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Retraites : quels systèmes chez nos voisins européens ?

Carte et comparatif 30.07.2019 Marianne Lazarovici

Le calcul des droits à la retraite est différent d'un pays à l'autre de l'UE. Alors que la France tente de réformer son système, Toute l'Europe fait le point sur les modèles en vigueur.

Modes de calcul, âge de départ, procédures administratives, régimes spéciaux… la retraite est, pour beaucoup d'Européens, un véritable casse-tête. Et dans l'UE, on trouve aujourd'hui à peu près autant de régimes que d'Etats.

Comment les retraites sont-elles financées ?

Au départ, on distingue deux grands types d'organisation des retraites : le modèle dit "bismarckien" et le modèle "beveridgien".

Le premier, né en Allemagne, est basé sur le principe de "contributivité" : chaque ancien travailleur touche une retraite en fonction de ce qu'il a cotisé au cours de sa carrière. Les pensions sont généralement gérées par les partenaires sociaux (syndicats de salariés et organisations patronales).

Le second modèle, né en Angleterre, s'appuie sur les principes de solidarité et de "redistributivité" : il repose sur une couverture universelle organisée par l'Etat et financée par les impôts.

Aujourd'hui, tous les pays européens ont adopté des systèmes mixtes, même si ces derniers peuvent encore pencher davantage d'un côté que de l'autre : les retraites sont à la fois financées par les revenus des travailleurs et par l'Etat, qui garantit un revenu minimum aux plus démunis (c'est le cas en France depuis 1956).

S'agissant des contributions des travailleurs pour financer les retraites, elles sont principalement organisées de deux manières :

  • La retraite par répartition s'articule autour de l'idée de "pacte générationnel" : ce sont les cotisations des actifs qui financent les pensions des retraités.
  • Au contraire, dans un système par capitalisation, chaque employé met de l'argent de côté pour sa propre retraite.

Tous les Etats de l'UE ont adopté un système par répartition, complété de manière obligatoire ou facultative par une retraite par capitalisation.

En France, comme dans beaucoup d'autres Etats européens, la retraite s'appuie donc sur plusieurs régimes à la fois, qui forment trois piliers :

  • le régime de base, financé par répartition et obligatoire ;
  • le régime complémentaire obligatoire, financé par capitalisation ;
  • et les régimes supplémentaires facultatifs (obligatoires pour certaines professions libérales et dans certaines entreprises).

Comment les pensions sont-elles calculées ?

Il existe trois manières principales de calculer le montant des pensions de base touchées par les retraités européens : le régime en annuités, les retraites à points et les "comptes notionnels".

La formule mathématique varie selon l'option retenue, mais de façon générale, "l'effort contributif" (la durée du travail et les revenus) et l'âge de départ à la retraite (ou âge de liquidation) de l'ancien travailleur sont pris en compte pour calculer ses droits à la retraite.

  • Le régime en annuités concerne, en ce qui concerne uniquement le régime de base, seize Etats membres de l'Union européenne, dont le Royaume-Uni et la France. Le calcul dont il résulte dépend de trois facteurs : le salaire de référence (qui peut être le dernier salaire ou le salaire des meilleures années de carrière par exemple), la durée de cotisation (nombre d'années ou de trimestres travaillés) et le taux d'annuité (ou taux de liquidation, maximal lorsque le retraité remplit une double condition d’âge et de durée totale validée).
  • Le système de retraite à points s'appuie sur les cotisations versées au fil de la carrière, converties en points. Ainsi, le montant de la retraite dépend du nombre de points accumulés, du "prix" attribué à chaque point (déterminé chaque année par les partenaires sociaux en France) et de l'âge de départ. On retrouve ce système dans cinq Etats membres de l'UE dont l'Allemagne (régime de base), mais aussi en France pour les retraites complémentaires.
  • Les comptes notionnels sont quant à eux présents dans cinq  Etats membres, dont l'Italie et la Suède. Les actifs accumulent un capital "virtuel" qui correspond à la somme des cotisations versées. Lors du départ à la retraite, ce capital leur est reversé suivant un coefficient de conversion qui prend en compte leur espérance de vie au moment de leur départ et le taux de revalorisation.

Toutefois, même lorsqu'ils appliquent le même mode de calcul de base, le montant final des pensions touchées par les retraités peut être très différent d'un pays à l'autre de l'UE. Par exemple, l'Etat peut choisir de majorer le montant des pensions en fonction du nombre d'enfants, ou bien de l'indexer sur l'augmentation des salaires ou des prix.

De même, les âges légaux de départ à la retraite diffèrent dans plusieurs Etats et peuvent être assortis d'un système de bonus/malus (surcote/décote) encourageant les individus à travailler plus longtemps.

L'âge légal de départ à la retraite dans l'Union européenne

En outre, certains pays comme la France cumulent plusieurs régimes de retraites différents selon les corps de métiers (régime général pour les salariés du privé, régimes spéciaux pour les fonctionnaires, commerçants, exploitant agricoles...). Il en existe actuellement plus de 40 en France. Par exemple, les indépendants cotisent selon un système par points.

Enfin, les Etats membres peuvent aussi avoir recours à des régimes complémentaires. En France, si le régime de base repose sur un système par annuités, les retraites complémentaires des salariés du privé reposent aussi sur un système à points.

Retraites : la réforme du système français encouragée par l'Union européenne

Quelles différences entre systèmes ?

Ces trois systèmes présentent une différence majeure : le système par annuités est un système auquel on se réfère souvent comme étant à "prestations définies". C’est-à-dire qu'un salarié, en entamant sa carrière, sait combien de trimestres lui seront nécessaires, peut anticiper le montant de son salaire et connaît le taux de liquidation, qui est garanti.  Il peut donc globalement savoir quelle pension lui sera versée à son départ à la retraite.

Au contraire, les systèmes en points et en comptes notionnels font partie des régimes dits à "cotisations définies" : le salarié connaît le montant de ses cotisations annuelles, mais ne peut véritablement prévoir le montant de sa retraite, puisque la valeur du point ou du coefficient de conversion n'est pas garantie.

La valeur du point dépend de nombreuses variables démographiques et économiques nationales (population en vie, espérance de vie, situation économique…). On ne peut donc anticiper sa pension. En France, les régimes complémentaires en points n'ont ainsi cessé de voir le prix des points augmenter, ce qui incite en outre les actifs à rester plus longtemps sur le marché du travail sans légiférer directement sur l'âge de départ à la retraite.

Pour le gouvernement français, qui souhaite abandonner les régimes en annuités au profit d'un unique système par points, ce dernier offrirait une plus grande transparence et une meilleure lisibilité. Comme il permettrait de se référer en premier lieu au capital cotisé et non à la durée de cotisation, ce mode de calcul pourrait laisser une plus grande liberté aux salariés et moins pénaliser les "accidents de carrière". Les travailleurs précaires pourraient cotiser chaque euro gagné sans avoir besoin d'atteindre un trimestre entier.

Au contraire, plusieurs syndicats de salariés craignent "une dévalorisation des carrières les plus heurtées car on ne pourra pas soustraire les années de vaches maigres de la période de référence pour le calcul des droits", rapportent Les Echos. Car si le système par annuités en France ne se base que sur certains salaires perçus (les six derniers mois de carrière pour les fonctionnaires, par exemple), ce n'est pas le cas du système par points, qui englobe toute la carrière.