi l'approbation du cabinet britannique. Bruxelles organiserait alors un sommet extraordinaire le 25 novembre, pour que Londres signe son contrat de séparation avec les Vingt-Sept… et afin de laisser le temps à Theresa May de faire passer la pilule auprès du Parlement britannique avant Noël.

Les unionistes d'Irlande du Nord soutiendront-ils Theresa May ?

Ce sera sans doute une étape encore plus difficile. Car "d'ores et déjà, plusieurs députés ardents brexiters ont fait part de leurs 'profondes inquiétudes' devant un texte qui pourrait d’après eux 'piéger' le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE", prévient RFI. Boris Johnson, "hard-brexiter" et ancien ministre des Affaires étrangères, "a d’emblée déclaré [mardi] soir qu’il voterait contre le texte" au Parlement.

De la même manière, le numéro 2 du Parti unioniste démocrate (DUP) d'Irlande du Nord "a affirmé que si l'accord signifiait que les lois étaient fixées à Bruxelles, alors le texte devenait inacceptable", relate France24 avec Reuters. "Or, avec dix députés à la Chambre des communes, le DUP est indispensable à la majorité parlementaire de Theresa May depuis son échec cinglant aux législatives anticipées de juin 2017".

L'ébauche d'accord trouvée mardi n'est que "le premier acte d'une pièce à suspense", note donc La Croix. "Un pas supplémentaire et significatif vers le Brexit, mais seulement un pas", souligne Libération. "Il va falloir à présent transformer l'essai, et au vu de la situation politique interne au Royaume-Uni, la tâche s'annonce des plus ardues", abonde France24, qui rapporte même les propos de Vincent Cable, le chef de file des Libéraux Démocrates interrogé par la BBC : "Tout ce que nous savons, c'est qu'au vu des opinions des différentes personnalités du spectre politique, un accord de ce genre ne sera pas adopté."

"Si l’accord est finalement adopté, il devra aussi être soumis au vote du Parlement européen de Strasbourg", précise Libération. Mais mardi, la Commission européenne a bel et bien pris ses précautions :  en parallèle des annonces britanniques, l'exécutif européen a publié "des informations détaillées sur un scénario d’urgence en cas d’absence d'accord avec le Royaume-Uni". De mesures pourraient ainsi être prises afin d'en limiter les conséquences "pour les questions liées à la résidence et aux visas, aux services financiers, au transport aérien, aux douanes, aux règles sanitaires et phytosanitaires, au transfert de données à caractère personnel et à la politique climatique".