Derniers articles publiés

[Revue de presse] Brexit : la course aux voix est lancée

Revue de presse 30.10.2019 Léo Lictevout

A Westminster, la proposition de Boris Johnson d'organiser de nouvelles élections générales a finalement remporté une victoire écrasante dans la soirée du 29 octobre. Si le Premier ministre britannique espère regagner une majorité après le scrutin, prévu le 12 décembre, l'incertitude demeure sur l'avenir de la saga du Brexit.

Boris Johnson à la tribune du congrès du parti conservateur, en 2011 - Crédits : Andrew Parsons / Flickr BackBoris2012 Campaign Team CC BY-ND 2.0

Boris Johnson à la tribune du congrès du parti conservateur, en 2011 - Crédits : Andrew Parsons / Flickr BackBoris2012 Campaign Team CC BY-ND 2.0

"C’est la quatrième fois que le Premier ministre Boris Johnson, arrivé au 10 Downing Street en juillet, tentait d’obtenir ce vote", rappelle Courrier International. Et il l'a obtenu, mardi 29 octobre dans la soirée, avec "une majorité écrasante de 438 voix pour (20 contre) à la Chambre des Communes", précise L'Express avec l'AFP. A l'origine de ce revirement, l'adhésion successive des Libéraux-démocrates et du Labour à un renouvellement de la Chambre des communes, depuis le début de la semaine.

Des élections générales anticipées se tiendront donc le 12 décembre prochain au Royaume-Uni. Du moins si les Lords, qui se prononcent aujourd'hui, vont bien dans le même sens que les députés. Ce serait ainsi "la troisième fois en trois ans" que les Britanniques seront appelés aux urnes, "sans compter les européennes de mai", commente Le Monde.

A travers ce scrutin, "Boris Johnson espère retrouver une majorité" qui lui permettrait de faire valider l'accord de sortie qu'il a négocié avec l'UE, explique L'Express, lui qui a été contraint de réclamer un report de l'échéance au 31 janvier 2020.

Mais si les différents partis s'organisent déjà en vue des cinq semaines de campagne électorale, "rien n’est joué d’avance, dans un pays profondément divisé et lassé du Brexit", analyse Le Monde. Plus de trois ans après le référendum, le bouleversement des équilibres politiques et l'incertitude autour des enjeux de la campagne font peser le suspense sur le résultat du scrutin.

Des concessions et une première victoire pour Boris Johnson

Le Premier ministre a dû offrir des concessions pour faire approuver la tenue de nouvelles élections, qui avait été refusée dans un premier temps lundi 28 octobre. Il "s'est en effet engagé à ne pas resoumettre aux députés, avant la dissolution du Parlement, l'accord de divorce négocié avec l'UE", explique L'Express. Ce qui "a suscité quelques toussotements dans les rangs conservateurs" [Le Figaro] : il s'agit en effet d'une main tendue à l'opposition travailliste, qui attendait d'obtenir "l'assurance qu'il n'y aurait pas de Brexit avant les élections" avant d'entériner le retour aux urnes [L'Express].

Toutefois, cette entente n'a pas non plus fait l'unanimité au sein de l'opposition : une élection générale serait ainsi de la "pure folie" pour le député travailliste Barry Sheerman [The Independent].

Mais Boris Johnson a surtout obtenu l'aval des Libéraux-démocrates. Alors que le parti centriste n'a "quasiment aucune chance de l’emporter", d'après Le Monde, ce soutien à "un scrutin pouvant doter Boris Johnson d’une majorité lui permettant de réaliser le Brexit" [Le Figaro] est apparu d'autant plus surprenant que le parti Lib Dems souhaite "annuler purement et simplement le divorce avec l’Union européenne" [Le Monde].

Quoi qu'il en soit, Boris Johnson a ainsi pu faire passer sa motion en esquivant "deux amendements [qui] risquaient (…) de semer la zizanie. L'un pour permettre aux jeunes de voter dès 16 ans et non 18. L'autre pour ouvrir le droit de vote aux Européens résidant outre-Manche", ajoutent Les Echos.

"Il a utilisé à son profit la lassitude et le désespoir des partis d’opposition pour réaliser l’avancée électorale qu’il poursuivait", résume El País, repris par Courrier International.

La campagne est déjà en route

"Le Parlement sera dissous le 6 novembre" [Le Figaro], et ce n'est qu'après cette date que s'ouvrira la campagne officielle.

Mais les partis anticipent déjà cette étape et clarifient leurs positions pour ce scrutin, qui "s’annonce comme un mini-référendum sur le Brexit", explique Le Temps, cité par Courrier International.

Jeremy Corbyn, le leader du Labour, "compte bien pousser la feuille de route travailliste – fin de l’austérité, de la crise du logement, etc." et promet "d’aller renégocier à Bruxelles le traité, puis de le soumettre à un deuxième référendum" [Le Monde], alors même que les Européens "[ont exclu] toute renégociation de l'accord", rappelle L'Express.

Les plus farouches opposants au Brexit, eux, cherchent à "maximiser leurs chances" [The Guardian] : "les Libéraux-démocrates, Plaid Cymru [le parti nationaliste gallois] et le parti Vert s'apprêtent à dévoiler un pacte électoral dans lequel les partis laisseraient certaines circonscriptions aux autres", poursuit le journal britannique. Ils espèrent ainsi ravir des sièges aux conservateurs et aux travaillistes. "Les lib-dems ont compris que (…) le 'deal' de Johnson risquait de passer avec des voix du Labour.(…) Ils espèrent profiter de la mauvaise passe du Labour et de sa position ambiguë sur le Brexit", explique Le Figaro. De l'autre côté, "le SNP (Parti national écossais) espère voler des voix à des conservateurs qui veulent de facto faire sortir l’Écosse malgré elle de l’UE", et réclame un nouveau référendum d'indépendance.

Boris Johnson, quant à lui, "prévoit de mener une campagne sur le thème du 'peuple contre le Parlement'", rapporte Courrier International en citant le Times. Il basera sa campagne sur celle du "Vote Leave" en 2016, "avec un fort accent sur les réseaux sociaux", révèle The Guardian. "Il est clair que les conservateurs se préparent à une élection générale depuis l'été", poursuit le journal. "Déjà en campagne, Boris Johnson a proposé, mardi soir, à dix élus conservateurs modérés exclus du parti début septembre de revenir dans le giron tory".

L'incertitude demeure

Si les conservateurs sont donnés favoris par les sondages, avec "36 % des voix, contre 25 % aux travaillistes", rapporte Le Monde, ce soutien actuel "ne se traduira pas nécessairement dans les urnes en décembre", souligne Courrier International. Difficile en effet d'y voir clair : "la volatilité de l’électorat est désormais considérable", analyse Simon Usherwood, politiste à l’université du Surrey [Le Monde].

Face à cette incertitude, Boris Johnson pourrait donc assurer ses arrières et accepter la main tendue du Brexit party de Nigel Farage, qui "espère faire une percée sur les terres travaillistes" [The Guardian].

Il est capital, pour le Premier ministre, d'assurer une majorité : "le cauchemar serait que le 13 décembre au matin, les Britanniques se réveillent de nouveau avec un 'hung parliament'" dépourvu de majorité [Le Monde] 

Quel que soit le résultat, il s'agit pour le Times des "élections les plus importantes depuis l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher". Pour la BBC, également citée par Courrier International, "ce qu’il adviendra du Brexit dépendra du résultat de ces élections".

 

LES AUTRES SUJETS DU JOUR

Brexit

Egalité

Espagne

Histoire

Institutions

Russie

Sécurité