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Retour sur le référendum du 29 mai 2005

Actualité 11.05.2007

Les Français contre l'Europe ? © Presses de Sciences PoDeux ans après, pourquoi revenir sur le référendum du 29 mai 2005, qui s'est soldé par le rejet du Traité constitutionnel européen par une majorité de Français ? Tout simplement parce qu'il s'agit d'un événement historique, tant dans l'histoire électorale française que dans celle de la construction européenne. "Comprendre le non français au Traité constitutionnel européen apparaît comme le préalable indispensable à tout futur changement fondateur pour l'Europe", expliquent les auteurs de cette étude, tous trois chercheurs au Centre de recherches politiques de  Sciences Po.

Le résultat de ce vote a suscité nombre d'interprétations, parfois contradictoires. Les électeurs se sont-ils prononcés en fonction de motivations nationales ou s'agissait-il d'un vote "européen" ? Ceux qui ont choisi le "non" l'ont-ils fait pour donner un coup d'arrêt à la construction européenne ou pour la réorienter ? Les auteurs se proposent de répondre à toutes ces interrogations, à l'aide d'un appareil statistique et théorique conséquent, dans un constant chassé croisé entre le récit des péripéties nationales et l'analyse de leurs effets au niveau européen.

Convergence de l'euroscepticisme et des peurs sociales

Si les facteurs qui expliquent le résultat du 29 mai sont multiples, "le facteur décisif est à trouver dans la convergence de l'euroscepticisme et des peurs sociales". La campagne s'est en grande partie déroulée autour de l'enjeu social, un thème central pour l'électorat de gauche, tiraillé entre ses aspirations européennes et ses craintes quant à l'avenir. En ajoutant ses voix aux tenants d'un euroscepticisme "classique" de tendance souverainiste, "une fraction marginale mais décisive" de la gauche a fait basculer le vote en faveur du non.  

Aujourd'hui encore, ce vote continue de produire ses effets, tant au niveau français qu'à l'échelle européenne. En France, au cours de l'élection présidentielle, on a pu en retrouver des échos dans le niveau élevé de participation, dans la volonté de rupture et dans l'émergence d'un certain "esprit de transgression". A l'échelle européenne, difficile pour les auteurs de dire si cet épisode référendaire marquera un coup d'arrêt ou une nouvelle étape : à l'heure de mettre sous presse, avant le dernier Conseil européen, ils ne semblaient pas croire dans les chances d'un nouvel accord. Mais le projet de traité simplifié, dont l'issue leur paraissait pour le moins hypothétique, était à leurs yeux porteur d'une "position nouvelle de leadership européen pour la France".

Nicolas Sauger, Sylvain Brouard & Emiliano Grossman, Les Français contre l'Europe ?, Presses de Sciences Po, 2007