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[Revue de presse] Brexit : "l'Opération Yellowhammer" révèle un scénario inquiétant en cas de no deal

Revue de presse 12.09.2019 Baptiste Roman

Comme l'y obligeait une motion votée la semaine dernière au Parlement, le gouvernement britannique a dû révéler ses documents secrets évaluant l'impact d'un Brexit sans accord. Au programme : des pénuries importantes, un trafic frontalier fortement ralenti et même des risques d'émeutes. Dans le même temps, la justice écossaise a conclu que la suspension du Parlement, ordonnée par le Premier ministre Boris Johnson, était illégale.

Un Brexit sans accord pourrait fortement perturber le trafic commercial sous la Manche - Crédits : Daniel T. Hulse / iStock

Un Brexit sans accord pourrait fortement perturber le trafic commercial sous la Manche - Crédits : Daniel T. Hulse / iStock

C'est un "coup de tonnerre. Encore un", déclare Courrier International. Mercredi 11 septembre, contraint par une motion votée au Parlement avant sa suspension, le gouvernement a publié ses documents relatifs aux conséquences d'une sortie de l'Union européenne sans accord, appelés "Operation Yellowhammer". Ce rapport révèle un "scénario particulièrement inquiétant", selon France info avec l'AFP, mais surtout "souligne l'état d'impréparation du royaume face aux périls qui le guettent le 31 octobre, en cas de sortie de l'UE sans accord", complète Le Figaro avec l'AFP et Reuters.

De graves pénuries attendues

La presse relève différents désordres et pénuries prévus par le gouvernement britannique, en particulier concernant la nourriture, le carburant et les médicaments [The Independent]. La BBC évoque en particulier une diminution de la disponibilité de produits frais, ainsi qu'une hausse des prix concernant la nourriture et le carburant. "Les personnes avec les plus faibles revenus seront disproportionnellement affectées [par ces hausses de prix]", souligne le média britannique. Quant aux médicaments et fournitures médicales, ils pourraient connaître "des perturbations pouvant durer jusqu'à six mois".

L'une des raisons de ces perturbations se trouve notamment au niveau du passage des frontières. En effet, "la traversée de la Manche risque d'être singulièrement perturbée en cas de Brexit sans accord, avec un trafic potentiellement réduit de 40 % à 60 %", relève France info avec l'AFP. "Entre 50 % et 85 % des poids-lourds voyageant par le tunnel sous la Manche ne seraient pas prêts pour les douanes françaises", poursuit The Times, ajoutant que le manque d'espace dans les ports français ne permettrait pas d'améliorer la situation. Les camions pourraient ainsi attendre plus de deux jours pour traverser la Manche [BBC]. Selon Le Monde (avec l'AFP), "ces engorgements pourraient durer au moins trois mois, avant que le trafic des camions s’améliore (un peu)".

La France n'est pas le seul pays concerné, puisque l'Espagne possède aussi une frontière terrestre avec le Royaume-Uni au niveau du territoire de Gibraltar. Là aussi, le trafic devrait être affecté "en raison de la mise en place de contrôles douaniers à sa frontière avec l'Union européenne", complète Le Figaro (avec l'AFP et Reuters). La frontière irlandaise est également au cœur des préoccupations, les documents faisant était d'un risque important de retour d'une démarcation "dure" [The Guardian]. Un scénario redouté en raison de la guerre ayant ravagé le Nord de l'Irlande il y a tout juste vingt ans.

Les documents révèlent par ailleurs que ces perturbations pourraient mener à des mouvements de mécontentement, "voire des émeutes" [France info avec l'AFP]. Le gouvernement britannique craint enfin des échauffourées "si des bateaux de pêche étrangers entrent dans les eaux territoriales britanniques le lendemain du départ du Royaume-Uni", informe la BBC.

Des réactions sévères

"Il s'agit plus d'un plan d'urgence en réaction à une guerre ou une catastrophe naturelle", réagit Andy McDonald, secrétaire aux transports dans le cabinet fantôme travailliste, au micro de la BBC. "Et nous faisons ça volontairement", déplore-t-il. "Boris Johnson écrase le bateau contre les rochers", continue l'élu Labour, "mais il a un gilet de sauvetage, alors que les travailleurs non".

Pour Keir Starmer, secrétaire au Brexit du même cabinet : "Boris Johnson doit maintenant admettre avoir été malhonnête avec le peuple britannique sur les conséquences d'un Brexit sans accord" [The Times].

De nombreux observateurs font enfin le lien entre ces documents officiellement révélés par le gouvernement, et ceux ayant déjà fuité en août 2019. Ces nouveaux documents datent justement du 2 août, soit "juste une semaine après l'arrivée de Boris Johnson comme Premier ministre", note The Times. "Le document Yellowhammer est quasiment identique à la version révélée par le Sunday Times le mois dernier", conclut la BBC. Seule différence notable, le document précédent présentait ces hypothèses comme un "scénario de base", tandis que la version actuelle mentionne des "hypothèses de planification raisonnables dans le pire des cas" [The Times].

L'autre point d'achoppement suivant ces révélations concerne les discussions privées entre le Premier ministre Boris Johnson et ses conseillers, qui auraient aussi dû être publiées, selon la motion du Parlement. Mais pour Michael Gove, ministre chargé de la préparation au no deal, "révéler les détails de ces messages privés risquerait de briser la loi sur la protection des données personnelles et des droits humains" [The Independent].

Les juges écossais se prononcent contre la suspension du Parlement

Dans le même temps, l'actualité politique britannique est secouée par les conclusions de trois juges écossais, convoqués sur la légalité de la suspension du Parlement. Cette suspension, demandée par Boris Johnson, et qui doit durer pour cinq semaines depuis lundi 9 septembre jusqu'au 14 octobre, a provoqué un tollé parmi les élus de l'opposition ainsi que du camp conservateur.

L'affaire avait été portée devant la juridiction écossaise par un groupe de 78 députés opposés au Brexit, explique The Times. Et selon le verdict rendu le 11 septembre, "la manœuvre du Premier ministre britannique était motivée principalement par une volonté de 'faire obstacle au Parlement" [Courrier International]. Celle-ci est donc considérée comme illégale par la plus haute juridiction civile d'Ecosse. Toutefois, c'est la Cour suprême, à Londres, qui doit rendre une décision définitive, attendue le 17 septembre, rappelle la BBC.

Celle-ci doit aussi statuer prochainement sur la décision de la Haute Cour de Londres, qui a quant à elle rejeté un cas similaire amené par la militante anti-Brexit Gina Miller [The Times]. Mais elle aura l'obligation de s'appuyer sur le droit écossais pour juger de la décision de la cour écossaise, et sur le droit anglais dans le cas de la cour londonienne. "La situation pourrait alors devenir ubuesque, avec une suspension du Parlement jugée légale en vertu du droit anglais et illégale selon le droit écossais", résume Courrier International.

 

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