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[Revue de presse] Autriche : l'extrême droite vacille à quelques jours des élections européennes

Revue de presse 20.05.2019 Steven Kakon

Emporté par un scandale de collusion avec la Russie, le vice-chancelier autrichien et patron de l'extrême droite dans le pays, Heinz-Christian Strache, a démissionné de ses fonctions, samedi 18 mai. Le Premier ministre Sebastian Kurz a également annoncé la dissolution de sa coalition avec l'extrême droite, entraînant ainsi l'organisation d'élections législatives anticipées à l'automne. Le coup est également dur pour les partis europhobes, réunis le même jour à Milan en vue d'afficher leur unité à quelques jours des européennes.

Le vice-chancelier autrichien démissionnaire Heinz-Christian Strache - Crédits : Flickr / CC BY-NC-ND 2.0

Le vice-chancelier autrichien démissionnaire Heinz-Christian Strache - Crédits : Flickr / CC BY-NC-ND 2.0

Scandale d'Ibiza

"Voilà, c’est fini", titrait samedi le Kronen Zeitung, quotidien autrichien repris par Libération. Le vice-chancelier et patron de l'extrême droite autrichienne (FPÖ) Heinz-Christian Strache a en effet été contraint de démissionner, samedi 18 mai, après des révélations de collusion avec un oligarque russe, relate Franceinfo.

Les images, prises par des caméras cachées "réparties dans la villa d'Ibiza où s'est tenue la scène en 2017" [Libération], montrent le président du FPÖ "négocier avec la pseudo-nièce d'un oligarque russe, des marchés publics autrichiens en échange d'un soutien financier" [RTL]. Il discute de la "meilleure façon de financer de manière occulte le FPÖ et de racheter un média autrichien puissant", précise Le Monde.

Révélé vendredi 17 mai par deux journaux allemands - le Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel - le rendez-vous d'Ibiza "était en fait un coup monté pour piéger le patron du FPÖ" trois mois avant les législatives d'octobre 2017, fait savoir le média belge RTBF sans préciser pourquoi l'affaire n'a alors pas éclaté. Les médias, qui seraient en possession d'une bande de "presque sept heures", affirment également ne pas savoir qui en est l'auteur [Libération].

Samedi midi, Heinz-Christian Strache a annoncé sa démission lors d'une allocution devant la presse à Vienne. "J'ai fait une erreur", a-t-il reconnu, cité par RTL. Peu de temps après, dans la même journée, le chancelier conservateur Sebastian Kurz a déclaré "arrêter sa collaboration gouvernementale avec le FPÖ", qui avait débuté en décembre 2017, relate Libération. "Dimanche midi, le président de la République, l'ancien écologiste Alexander Van der Bellen confirmait la tenue d'élections anticipées, possiblement en septembre", ajoute le quotidien.

"Il était difficile pour le chancelier de continuer à partager le pouvoir avec cet allié encombrant", relate Franceinfo. "Durant les 18 mois de coalition […] les dérapages à caractère xénophobe, homophobe ou néonazi se sont enchaînés à un rythme quasi-hebdomadaire, impliquant des cadres et des membres du FPÖ, qui les a toujours qualifiés de faits isolés", note à son tour La Croix.

La réunion des extrêmes droites contrariée

Le scandale a par ailleurs connu un retentissement immédiat dans le reste de l'Europe. En effet, à quelques jours des élections européennes, une douzaine de partis nationalistes et europhobes, incluant le Rassemblement national (RN), se réunissait à Milan samedi 18 mai, à l'initiative du ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, rapporte le Huffington Post.  L'objectif ? "édifier un 'supergroupe' au Parlement de Strasbourg après le 26 mai", poursuit le média.

Or le FPÖ est un allié de la première heure de Matteo Salvini et de Marine Le Pen. Les révélations dont il fait l'objet et son absence contrainte du meeting ont ainsi "terni" le rassemblement des nationalistes européens, note Franceinfo. En catastrophe, l’eurodéputé Harald Vilimsky, tête de liste du parti autrichien pour les européennes, s'est vu dans l'obligation de renoncer à son déplacement à Milan, rapporte la RTBF.

Une base d'électeurs qui reste fidèle

A une semaine des élections européennes, cette affaire "intervient dans un contexte tendu pour la coalition autrichienne, Sebastian Kurz se voyant de plus en plus reprocher son alliance avec un parti régulièrement impliqué dans des dérapages extrémistes", écrit la RTBF. "Les sondages d’opinions montrent toutefois que l’électorat du chancelier ne le tient pas comptable des scandales du FPÖ", décrypte Le Monde.

Il en va de même s'agissant du parti d'extrême droite, qui accuse certes un coup dur, mais "reste bien ancré dans le pays", prévient Libération. Pour le politologue Peter Filzmaier, cité par le journal, "la dernière heure" du FPÖ n’a donc "pas encore sonné". Qu'il s'agisse des européennes ou des législatives à venir, "on ne sait pas l’effet que la vidéo va avoir sur les résultats électoraux", conclut-il.

Marine Le Pen s'est d'ailleurs exprimée pour tâcher d'en minimiser l'importance. "Je trouve étonnant que cette vidéo, qui semble-t-il a deux ans, sorte aujourd'hui à quelques jours de l'élection [européenne]", a réagi la dirigeante du RN, citée par RTL."Quel que soit ce que l'on peut reprocher aux uns et aux autres, et quelle que soit la véracité de ces accusations [reconnues par M. Strache], cela ne fait pas disparaître le fait qu'un quart des Autrichiens souhaitent refuser l'immigration dans le pays", a-t-elle ajouté.

La République en marche n'a en tout cas pas manqué l'occasion d'attaquer le RN pour ses liens avec le FPÖ ainsi qu'une autre personnalité étrangère sulfureuse : Steve Bannon [RTL]. L'ancien conseiller de Donald Trump était en effet à Paris le 17 mai et "s'est mis au service de Marine Le Pen pour lui faire gagner les élections", indique le JDD.

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